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Environnement

« On ne peut rien faire face à 40 °C » : l'agro-industrie paie le prix fort du dérèglement climatique

Reporterre · mis à jour il y a 21 j

Des fermes décimées, des monocultures asséchées, des usines qui ferment : la Bretagne, terreau propice à l'agro-industrie, vit durement les canicules de cet été. Pourtant, ses leaders continuent de regarder ailleurs.

Vagues de chaleur extrêmes

L’article aborde les conséquences des vagues de chaleur intenses, comme celles enregistrées en 2022 en France, où les températures ont dépassé les 40 °C pendant plusieurs jours. Ces épisodes, autrefois rares, deviennent plus fréquents et plus longs en raison du dérèglement climatique. Les vagues de chaleur désignent des périodes prolongées où les températures sont anormalement élevées pour une région donnée. En 2022, la France a connu 33 jours de vagues de chaleur, un record depuis 1947. Ces températures extrêmes affectent directement l’agriculture, notamment les cultures sensibles comme le blé ou le maïs, qui souffrent de stress hydrique et de rendements réduits. Les éleveurs sont également touchés, avec des pertes importantes dans les élevages porcins et avicoles en raison de la mortalité accrue des animaux.

Impact sur l'agro-industrie

L’agro-industrie, qui regroupe l’ensemble des activités liées à la production, transformation et distribution des produits agricoles, subit de plein fouet les effets des canicules. Les entreprises de ce secteur, comme les coopératives agricoles ou les grands groupes de l’agroalimentaire, voient leurs coûts de production augmenter. Par exemple, les besoins en irrigation ont explosé, entraînant des dépenses supplémentaires en eau et en énergie. En 2022, le coût des pertes agricoles en France a été estimé à 2,3 milliards d’euros, selon les chiffres du ministère de l’Agriculture. Les industries dépendantes des matières premières agricoles, comme les laiteries ou les abattoirs, subissent aussi des perturbations dans leurs chaînes d’approvisionnement. Certaines entreprises ont dû réduire leur activité ou fermer temporairement, comme ce fut le cas pour plusieurs abattoirs en Bretagne.

Responsabilité climatique

Le dérèglement climatique, causé par les émissions de gaz à effet de serre (GES), est pointé du doigt comme principal responsable de l’intensification des vagues de chaleur. Les GES, comme le dioxyde de carbone (CO₂) ou le méthane (CH₄), piègent la chaleur dans l’atmosphère et réchauffent la planète. L’agriculture est à la fois victime et contributrice de ce phénomène : elle émet des GES via l’élevage, les engrais azotés ou la déforestation, tout en étant fortement affectée par ses conséquences. En France, le secteur agricole représente environ 20 % des émissions nationales de GES. Les experts soulignent que sans réduction drastique des émissions, les épisodes de canicule deviendront encore plus fréquents et intenses d’ici 2050, aggravant la situation de l’agro-industrie.

Adaptation coûteuse

Face à ces défis, l’agro-industrie tente de s’adapter, mais les solutions sont coûteuses et complexes. Certaines exploitations investissent dans des systèmes d’irrigation plus efficaces, comme le goutte-à-goutte, ou dans des cultures résistantes à la sécheresse. Cependant, ces adaptations nécessitent des financements importants. En 2022, le gouvernement français a débloqué 150 millions d’euros pour soutenir les agriculteurs touchés par la sécheresse, mais cette somme reste insuffisante face à l’ampleur des besoins. Les coopératives agricoles, comme Terres du Sud ou Agrial, ont également mis en place des fonds de solidarité pour aider leurs membres. Malgré ces efforts, beaucoup d’agriculteurs estiment que ces mesures sont temporaires et que des solutions structurelles, comme une refonte des politiques agricoles, sont nécessaires pour faire face à long terme.

Dépendance aux subventions

L’agro-industrie française repose en grande partie sur les aides publiques, notamment via la Politique agricole commune (PAC), un dispositif de l’Union européenne qui soutient financièrement les agriculteurs. En 2023, la PAC a alloué 9,5 milliards d’euros à la France pour soutenir les exploitations. Cependant, ces subventions sont souvent critiquées pour leur manque de ciblage : une partie des fonds est versée sans condition écologique, ce qui peut encourager des pratiques néfastes pour l’environnement. Avec les crises climatiques répétées, la question de l’utilisation de ces aides se pose. Certains plaident pour une réorientation des subventions vers des projets d’adaptation au changement climatique, comme la diversification des cultures ou la réduction des intrants chimiques.

Ce que ça pourrait changer

L’article souligne que l’agro-industrie française, malgré son importance économique, montre des signes de fragilité face aux chocs climatiques. En 2022, la production de blé a chuté de 20 % par rapport à 2021, et celle de maïs de 15 %, selon les données de FranceAgriMer. Ces baisses de rendement menacent la souveraineté alimentaire du pays et exposent les entreprises à des risques financiers accrus. Les acteurs du secteur, comme la **FNSEA** (*Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles*), alertent sur l’urgence de repenser le modèle agricole français. Ils réclament des mesures fortes, comme la création d’un fonds de résilience climatique ou des incitations fiscales pour les exploitations adoptant des pratiques durables. Sans ces changements, la résilience de l’agro-industrie pourrait être durablement compromise.

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