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Géopolitique

Donald Tusk tente d’apaiser les tensions mémorielles avec l’Ukraine

Le Grand Continent · mis à jour il y a 26 j

Ce 11 juillet marque la 83ᵉ commémoration du « dimanche sanglant » de Volhynie, point culminant d'un massacre de 1943 que la Pologne qualifie de génocide, mais que Kiev refuse toujours de reconnaître comme tel. Le Premier ministre, Donald Tusk, a profité de l'occasion pour appeler à la vérité historique, tout en plaidant pour l'apaisement des relations avec l'Ukraine, après une séquence diplomatique tendue.

Contexte historique

La Volhynie est une région d’Europe centrale au passé complexe, partagée entre la Pologne et l’Ukraine depuis des siècles. En 1939, elle est envahie par l’URSS, puis par l’Allemagne nazie entre 1941 et 1944, avant d’être rattachée à l’URSS en 1945 et de se retrouver aujourd’hui en Ukraine. Entre février 1943 et 1945, des unités de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), dirigée par Stepan Bandera, ont perpétré des massacres contre la population polonaise de Volhynie et de Galicie orientale. Ces attaques, culminant dans la nuit du 10 au 11 juillet 1943, ont fait environ 100 000 morts parmi les Polonais, selon les estimations. Les victimes étaient souvent des civils, dont des enfants, surpris dans les églises lors de la messe dominicale. Certains Ukrainiens ont cependant protégé leurs voisins polonais, au risque de leur vie.

Divergence mémorielle

La Pologne qualifie ces événements de génocide depuis une résolution de la Diète en 2016, qui a instauré le 11 juillet comme journée nationale de commémoration. Une loi en 2025 a renforcé ce statut. À l’inverse, l’Ukraine refuse cette qualification et célèbre l’UPA comme un mouvement de résistance contre les occupations soviétique et nazie. Cette divergence alimente régulièrement les tensions entre les deux pays. En 2026, le Premier ministre polonais Donald Tusk a marqué le 83ᵉ anniversaire de ces massacres en appelant à la vérité historique tout en prônant l’apaisement des relations avec l’Ukraine.

Réactions politiques

La position de Donald Tusk, qui reconnaît l’horreur des massacres tout en évitant une escalade, s’inscrit dans un contexte de tensions diplomatiques. Fin mai 2026, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a renommé une unité d’élite de l’armée ukrainienne en l’honneur des héros de l’UPA, provoquant l’ire de Varsovie. En réponse, le président polonais Karol Nawrocki a retiré à Zelensky l’ordre de l’Aigle blanc, la plus haute distinction polonaise, le 19 juin 2026. Le Parlement européen a adopté un amendement le 8 juillet 2026, critiquant cette décision et réaffirmant son soutien à l’adhésion de l’Ukraine à l’UE, tout en exprimant des regrets sur l’escalade récente.

Recherche des victimes

Un moratoire ukrainien sur les exhumations des corps des Polonais morts en Volhynie, en place depuis 2017, a été levé fin novembre 2024. Les premières fouilles ont débuté au printemps 2025 à Puźniki, où 42 corps, dont ceux d’enfants, ont été retrouvés en septembre 2025. En décembre 2025, une rencontre entre Nawrocki et Zelensky a permis de débloquer 26 demandes d’exhumations, avec des travaux prévus en 2026 à Ugły, Huta Pieniacka et Ostrówki. Environ 130 000 victimes polonaises des guerres du XXe siècle attendent encore une sépulture digne. De nouvelles exhumations doivent commencer dès le 13 juillet 2026 à Ostrówki et Wola Ostrowiecka.

Message de Donald Tusk

Donald Tusk a publié le 11 juillet 2026 un message vidéo de près de trois minutes pour reconnaître les massacres de Volhynie comme un génocide commis par des nationalistes ukrainiens contre des Polonais. Il a annoncé la construction à Varsovie d’un Mur de la Mémoire, incluant une flamme éternelle et les noms des victimes identifiées. Tout en insistant sur la nécessité de nommer les coupables, il a appelé à éviter que la mémoire ne serve la haine, prônant une Europe de paix et de respect mutuel. Son discours s’adresse aux présidents polonais et ukrainien, Nawrocki et Zelensky, dans un contexte où les relations bilatérales sont particulièrement tendues.

Ce que ça pourrait changer

Les réactions au message de Tusk reflètent les divisions politiques en Pologne. Przemysław Czarnek, candidat du parti *Droit et Justice* (PiS) au poste de Premier ministre, a dénoncé un *nationalisme ukrainien* et annoncé un projet de résolution s’opposant à l’adhésion de l’Ukraine à l’UE tant que la glorification des auteurs des massacres se poursuit. À l’inverse, Włodzimierz Czarzasty, président de la Diète issu de *La Gauche*, a appelé à dissocier le travail des historiens de la politique, évoquant la réconciliation polono-allemande comme exemple. Małgorzata Kidawa-Błońska, présidente du Sénat et membre de la coalition de Tusk, a déposé des fleurs au monument des victimes à Varsovie, illustrant une approche plus conciliante.

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