La “partie d’échecs” continue entre Donald Trump et Téhéran, sur fond de demandes réciproques de compensations financières
Le président américain exige des réparations de la part de l’Iran, qui, de son côté, a nommé un nouveau chef des forces armées, partisan d’une ligne dure..
Le 10 août 2026, Donald Trump, président des États-Unis, a publié un message sur Truth Social exigeant de l'Iran des compensations financières pour les victimes américaines et iraniennes de conflits passés. Il réclame des réparations pour les morts et blessés causés par les bombes artisanales iraniennes, ainsi que pour les victimes de l'attaque contre l'USS Cole et d'autres conflits impliquant le général Soleimani. Trump mentionne également les manifestants tués par le régime iranien en 50 ans, dont 52 000 personnes en 5 mois. Cette demande s’inscrit dans un contexte de négociations bloquées pour mettre fin à la guerre et rouvrir le détroit d’Ormuz, une voie maritime stratégique entre le golfe Persique et l’océan Indien. Truth Social est une plateforme de réseaux sociaux créée par Trump en 2022, alternative à Twitter.
L’Iran a réagi en nommant un nouveau chef des forces armées, Mohsen Rezaei, un ancien dirigeant des Gardiens de la révolution et proche conseiller du guide suprême, l’ayatollah Mojtaba Khamenei. Rezaei, connu pour ses positions radicales, remplace Mohammad Bagher Zolghadr. Cette nomination s’inscrit dans une stratégie de consolidation du pouvoir par la vieille garde sécuritaire iranienne, visant à marginaliser les élites plus modérées comme Mohammad Bagher Ghalibaf, qui mène les négociations avec les États-Unis. Les experts estiment que cette manœuvre rendra les pourparlers encore plus difficiles, car elle renforce l’influence des factions les plus intransigeantes du régime iranien.
Les deux camps semblent jouer une partie d’échecs géopolitique, où chaque mouvement est calculé pour affaiblir l’adversaire. Trump assume cette posture, déclarant que la situation « se résoudra » à terme. De son côté, l’Iran gagne du temps en négociant avec l’Irak pour exporter du pétrole via le détroit d’Ormuz et en discutant avec Oman pour établir une nouvelle route maritime contrôlée par Téhéran. Ces manœuvres permettent à l’Iran de résister aux pressions américaines tout en maintenant une pression sur Washington. Les analystes soulignent que l’Iran peut supporter plus de souffrances que les États-Unis, notamment à l’approche des élections de mi-mandat américaines.
Plusieurs médias internationaux analysent la situation avec scepticisme. The Guardian y voit un signe que les négociations sont dans l’impasse, tandis qu’Al-Jazeera se demande si la demande de Trump est une provocation ou une réelle stratégie. Charles Kupchan, ancien conseiller de Barack Obama, estime que ni l’Iran ni les États-Unis ne sont sérieux dans leurs positions, mais que Trump semble adopter une posture plus patiente. The Financial Times et The New York Times soulignent que la nomination de Rezaei renforce l’aile la plus radicale du régime iranien. Enfin, The Washington Post critique l’approche « schizophrénique » de Trump, qui oscille entre conciliation et confrontation, ce qui sabote ses propres négociations.
Cette crise s’inscrit dans un contexte régional tendu, où l’Iran cherche à étendre son influence face à Israël et à l’Arabie saoudite. L’Iran bloque partiellement le détroit d’Ormuz, une voie maritime cruciale pour le transport du pétrole, jusqu’à ce que Washington « corrige son comportement ». Parallèlement, des pays comme l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie forment un nouvel axe régional pour contrer l’influence iranienne et israélienne. Le détroit d’Ormuz, situé entre l’Iran et Oman, est l’un des points de passage les plus stratégiques au monde, avec environ 20 % du pétrole mondial transitant par cette route chaque jour.

