“L’actualité me brise le cœur” : des chorales éphémères contre le désespoir
Dans le sillage de l’épidémie de solitude, et alors que les gens aspirent désespérément à créer des liens et à échapper à une actualité pour le moins désespérante, des chorales éphémères voient le jour un peu partout. Et réinjectent de la joie, se félicite le site américain “Vox”..
L’article évoque une épidémie de solitude qui touche de nombreuses sociétés contemporaines, notamment après des crises comme la pandémie de COVID-19. Cette solitude se caractérise par un sentiment d’isolement et de déconnexion, même au sein de communautés. Elle s’accompagne souvent d’un Weltschmerz, un terme allemand désignant une forme de mélancolie existentielle liée à la souffrance et à l’injustice du monde. Ce concept, difficile à traduire, pourrait être rapproché de l’expression française « mal au monde ». Les personnes touchées par ce sentiment éprouvent des difficultés à croire en un avenir meilleur et oscillent entre tristesse, cynisme et impuissance face à l’actualité.
Face à ce Weltschmerz, des chorales éphémères émergent dans plusieurs villes, notamment à New York, Los Angeles et Toronto. Ces chorales sont des groupes de chant qui se forment temporairement, souvent autour d’un projet artistique ou militant. Leur objectif est de créer du lien social et de redonner un sens de communauté aux participants. Elles offrent une alternative aux relations humaines traditionnelles, en déclin selon certains observateurs. Par exemple, à Los Angeles, une chorale éphémère a permis à ses membres de « combler un vide » en leur offrant une expérience collective unique, décrite comme une forme de transcendance laïque.
Une étude publiée en 2014 par le musicologue Gunter Kreutz a mesuré les effets du chant collectif sur le bien-être. Les résultats montrent que l’ocytocine, une hormone souvent appelée « hormone de l’amour » car elle favorise les liens sociaux et réduit le stress, augmente significativement après une répétition de chant de 30 minutes. Cette augmentation n’est pas observée après une simple conversation entre participants. Ainsi, chanter en groupe aurait un impact bien plus fort sur la sensation d’appartenance et le bien-être que des interactions sociales ordinaires. Le Gaia Music Collective, dirigé par Asher Blank, illustre cette dynamique.
Asher Blank, directeur du Gaia Music Collective, décrit le chant collectif comme une expérience sensorielle et physique intense. Il explique que chanter engendre une « sensation d’appartenance physique », où le corps vibre au rythme de la voix, créant une forme de communion avec les autres participants. Cette expérience est perçue comme « extraordinairement puissante » par les membres, car elle combine à la fois un sentiment d’unité et une libération émotionnelle. Pour des personnes comme Darcy Calabria, membre d’une chorale, cette pratique a « ressuscité une partie de [son] âme qui manquait ».
Certaines chorales éphémères intègrent une dimension militante à leurs activités. Par exemple, le Mycelium Choral Project à New York, fondé par Kenter Davies, reverse la moitié des bénéfices de ses événements à des causes sociales comme la défense des migrants, la protection du climat ou le soutien aux jeunes transgenres. Cette approche montre comment le chant peut devenir un outil de mobilisation collective, au-delà de la simple pratique artistique. Le journaliste Matthew Cantor évoque ainsi une « joie collective » qui rappelle des souvenirs oubliés de solidarité.
Les chorales éphémères offrent une forme de *transcendance laïque*, c’est-à-dire une expérience spirituelle ou existentielle en dehors de tout cadre religieux. Cette transcendance se manifeste par un sentiment de connexion profonde avec les autres participants, ainsi qu’avec une cause ou une émotion collective. Le quotidien britannique *The Guardian* souligne que ces chorales répondent à un besoin croissant de sens et de lien dans des sociétés où les relations humaines et la spiritualité sont en déclin. La poétesse française Kiyémis, dans son recueil *Pour la joie*, résume cette idée en écrivant que « la joie casse les cycles de la peur, renverse les logiques de domination ».

