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Environnement

Nitrates : une concentration en hausse dans un tiers des nappes phréatiques

Reporterre · mis à jour il y a 21 j

La Commission européenne a publié mardi 15 juillet son évaluation de la directive nitrates, accompagnée de rapports par État membre couvrant la période 2020-2023. En France, le tableau est contrasté.

Tiers des nappes concernées

Un tiers des nappes phréatiques en France présente une concentration en nitrates en hausse, selon les données récentes. Une nappe phréatique désigne une réserve d’eau souterraine, alimentée par les pluies et les infiltrations. Les nitrates sont des composés chimiques contenant de l’azote, souvent issus des engrais agricoles ou des rejets industriels et urbains. Leur accumulation excessive dans les eaux souterraines peut poser des problèmes de santé publique et d’environnement. Les régions les plus touchées se situent principalement dans le nord-ouest et le centre de la France, où l’agriculture intensive est répandue. Les données proviennent du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), un établissement public français chargé de surveiller les ressources en eau et les risques géologiques.

Origines de la pollution

La principale source de nitrates dans les nappes phréatiques est l’agriculture intensive, notamment l’épandage d’engrais azotés. Ces engrais, utilisés pour booster les rendements des cultures, libèrent des nitrates qui s’infiltrent dans le sol et contaminent les eaux souterraines. Les élevages industriels, avec leurs déjections animales, contribuent également à ce phénomène. Les rejets des stations d’épuration et des industries chimiques jouent un rôle secondaire mais non négligeable. En France, l’usage des engrais azotés a augmenté de 20 % entre 1990 et 2020, selon les données du ministère de l’Agriculture. Cette tendance s’explique par la demande croissante en produits alimentaires et par des pratiques agricoles non durables.

Risques pour la santé

Une exposition prolongée à des eaux riches en nitrates peut avoir des effets néfastes sur la santé humaine. Les nitrates, une fois ingérés, peuvent se transformer en nitrites dans l’organisme, des substances qui réduisent la capacité du sang à transporter l’oxygène. Cela peut provoquer des maladies comme la méthémoglobinémie, dangereuse pour les nourrissons, ou favoriser le développement de certains cancers, notamment ceux du système digestif. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande de ne pas dépasser une concentration de 50 milligrammes de nitrates par litre d’eau potable. En France, certaines nappes dépassent déjà ce seuil, ce qui impose des traitements coûteux pour les collectivités locales.

Impact sur l’environnement

Les nitrates ne polluent pas seulement les eaux souterraines : ils contribuent aussi à la dégradation des écosystèmes aquatiques. Lorsqu’ils atteignent les cours d’eau ou les lacs, ils favorisent la prolifération d’algues, un phénomène appelé eutrophisation. Ces algues consomment l’oxygène présent dans l’eau, asphyxiant les poissons et autres organismes aquatiques. En Bretagne, par exemple, des zones côtières comme la baie de Saint-Brieuc subissent régulièrement des marées vertes, directement liées à l’excès de nitrates. Ces perturbations écologiques ont des conséquences économiques, notamment pour les pêcheurs et les activités touristiques. En 2022, la France a été condamnée par la Cour de justice de l’Union européenne pour non-respect des directives européennes sur la qualité de l’eau.

Ce que ça pourrait changer

Pour limiter la pollution par les nitrates, plusieurs mesures ont été mises en place en France et en Europe. La directive européenne sur les nitrates, adoptée en 1991, impose aux États membres de désigner des zones vulnérables et d’adopter des programmes d’action pour réduire les rejets. En France, ces programmes incluent des restrictions sur l’épandage des engrais, des périodes d’interdiction et des contrôles renforcés. Certaines régions, comme la Bretagne, ont également mis en place des plans locaux pour encourager les pratiques agricoles durables, comme la rotation des cultures ou l’agriculture biologique. Cependant, ces mesures se heurtent souvent à des résistances de la part des agriculteurs, qui craignent une baisse de leurs rendements ou une augmentation de leurs coûts.

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