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Société

Pourquoi cette mine abandonnée depuis 40 ans pourrait faire basculer une île entière vers l'indépendance

Slate FR · mis à jour il y a 1 j

La demande croissante de cuivre a ravivé l'intérêt pour la mine de Panguna, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, fermée depuis quatre décennies. L'île de Bougainville y voit un moyen d'asseoir son indépendance..

Histoire de la mine

La mine de Panguna, située sur l’île de Bougainville (à l’extrémité orientale de la Papouasie-Nouvelle-Guinée), a été exploitée pendant des décennies avant d’être abandonnée en 1986. Exploitée principalement par une entreprise australienne, elle produisait de l’or et du cuivre. Cependant, les habitants locaux ne bénéficiaient que de 2% des richesses générées, alors que l’exploitation avait détruit des villages entiers et pollué d’immenses zones avec des déchets miniers. Ces inégalités ont provoqué une colère généralisée, conduisant à des actes de sabotage et, en 1988, à une guerre civile opposant une milice séparatiste, l’Armée révolutionnaire de Bougainville, à l’armée de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Ce conflit, qui a duré jusqu’en 1998, a fait jusqu’à 15 000 morts et des dizaines de milliers de déplacés, devenant le plus meurtrier d’Océanie depuis la Seconde Guerre mondiale. La guerre a aussi renforcé les revendications d’indépendance de Bougainville.

Ressources et enjeux

Bougainville possède des ressources minières estimées à 5,3 millions de tonnes de cuivre, un métal dont la demande a fortement augmenté ces dernières années en raison de son rôle clé dans l’électrification mondiale. La réouverture de la mine de Panguna est donc envisagée comme une opportunité économique majeure pour l’île. En 2025, le gouvernement autonome de Bougainville a signé un accord avec la société indienne Lloyds Metals and Energy pour relancer l’exploitation, avec une reprise des activités prévue pour début 2028. Cependant, cette décision suscite des débats, car elle pourrait reléguer au second plan d’autres priorités comme la gouvernance, l’éducation ou les services sociaux. Certains habitants critiquent aussi le manque de transparence dans le choix du partenaire industriel et craignent que les bénéfices ne profitent pas équitablement à la population.

Conséquences humaines

La fermeture de la mine en 1986 a laissé des traces profondes dans la vie des habitants. Des villages entiers ont été rasés ou déplacés à plusieurs reprises en raison de l’exploitation minière, comme celui de Philip Ken, un ancien combattant né en 1970. Aujourd’hui, il ne connaît son village d’origine que par les récits de sa famille. Depuis la fermeture, les habitants survivent en grande partie grâce à l’orpaillage artisanal dans les eaux de ruissellement, un travail pénible et dangereux qui attire même des enfants dès 10 ans. Beaucoup utilisent du mercure pour extraire l’or, une pratique qui pose de graves problèmes de santé, réduisant l’espérance de vie des travailleurs. Philip Ken, qui a combattu pendant la guerre civile pour défendre sa terre, souligne que les ravages de l’exploitation minière ont marqué toute une génération.

Indépendance et économie

L’indépendance de Bougainville est un sujet central depuis des décennies. En 2001, un accord de paix a été signé entre la Papouasie-Nouvelle-Guinée et Bougainville, prévoyant une autonomie locale et un référendum sur l’indépendance. En 2019, ce référendum a eu lieu : 98% des Bougainvillais se sont prononcés en faveur de l’indépendance. Le président Ishmael Toroama, un ancien combattant mutilé pendant la guerre civile, considère la mine de Panguna comme le garant économique de l’indépendance. Cependant, certains habitants remettent en cause cette priorité, estimant que des questions comme l’éducation ou les services sociaux sont négligés. En novembre 2025, Toroama a signé un protocole d’accord avec Lloyds Metals, ce qui a suscité des inquiétudes quant à la transparence du processus et aux liens entre l’entreprise et le gouvernement.

Ce que ça pourrait changer

La réouverture de la mine de Panguna pose aussi des défis environnementaux majeurs. En 2020, 156 habitants ont porté plainte contre le géant minier **Rio Tinto**, qui exploitait la mine à l’époque, pour demander réparation des préjudices causés à l’environnement et aux droits humains. Les déchets miniers abandonnés depuis 40 ans continuent de polluer les sols et les cours d’eau, affectant la santé des populations locales. Theolina Roka Matbob, une plaignante, craint que la réouverture précipitée ne *saute dans le train en marche vers davantage de destruction*. Malgré ces préoccupations, le gouvernement bougainvillais a organisé en août 2026 un rituel de purification sur le site, symbolisant une tentative de concilier développement économique et respect des terres ancestrales. Les travaux de réhabilitation avancent, mais les conditions de travail restent précaires, avec des ouvriers payés seulement 5 kina (environ 1 €) de l’heure.

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