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Géopolitique

Face à un système de santé défaillant, des Nigérianes se tournent vers l’accouchement traditionnel

Courrier International · mis à jour il y a 20 j

En raison d’un grave manque de financements, le Nigeria est le pays du monde où il est le plus dangereux d’accoucher. Pour échapper aux maternités débordées et aux soins impersonnels, des femmes en viennent donc à recourir aux pratiques ancestrales des herboristes, des grands-mères ou des sages-femmes, rapporte “Minority Africa”..

Nigeria : pays le plus dangereux

Le Nigeria est aujourd’hui considéré comme le pays du monde où accoucher est le plus risqué, selon les dernières estimations des Nations unies publiées en 2023. Une femme sur cent y meurt au cours de l’accouchement, un taux alarmant qui place le pays en tête des statistiques mondiales pour la mortalité maternelle. Ce classement s’explique en grande partie par un système de santé sous-financé, des infrastructures médicales insuffisantes et un manque criant de personnel soignant qualifié. Les maternités publiques sont souvent débordées, les soins y sont perçus comme impersonnels et les patientes peuvent attendre des heures avant d’être prises en charge. Ce contexte pousse certaines femmes à chercher des alternatives, malgré les risques associés aux pratiques traditionnelles.

Accouchement traditionnel en hausse

Face à l’échec du système de santé nigérian, un nombre croissant de femmes se tournent vers des pratiques ancestrales pour donner naissance. Ces méthodes reposent sur les connaissances transmises de génération en génération par des herboristes, des sages-femmes traditionnelles ou des grands-mères. Contrairement aux professionnels de santé formés dans des hôpitaux, ces praticiennes acquièrent leur savoir par l’observation, l’expérience et l’héritage culturel. Certaines femmes, comme Ugwuanyi Akubuenyi, expliquent avoir choisi cette voie après avoir constaté que leurs ancêtres donnaient naissance sans recourir à la médecine moderne. Cette tendance reflète une défiance croissante envers les soins conventionnels, perçus comme froids, bureaucratiques et inefficaces.

Témoignages de femmes nigérianes

Deux femmes, Bukola Osoba et Ugwuanyi Akubuenyi, illustrent cette tendance. Bukola Osoba a vécu une expérience traumatisante dans une maternité publique où les infirmières, submergées, ignoraient ses demandes pendant les contractions. Le manque d’empathie et l’indifférence du personnel médical l’ont profondément marquée. À l’inverse, Ugwuanyi Akubuenyi a choisi de suivre les méthodes traditionnelles, convaincue que ses aïeules accouchaient sans assistance médicale. Son choix repose sur une conviction personnelle et une désillusion face aux pratiques actuelles, qu’elle juge trop rigides et déshumanisantes. Ces témoignages mettent en lumière le fossé entre les attentes des patientes et la réalité des soins dans le système public nigérian.

Minority Africa : source de l'enquête

L’article s’appuie sur une enquête publiée par Minority Africa, un média spécialisé dans la couverture des minorités en Afrique. Ce site, fondé par le journaliste nigérian Caleb Okereke, se concentre sur des sujets comme les droits des femmes, les minorités sexuelles, ethniques et religieuses, ainsi que les questions de santé. L’enquête en question explore spécifiquement le recours croissant aux accouchements traditionnels au Nigeria, en s’appuyant sur des récits de femmes et des analyses de terrain. Minority Africa est basé à Kampala, en Ouganda, mais travaille avec des journalistes répartis dans plusieurs pays africains, dont le Nigeria.

Ce que ça pourrait changer

Le recours aux accouchements traditionnels pose des questions majeures en termes de santé publique. Si ces pratiques peuvent offrir un accompagnement plus humain et culturellement adapté, elles comportent aussi des risques, notamment en cas de complications imprévues. Les sages-femmes traditionnelles ne disposent pas toujours des outils nécessaires pour gérer des situations d’urgence, comme des hémorragies ou des infections. De plus, cette tendance reflète un échec plus large du système de santé nigérian, qui peine à garantir un accès équitable et de qualité aux soins pour toutes les femmes. Ce phénomène souligne l’urgence de réformes structurelles pour améliorer les infrastructures médicales et former davantage de personnel soignant.

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