NapseflowNapseflow
Recherche

Protéger les enfants en mobilité au Mali : l’angle mort des dispositifs actuels

The Conversation France · mis à jour il y a 6 j

Dans une rue de Bamako, en octobre&nbsp:2018. Vincent van Zeijst/Wikimédia , CC BY-NC-SA L’ESSENTIEL Au Mali, il est relativement fréquent que des enfants ayant grandi dans des villages soient envoyés dans les grandes villes, confiés aux bons soins d’adultes plus ou moins proches de leurs parents.

Confier les enfants en ville

Au Mali, il est courant que des familles rurales envoient leurs enfants dans les grandes villes comme Bamako pour qu'ils soient pris en charge par des proches ou des connaissances. Ce phénomène, appelé confiage, vise souvent à offrir une meilleure éducation ou des opportunités économiques aux enfants. Cependant, ces derniers ne sont pas toujours bien traités : certains subissent des maltraitances, des travaux forcés ou voient leurs revenus confisqués par leurs familles d'accueil. Bien que cette pratique soit connue des autorités, des ONG et des familles, les dispositifs de protection actuels peinent à y répondre efficacement. Par exemple, entre 2017 et 2025, des enquêtes ont révélé que des enfants comme Mariam, confiée à Bamako, ont subi des conditions de vie si difficiles qu'elles ont entraîné des troubles mentaux.

Mécanismes d'alerte communautaire

Un système informel mais efficace permet aux familles de savoir ce que deviennent leurs enfants confiés en ville. Deux mécanismes principaux existent : d'abord, un réseau d'alerte villageois où les informations circulent de bouche à oreille, souvent via d'autres enfants ou des proches. Ensuite, l'usage du téléphone portable, qui maintient un contact régulier entre l'enfant et sa famille. Ces dispositifs permettent aux parents d'intervenir en cas de maltraitance. Par exemple, un appel sans réponse ou une rumeur dans un village voisin peut déclencher le retour de l'enfant. Cependant, ces mécanismes ne fonctionnent pas toujours, notamment lorsque les enfants transitent par des intermédiaires non familiaux ou sont placés dans des écoles coraniques non reconnues par l'État.

Risques des intermédiaires

Les intermédiaires jouent un rôle ambigu dans le confiage des enfants. Certaines femmes originaires des villages, installées à Bamako, hébergent temporairement des filles avant de les placer comme aides domestiques dans des familles urbaines. Ces intermédiaires prélèvent souvent une partie du salaire de l'enfant ou perçoivent une commission sur son placement. Dans d'autres cas, les familles employeuses détournent le salaire dû à l'enfant, parfois après plusieurs mois d'accumulation, sous prétexte de dettes ou de vols fabriqués. Ces pratiques créent un cercle vicieux : les enfants, une fois privés de leurs revenus, n'ont aucun recours pour faire valoir leurs droits. Par exemple, des réseaux informels de placement émergent à Bamako, où des femmes proposent des services d'aide domestique sans aucun contrat écrit ni supervision des services publics.

Limites des dispositifs légaux

Malgré un cadre légal complet au Mali, incluant des conventions internationales ratifiées et des lois nationales comme la loi n°99-046 de 1999 (modifiée en 2022) sur la scolarité obligatoire, les dispositifs de protection restent inefficaces. Le Code pénal malien, entré en vigueur le 13 décembre 2024, sanctionne l'incitation d'un mineur à la mendicité (article 242-91), mais son application est inégale. Les écoles coraniques, non reconnues par le système éducatif formel, échappent à toute supervision, laissant des milliers d'enfants sans accompagnement. Les ONG interviennent souvent trop tard, en aidant les enfants déjà en situation de précarité dans la rue, sans pouvoir agir sur les causes profondes du confiage. Par exemple, les données statistiques officielles sur ce sujet restent marginales, et les rares études disponibles proviennent principalement des rapports d'organisations non gouvernementales.

Solutions proposées par les bailleurs

Pour améliorer la protection des enfants en mobilité, les bailleurs et les organisations engagées pourraient adopter trois orientations clés. D'abord, investir davantage dans la recherche ethnographique pour identifier les causes profondes des problèmes avant de traiter leurs symptômes. Ensuite, impliquer activement tous les acteurs concernés, y compris les familles et les autorités traditionnelles, dont la connaissance des dynamiques communautaires est sous-exploitée. Enfin, privilégier l'observation directe des réalités de terrain pour évaluer les situations, plutôt que de se fier uniquement à des rapports produits à distance. Par exemple, l'Unicef à Bamako a confirmé que toute intervention structurée auprès des enfants des écoles coraniques reste conditionnée à une clarification de leur statut, actuellement non tranchée.

Ce que ça pourrait changer

L'existence de textes de loi ne garantit pas leur application effective. Au Mali, les dispositions légales, comme la scolarité obligatoire ou la sanction de l'incitation à la mendicité, restent largement théoriques pour de nombreux enfants en situation de mobilité. Sans un accompagnement soutenu associant l'État, la société civile et la recherche de terrain, ces protections restent limitées à leur formulation sur le papier. Par exemple, les enfants placés dans des apprentissages précoces échappent souvent à l'obligation scolaire, sans que cet écart entre le droit et la pratique ne fasse l'objet d'un suivi systématique. Ce décalage illustre l'urgence de renforcer les mécanismes concrets d'application des lois pour protéger efficacement les enfants concernés.

Sujets complémentaires
L’IA a-t-elle vraiment « tué » l’auteur ?
Déjà en 1967, Barthes prophétisait la mort de l'auteur. Pixabay , CC BY À chaque nouvelle avancée des intelligences artificielles génératives, la même inquiétude revient. ChatGPT peut être employé pour écrire des romans. Des IA imitent le style de Stephen King ou celui de J. K. Rowling. Elles permettent désormais de prolonger des univers de fiction. Cette inquiétude paraît nouvelle ; pourtant, elle prolonge un débat vieux de près de soixante ans. En 1967, le critique Roland Barthes
Quand être trop riche devient un handicap pour une entreprise, ou les revers de l’excès de trésorerie
On ne prête qu’aux riches, dit-on. Il n’est pas certain que l’adage qui s’applique aux particuliers concerne aussi les entreprises. Une trésorerie trop importante peut être mal interprétée par les actionnaires. Et si l’accumulation d’argent dormant révélait une sorte d’impasse stratégique… « Cash is King . » Cette formule, omniprésente dans le monde de la finance, rappelle qu’une entreprise disposant de liquidités abondantes inspire généralement confiance. Ainsi, une trésorerie solide permet de faire face aux imprévus, de financer l’activité quotidienne et de traverser sereinement les périodes de ralentissement économique . Pourtant, lorsqu’elle devient durablement excessive, la trésorerie cesse d’être un atout et risque d’être perçue comme le symptôme d’une mauvaise allocation des ressources. La trésorerie représente les liquidités immédiatement disp

Ce contenu a été généré par intelligence artificielle à partir de l'article source. Il peut contenir des erreurs ou imprécisions.