12 jours de tempête au Chili : les premiers signes d'un « super Niño » dévastateur
Pluies et vents violents, crues, inondations et glissements de terrain balaient le Chili depuis mi-juillet. Les premiers dégâts d'un phénomène « El Niño » qui s'annonce exceptionnel et pourrait rendre les prochains mois cataclysmiques.
Le Chili a connu 12 jours consécutifs de tempêtes entre fin juin et début juillet 2024, un phénomène météorologique exceptionnel. Ces intempéries ont provoqué des inondations, des glissements de terrain et des coupures d'électricité dans plusieurs régions du pays, notamment dans le centre et le sud. Les autorités chiliennes ont recensé au moins 15 morts et des milliers de personnes évacuées. Les dégâts matériels sont estimés à plusieurs centaines de millions de dollars, selon des rapports préliminaires. Ces tempêtes, bien que localisées, s'inscrivent dans un contexte climatique plus large marqué par des anomalies météorologiques globales.
Les scientifiques évoquent un possible super El Niño, une version particulièrement intense du phénomène climatique El Niño. El Niño est un réchauffement anormal des eaux de surface dans le Pacifique équatorial, qui perturbe les courants atmosphériques à l'échelle mondiale. Un super El Niño se caractérise par une intensité exceptionnelle, avec des anomalies de température de l'eau dépassant +2°C pendant plusieurs mois. Ce phénomène est associé à des conditions météorologiques extrêmes, comme des sécheresses prolongées ou des pluies diluviennes, selon les régions. Les archives climatiques indiquent que les super El Niño surviennent environ tous les 20 ans, mais leur fréquence pourrait augmenter avec le réchauffement climatique.
Les tempêtes au Chili sont considérées comme des signes précurseurs d'un super El Niño par les climatologues. Ces événements sont souvent liés à une modification des vents alizés dans le Pacifique, qui transportent l'humidité vers l'Amérique du Sud. Les données satellites montrent une augmentation de +1,5°C des températures océaniques dans la zone équatoriale depuis mai 2024, un seuil proche des conditions d'un super El Niño. Les modèles climatiques prévoient une probabilité de 70% pour que ce phénomène se confirme d'ici la fin de l'année, avec des impacts majeurs sur les économies régionales.
Les économistes alertent sur les conséquences économiques d'un super El Niño au Chili et en Amérique latine. Le pays, premier producteur mondial de cuivre (1/3 de la production mondiale), pourrait subir des perturbations dans ses mines en raison des inondations et des glissements de terrain. Les pertes pour le secteur minier sont estimées à plusieurs milliards de dollars en cas de ralentissement prolongé. Par ailleurs, l'agriculture, notamment les cultures de fruits et légumes, serait menacée par des sécheresses ou des pluies excessives, affectant les exportations. Le Chili, dont 20% du PIB dépend des exportations de matières premières, craint un ralentissement de sa croissance.
Plusieurs institutions internationales et locales surveillent l'évolution du phénomène. L'Organisation météorologique mondiale (OMM) a publié des alertes dès juin 2024, soulignant le risque d'un super El Niño. Au Chili, l'Office national des catastrophes naturelles (Onemi) coordonne les secours et les évacuations, tandis que le ministère de l'Environnement évalue les impacts environnementaux. Des scientifiques de l'Université du Chili et du Centre de recherche sur le climat (CR2) analysent les données en temps réel pour affiner les prévisions. Ces acteurs soulignent l'importance de la préparation face à des événements climatiques de plus en plus imprévisibles.
Le dernier super El Niño enregistré date de 2015-2016, considéré comme l'un des plus intenses depuis 1950. À l'époque, les températures océaniques avaient dépassé +3°C dans certaines zones du Pacifique, provoquant des sécheresses en Afrique et des inondations en Amérique du Sud. Le Chili avait subi des pertes agricoles de 1,5 milliard de dollars et des pannes d'électricité dans plusieurs régions. Les experts craignent que l'épisode actuel soit encore plus sévère, en raison de l'augmentation des températures mondiales (+1,1°C depuis l'ère préindustrielle) qui amplifie les effets d'El Niño.
Face à la menace, le gouvernement chilien a lancé un **plan d'urgence** incluant des **renforts dans les zones à risque**, des **stocks de nourriture et de médicaments**, et des **campagnes de sensibilisation** pour les populations. Les municipalités des régions les plus exposées, comme **Biobío** et **Ñuble**, ont mis en place des **systèmes d'alerte précoce** pour les glissements de terrain. Les entreprises du secteur minier et agricole préparent des **plans de continuité d'activité**, tandis que les assureurs ajustent leurs **primes pour couvrir les risques climatiques**. Ces mesures visent à limiter les pertes humaines et économiques, mais leur efficacité dépendra de l'intensité réelle du phénomène.

