Une caméra de type Flock repérée à Montréal
Ni la Ville ni le SPVM ne confirment avoir installé cet appareil de lecture de plaques d'immatriculation..
Une caméra de type Cloudrunner CR-H2, fabriquée par l’entreprise montréalaise Genetec, a été repérée sur le boulevard Henri-Bourassa à Montréal, plus précisément dans le quartier Rivière-des-Prairies. Installée sur un lampadaire entre les boulevards du Golf et Rodolphe-Forget, cette caméra est alimentée par un panneau solaire. Elle est équipée d’un GPS et d’une connexion mobile 4G LTE, lui permettant de lire automatiquement les plaques d’immatriculation des véhicules passant à moins de 38 mètres. Lorsqu’elle détecte une plaque, elle enregistre son numéro ainsi qu’une photo du véhicule, tout en collectant des données comme la marque, le modèle, la couleur ou le type du véhicule. Aucun panneau n’indique sa présence, et son propriétaire n’a pas été identifié à ce jour.
Cette technologie, appelée LAPI (Lecture Automatique des Plaques d’Immatriculation), est conçue pour aider les forces de l’ordre à repérer des véhicules recherchés dans le cadre d’enquêtes criminelles. Contrairement au système controversé Flock utilisé aux États-Unis, où les données sont centralisées dans une base accessible à plusieurs corps de police, le système Cloudrunner de Genetec ne permet l’accès aux informations qu’à son opérateur unique. Aucune caméra fixe de ce type n’avait encore été répertoriée à Montréal avant cette découverte, bien que des véhicules du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) soient déjà équipés de lecteurs de plaques mobiles.
Aux États-Unis, l’entreprise Flock a déployé un réseau de plus de 100 000 caméras similaires, suscitant de vives critiques en raison de leur caractère intrusif et de leur utilisation parfois abusive par des policiers pour surveiller des proches. Face à ces controverses, plusieurs organisations ont rompu leurs contrats avec Flock. Au Québec, le système de Genetec, bien que moins centralisé, soulève des questions sur la surveillance de masse et le respect de la vie privée. La Ligue des droits et libertés, par la voix de Dominique Peschard, souligne que la vidéosurveillance doit répondre à un objectif précis et limité, et non fonctionner en continu sans mandat judiciaire.
Plusieurs acteurs ont été interrogés pour identifier le propriétaire de la caméra, mais aucun n’a pu fournir de réponse claire. La Ville de Montréal a indiqué que le Service des technologies de l'information n’a pas installé cette caméra, bien qu’un contrat de 17 134 $ pour l’achat de 4 unités Cloudrunner ait été signé en octobre 2025 avec une firme de services de sécurité, Infynia.com Inc. Le SPVM, la Sûreté du Québec, la Société de l’assurance automobile du Québec et la Gendarmerie royale du Canada ont tous nié être impliqués. L’Agence de mobilité durable de Montréal a également précisé que cette technologie n’est pas utilisée dans le quartier concerné.
La Commission d’accès à l’information du Québec recommande que les organismes publics ne recueillent que les images strictement nécessaires pour résoudre un problème spécifique. Dominique Peschard, membre du comité Surveillance des populations de la Ligue des droits et libertés, estime que l’installation de caméras sans objectif précis et fonctionnant en permanence pose un problème éthique. Si leur utilisation est encadrée par un mandat judiciaire dans le cadre d’une enquête, elle devient légitime. Cependant, leur déploiement massif et non ciblé interroge sur l’équilibre entre sécurité et respect des libertés individuelles.

