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Vaut-il mieux manger de petits poissons ou de grands poissons ?

The Conversation France · mis à jour il y a 6 j

Parmi les centaines d’espèces consommées dans le monde, les petits poissons pélagiques (sardines, maquereaux, anchois, harengs) sont ceux qui procurent le plus d’avantages nutritifs et qui renforcent de cette manière la sécurité nutritionnelle. Sue Winston/Unsplash , Fourni par l'auteur L’ESSENTIEL On a tendance à manger plus de grands poissons que de petits poissons.

Préférence européenne

En Europe, les consommateurs privilégient largement les gros poissons comme le saumon, le cabillaud (morue) ou le thon, qui représentent plus d’un quart de la consommation totale de poisson. À l’inverse, les petits poissons pélagiques (sardines, anchois, maquereaux, harengs) sont bien moins consommés, malgré leurs atouts nutritionnels. Cette préférence s’explique en partie par une image plus valorisante des gros poissons, perçus comme plus sains et naturels, tandis que les petits poissons sont souvent associés à des traditions culinaires moins modernes. Pourtant, cette tendance ne reflète pas nécessairement un choix optimal, ni pour la santé ni pour l’environnement.

Atouts nutritionnels

Les petits poissons pélagiques (sardines, anchois, harengs) sont parmi les plus riches en nutriments essentiels comme les oméga-3 (EPA et DHA), le calcium et le zinc. Les oméga-3, notamment l’acide docosahéxaénoïque (DHA) et l’acide eicosapentaénoïque (EPA), sont cruciaux pour le système immunitaire, le développement nerveux et la prévention de maladies neurodégénératives ou de cancers. Ces composés sont presque exclusivement disponibles dans les produits de la mer, car synthétisés par les microalgues puis transférés le long de la chaîne alimentaire. Les petits poissons pélagiques contiennent jusqu’à deux fois plus d’EPA et de DHA que les gros poissons, ce qui en fait un choix nutritionnel particulièrement intéressant.

Polluants et risques

Les poissons peuvent accumuler des polluants présents dans leur milieu, comme les métaux lourds (mercure) ou les polluants organiques persistants (PCB). Ce phénomène s’explique par deux mécanismes : la bioaccumulation (accumulation de polluants dans les tissus des organismes) et la bioamplification (augmentation des concentrations de polluants le long de la chaîne alimentaire). Les gros poissons, situés au sommet de la chaîne, sont donc plus exposés à ces risques. Par exemple, certains grands prédateurs marins contiennent des concentrations en mercure dépassant les normes internationales. Cependant, la contamination dépend aussi du contexte local : un poisson, petit ou gros, pêché dans une zone polluée sera plus contaminé qu’un autre issu d’un milieu sain.

Origine géographique

La contamination des poissons en polluants varie fortement selon leur lieu de pêche. Par exemple, des petites roussettes pêchées en Manche orientale présentaient des niveaux d’arsenic et de mercure trois à cinq fois plus élevés que celles du golfe de Gascogne. À l’inverse, des merlans du golfe du Lion étaient huit fois plus contaminés au mercure que ceux du golfe de Gascogne. De même, la pêche des sardines en baie de Seine a été suspendue pendant douze ans en raison de leur contamination aux PCB, un polluant industriel. Ainsi, l’origine géographique est un critère clé pour évaluer les risques sanitaires liés à la consommation de poisson.

Impact écologique

La pêche des gros poissons comme le saumon ou le thon a des conséquences environnementales majeures. L’aquaculture intensive de saumon entraîne une eutrophisation des eaux, la dissémination de pathogènes vers les populations sauvages et des problèmes de bien-être animal en raison des densités élevées. De plus, l’alimentation des saumons d’élevage repose souvent sur des farines issues de petits poissons pélagiques, ce qui entre en compétition avec la pêche artisanale dans les pays dépendants de ces ressources pour leur sécurité alimentaire. Les pêcheries thonières, quant à elles, génèrent des captures accessoires massives : entre 1993 et 2009, plus de 45 000 requins et 3 600 raies Manta étaient capturés chaque année dans le Pacifique oriental, contribuant au déclin de 70 % des populations de requins depuis 1970.

Ce que ça pourrait changer

Les petits poissons pélagiques présentent plusieurs avantages écologiques par rapport aux gros poissons. Leur durée de vie plus courte, leur maturité précoce et leurs taux de reproduction élevés les rendent moins vulnérables à la surpêche. Bien que certaines populations soient surexploitées, leur renouvellement naturel est généralement plus facile à assurer que celui des gros poissons. De plus, leur pêche a un impact moindre sur les écosystèmes, car elle génère moins de captures accessoires et ne nécessite pas de transformation industrielle aussi intensive. Enfin, leur consommation favorise la sécurité alimentaire, notamment dans les régions intertropicales où 61,6 % de la population était exposée à l’insécurité alimentaire entre 2022 et 2024.

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