Menopause is a biological transition that’s become a lucrative consumer business
KEY TAKEAWAYS Increasing media attention on menopause is helping to mitigate taboos and promote support for women going through the change. Food supplements, books, coaching… menopause is also becoming a lucrative market driven by actors who are influencing the way the menopausal transition is perceived.
Longtemps considéré comme un sujet privé et tabou, la ménopause bénéficie aujourd’hui d’une visibilité sans précédent dans les médias et les débats publics. Des documentaires comme ceux de Kate Muir et Davina McCall au Royaume-Uni, ou des tribunes signées par des personnalités en France, ont contribué à briser le silence autour de cette étape biologique. En 2025, un rapport parlementaire français a même été remis au gouvernement pour reconnaître la ménopause comme un enjeu de santé publique. Cette médiatisation, bien que positive pour la sensibilisation, s’accompagne d’une transformation de la perception du sujet : la ménopause n’est plus seulement une phase du vieillissement, mais un phénomène nécessitant des solutions spécifiques, voire des produits commerciaux. Cette évolution reflète un changement culturel majeur, où la ménopause devient un sujet de société, mais aussi un marché en expansion.
Le marché de la ménopause est estimé à 535 milliards d’euros (600 milliards de dollars américains) et connaît une croissance rapide. Cette expansion s’explique en partie par des changements démographiques : plus d’un milliard de femmes dans le monde seront ménopausées d’ici 2030. Les entreprises ont identifié ce segment de consommateurs négligé et proposent désormais une large gamme de produits : compléments alimentaires, cosmétiques, vêtements adaptés aux bouffées de chaleur, applications de suivi ou retraites bien-être. Cependant, beaucoup de ces produits manquent de preuves scientifiques solides quant à leur efficacité. Par exemple, une étude britannique de 2026 a recensé 201 compléments alimentaires sur le marché, avec des formulations et des prix très variables. Cette commercialisation active transforme la ménopause en un marché à part entière, où les solutions proposées ne répondent pas toujours à des besoins réels.
Les réseaux sociaux jouent un rôle central dans la diffusion d’informations et de témoignages sur la ménopause. Des hashtags comme #Midlifewomen, #PerimenopauseProblems ou #Breakthemenopausetaboo permettent à des milliers de femmes de partager leurs expériences, de briser l’isolement et d’échanger des conseils. Ces plateformes favorisent une meilleure compréhension du sujet et réduisent la stigmatisation. Cependant, elles deviennent aussi des canaux de marketing pour des influenceurs, des coachs ou des marques qui y promeuvent leurs produits. La frontière entre information, témoignage personnel et publicité s’estompe, ce qui peut rendre difficile pour les consommateurs de distinguer les conseils fondés sur des preuves scientifiques des simples arguments commerciaux.
La ménopause est désormais présentée comme une période nécessitant une gestion active par les femmes elles-mêmes. Le concept de consommateur responsable émerge, encourageant les femmes à prendre en charge leur santé en cherchant des informations, en surveillant leurs symptômes et en choisissant des produits censés améliorer leur qualité de vie. Cette approche reflète une tendance plus large où l’individu est incité à assumer la responsabilité de sa santé. Si cette autonomie peut être bénéfique, elle comporte aussi des risques : elle peut détourner l’attention des responsabilités collectives (comme l’accès aux soins ou les politiques de santé publique) et placer la charge de la gestion de la ménopause sur les épaules des femmes. Cette logique individualiste peut accentuer les inégalités d’accès aux solutions adaptées.
Les femmes en ménopause peuvent être particulièrement vulnérables face aux stratégies marketing, en raison de symptômes difficiles comme les troubles du sommeil, l’anxiété ou les changements hormonaux. Cette vulnérabilité est exploitée par certaines publicités promettant des solutions rapides ou naturelles. Par ailleurs, les inégalités sociales jouent un rôle majeur : les femmes aux revenus élevés ont plus facilement accès à des consultations spécialisées ou à des produits coûteux, tandis que celles avec des ressources limitées rencontrent davantage de barrières pour obtenir des soins adaptés. En France, comme dans d’autres pays, l’accès à des traitements comme les thérapies hormonales substitutives (THS) reste strictement encadré et inégal. Cette situation soulève des questions sur l’équité dans la prise en charge de la ménopause.
Face à l’expansion du marché de la ménopause, la régulation devient essentielle pour protéger les consommateurs. Des publicités extravagantes, comme celles vantant des chocolats censés soulager les symptômes de la ménopause, illustrent le besoin d’un cadre plus strict. Les autorités sanitaires doivent surveiller les allégations des entreprises et s’assurer que les produits proposés répondent à des normes scientifiques. Les professionnels de santé ont également un rôle clé à jouer pour guider les femmes vers des choix éclairés, sans se limiter aux messages commerciaux. L’enjeu est de concilier innovation, information fiable et protection des consommateurs, afin que la ménopause soit traitée comme un enjeu de santé publique plutôt que comme un simple marché à exploiter.
La visibilité accrue de la ménopause représente un progrès important pour briser les tabous et améliorer la compréhension de cette étape de la vie. Cependant, cette médiatisation s’accompagne d’une marchandisation qui peut parfois prendre le pas sur les besoins réels des femmes. L’objectif n’est pas de rejeter en bloc les innovations ou les solutions commerciales, mais de s’assurer qu’elles répondent à des besoins avérés et ne créent pas de nouvelles inégalités. La ménopause doit être abordée comme une question de santé, d’égalité et de justice sociale, et non uniquement comme une opportunité économique. Le défi consiste à garantir que cette visibilité profite avant tout aux femmes, plutôt qu’à des intérêts commerciaux.

