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Société

Immigration et emploi en France : décodage d’une radiographie manipulée

Terra Nova · mis à jour il y a 2 h

La main d’œuvre étrangère est-elle un atout pour l’économie française ? Les « analyses » qui tentent de démontrer une faible participation des étrangers au marché du travail procèdent à une série de falsification qui sont ici démontées..

Étude de l'OID critiquée

Une étude publiée en juillet 2026 par l’Observatoire de l’Immigration et de la Démographie (OID) intitulée «Immigration et emploi en France: radiographie d’un déficit» prétend analyser la situation professionnelle des étrangers en France. Son objectif affiché est d’éclairer le débat sur l’immigration de travail avant l’élection présidentielle de 2027. Cependant, selon l’article, cette étude vise surtout à montrer que les étrangers, en particulier ceux originaires d’Afrique, sont peu intégrés au marché du travail français. Les auteurs omettent des éléments statistiques clés et tirent des conclusions insuffisamment étayées. Les données utilisées proviennent du recensement de la population de 2022, une source jugée inadaptée pour analyser l’emploi, car elle ne respecte pas les normes internationales du Bureau international du travail (BIT) sur la définition de l’emploi, du chômage et de l’inactivité. L’Enquête Emploi de l’INSEE, plus pertinente, est pourtant disponible.

Sources de données biaisées

L’étude de l’OID se base sur le recensement de 2022, une source moins adaptée que l’Enquête Emploi de l’INSEE pour analyser le marché du travail. Contrairement au recensement, l’Enquête Emploi utilise des définitions standardisées du BIT, ce qui permet une comparaison plus fiable. De plus, le recensement ne permet pas d’étudier l’évolution de l’emploi dans le temps, un élément crucial pour comprendre les tendances. L’OID justifie son choix par la possibilité de ventiler les données selon la nationalité, mais cette précision est limitée car certaines nationalités, comme les Pakistanais (0,4 % des étrangers en France), représentent une part négligeable de la population. D’autres, comme les Haïtiens, sont concentrés dans des régions où le taux d’emploi est naturellement faible, ce qui fausse l’analyse.

Trois constats trompeurs

L’étude de l’OID présente trois constats principaux : les étrangers, surtout ceux d’origine africaine, ont un taux d’emploi inférieur à celui des Français de naissance ; leur part dans les professions de santé est également moindre ; et, hors Île-de-France, ils occupent moins de métiers en tension. Les auteurs en concluent que l’immigration ne peut pas répondre aux besoins de main-d’œuvre en France. Cependant, ces conclusions sont contestables car elles reposent sur une analyse statique et non dynamique. Par exemple, l’étude ne prend pas en compte l’évolution récente de l’emploi ni l’impact du cadre légal sur l’accès des étrangers au marché du travail, comme les restrictions pour les demandeurs d’asile.

Crise démographique et emploi

La France fait face à une crise démographique marquée par un déclin de la population en âge de travailler et un vieillissement accéléré. Selon les projections des Nations Unies, la population française en âge de travailler devrait diminuer de plusieurs points de pourcentage d’ici 2060, tandis que le taux de dépendance des personnes âgées (rapport entre les 65 ans ou plus et les 15-64 ans) devrait presque doubler. Cette évolution entraînera une hausse des dépenses publiques pour les retraites et la santé, tout en ralentissant la croissance du PIB par habitant d’environ un tiers. Dans ce contexte, l’immigration de travail est l’un des leviers pour maintenir le niveau de vie des Français.

Contribution clé des étrangers

Entre 2021 et 2023, les étrangers non européens ont joué un rôle essentiel dans la croissance de l’emploi en France. Leur contribution a représenté plus d’un tiers de la hausse totale de l’emploi des personnes âgées de 15 ans ou plus, hors élèves, étudiants et retraités, alors qu’ils ne constituaient que 4,2 % de l’emploi total en 2021. Les ressortissants africains, qui représentaient 2,8 % de l’emploi en 2021, ont contribué à près de 28 % de sa croissance. En Île-de-France, leur contribution a atteint 61,2 %, contre 22,6 % en province. Pour les personnes âgées de 25 à 54 ans, deux tiers de la croissance de l’emploi ont été portés par les non-Européens, dont 49 % par des Africains.

Impact sur la croissance économique

La croissance moyenne du PIB français entre 2021 et 2023 a été de 2,1 % par an. Cette croissance peut être décomposée en deux facteurs : la croissance de l’emploi et celle de la productivité du travail (valeur ajoutée par travailleur). Sans la contribution des étrangers à la croissance de l’emploi, la croissance française aurait été inférieure d’au moins 0,5 point de pourcentage par an. Ainsi, le PIB français en 2023 aurait été inférieur d’environ 1 % à son niveau observé sans cette contribution. Cette estimation suppose qu’une réduction de l’emploi étranger n’aurait eu aucun effet positif sur la productivité.

Écarts limités en emploi

L’OID exclut les retraités de son analyse, ce qui fausse la comparaison entre Français de naissance et étrangers. En effet, les étrangers ont souvent des profils démographiques plus jeunes, avec moins de retraités, ce qui peut artificiellement réduire leur taux d’emploi apparent. Lorsque l’on inclut les retraités, les écarts de taux d’emploi entre Français de naissance et étrangers non européens se réduisent significativement. Par exemple, en 2023, le taux d’emploi des étrangers non européens en France métropolitaine était de 58 %, contre 65 % pour les Français de naissance, soit un écart de 7 points. Sans exclusion des retraités, cet écart serait bien moindre.

Ce que ça pourrait changer

L’étude de l’OID souligne que les étrangers sont sous-représentés dans les métiers en tension, définis par le gouvernement comme des professions confrontées à des difficultés de recrutement. Cependant, cette analyse ne tient pas compte du fait que les étrangers sont souvent concentrés dans des secteurs moins qualifiés ou moins réglementés, où les besoins en main-d’œuvre sont moins critiques. De plus, l’étude ignore que les étrangers occupent une part importante des emplois dans des secteurs comme l’agriculture, la construction ou les services aux particuliers, qui sont essentiels à l’économie mais moins souvent classés comme métiers en tension.

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