Avec la grotte de Seokguram, la Corée du Sud mise sur son patrimoine pour renforcer son softpower
À 300 kilomètres de Séoul, se trouve un trésor de l'art bouddhique : la grotte de Seokguram. Construite au VIIIe siècle, elle a longtemps été abandonnée avant d'être classée au patrimoine mondial de l’Unesco.
La grotte de Seokguram, située à 300 kilomètres de Séoul en Corée du Sud, est un site exceptionnel de l’art bouddhique construit au VIIIe siècle sous le royaume de Silla. Ce trésor, longtemps oublié, a été redécouvert et restauré au XXe siècle avant d’être classé au patrimoine mondial de l’Unesco dans les années 1990. Il s’agit d’une grotte artificielle sculptée dans du granit, assemblée comme un puzzle géant à partir de centaines de blocs, une prouesse technique pour l’époque. À l’intérieur, une statue de Bouddha de trois mètres de haut trône dans une coupole, offrant une expérience spirituelle et artistique unique. Pour préserver ce site fragile, les visiteurs ne peuvent l’observer qu’à travers une vitre, afin d’éviter les dégradations causées par l’humidité et les variations de température.
L’accès à la grotte de Seokguram est précédé d’une marche de dix minutes à travers une forêt, menant à un pavillon en bois perché sur une falaise. Ce parcours, alliant nature et architecture, renforce l’impression de découverte et de sacré. Les visiteurs, comme Oh Song-dok ou Hee-Wan Kang, décrivent une émotion intense face à la statue du Bouddha, sculptée avec une précision remarquable. Certains, comme Hee-Wan Kang, viennent spécialement pour partager cette expérience avec leurs enfants, afin de leur faire découvrir l’histoire du royaume de Silla. L’archéologue Kim Dong-ha souligne que les conditions actuelles de conservation, contrôlées artificiellement, limitent l’accès direct à la statue. Cependant, des recherches futures pourraient permettre une régulation plus naturelle de l’environnement, facilitant ainsi une visite plus proche du Bouddha.
Depuis les années 1990, la Corée du Sud a bâti sa réputation internationale grâce à ses produits de beauté, sa musique (K-pop) et son cinéma (K-dramas). Aujourd’hui, elle souhaite élargir son influence en mettant en avant son patrimoine culturel, comme la grotte de Seokguram. Cette stratégie s’inscrit dans une logique de softpower, c’est-à-dire l’utilisation de la culture et de l’histoire pour renforcer l’image d’un pays à l’échelle mondiale. Selon Vincenzo Cicchelli, sociologue spécialiste de la mondialisation culturelle, cette démarche permet de raconter une histoire et d’attirer davantage de touristes. La Corée du Sud rejoint ainsi des pays comme la Chine, l’Indonésie ou le Japon, qui investissent massivement dans la promotion de leur patrimoine via l’Unesco.
L’exposition dédiée à la grotte de Seokguram, présentée au Centre culturel coréen à Paris, illustre cette volonté de partager l’histoire et l’identité coréenne. Kim Dong-gi, directeur du Centre, explique que les Français s’interrogent souvent sur les origines de la culture populaire coréenne actuelle. Pour y répondre, cette exposition met en lumière la culture traditionnelle, notamment à travers des représentations artistiques comme celles de Lee Seung-chul. En exposant son patrimoine, la Corée du Sud ne se contente pas de promouvoir un site historique : elle cherche à expliquer les fondements de sa sensibilité esthétique et culturelle, renforçant ainsi son attractivité et sa crédibilité sur la scène internationale.

