Ce que pensent vraiment les Ukrainiens (sondage exclusif)
Une plongée dans les grandes tendances de la société ukrainienne grâce à une série de données inédites. L’article Ce que pensent vraiment les Ukrainiens (sondage exclusif) est apparu en premier sur Le Grand Continent..
L'enquête révèle que 70 % des Ukrainiens interrogés se disent très préoccupés par la fatigue de guerre au sein de la société, un phénomène qui désigne l'épuisement physique et psychologique causé par un conflit prolongé. Seuls 4,9 % des répondants déclarent ne pas s'en soucier du tout. Cette lassitude s'explique par la durée exceptionnelle du conflit, qui dure depuis plus de quatre ans à l'été 2026, avec des violences quotidiennes comme des frappes de missiles et de drones. Les civils ukrainiens continuent d'être touchés, avec un bilan humain lourd : en mai 2026, au moins 274 morts et 1 763 blessés ont été recensés, soit le chiffre le plus élevé depuis avril 2022. Les pertes militaires sont encore plus importantes, avec des milliers de soldats tués ou blessés chaque mois sur la ligne de front. Cette situation met à rude épreuve la résilience d'une société ukrainienne qui, malgré tout, maintient une vie civile active.
L'enquête montre une méfiance marquée des Ukrainiens envers Donald Trump, avec 65,3 % des répondants déclarant ne pas avoir confiance en lui, tandis que seulement 1,3 % lui accordent une confiance élevée. Cette défiance s'explique par la politique pro-russe de l'administration Trump, qui a suspendu une partie de l'aide militaire américaine à l'Ukraine tout en maintenant un partage de renseignements. Trump a multiplié les déclarations ambiguës, affirmant à 53 reprises qu'il mettrait fin à la guerre en « vingt-quatre heures ». Il a confié les négociations à Jared Kushner et Steve Witkoff, deux proches aux liens controversés avec la Russie, marginalisant les diplomates traditionnels. Les Ukrainiens perçoivent Trump comme un ennemi (35,4 %) plutôt qu'un ami (17 %), malgré des apparences diplomatiques comme un sommet de l'OTAN où il qualifiait les Ukrainiens de « peuple formidable ».
Les dirigeants de l'Union européenne (UE) bénéficient d'une confiance plus élevée que Donald Trump parmi les Ukrainiens. Ainsi, 74,5 % des répondants déclarent faire au moins un peu confiance aux dirigeants européens, avec 12 % exprimant une confiance élevée. Cette confiance s'inscrit dans un contexte où l'UE a pris le relais des États-Unis pour soutenir l'Ukraine, notamment en accélérant l'approvisionnement militaire après les revirements américains. L'UE est perçue comme un partenaire fiable, contrairement à l'administration Trump, dont les positions sont jugées ambiguës et alignées sur Moscou. Cependant, la confiance dans les dirigeants locaux ukrainiens reste contrastée : 18,9 % des répondants leur accordent une confiance élevée, mais 22,6 % n'ont aucune confiance en eux, reflétant des disparités régionales et une usure du pouvoir après cinq ans de guerre.
Les Ukrainiens portent un jugement nuancé sur le rôle des États-Unis dans le conflit. Seuls 7,4 % des répondants ont une vision positive du rôle actuel des États-Unis dans les affaires internationales, tandis que 61,6 % expriment des sentiments mitigés et 25,6 % un jugement négatif. Cette perception s'explique par les revirements de la politique américaine sous Trump, qui a réduit son aide militaire tout en maintenant une coopération en matière de renseignement. Un programme d'aide de 400 millions de dollars, approuvé par le Congrès en décembre 2025, reste bloqué au Pentagone depuis plusieurs mois. Malgré cela, 73,4 % des Ukrainiens considèrent les Américains comme des amis de l'Ukraine, contre seulement 3,5 % qui les voient comme des ennemis, montrant une distinction entre la population américaine et l'administration en place.
Volodymyr Zelensky, président ukrainien depuis 2019, reste la personnalité politique la plus crédible aux yeux des Ukrainiens, avec 36,7 % des répondants lui accordant une confiance élevée. À l'inverse, 13,6 % déclarent n'avoir aucune confiance en lui. Cette popularité relative s'explique par son rôle central dans la résistance ukrainienne face à l'invasion russe, mais aussi par l'usure du pouvoir après cinq ans de conflit. Zelensky a dû composer avec des défis majeurs : la fatigue de guerre, les tensions avec les alliés internationaux et les critiques internes sur la gestion du conflit. Malgré un soutien majoritaire, sa cote de confiance a reculé par rapport aux débuts de la guerre, reflétant une société en quête de résultats concrets après des années de sacrifices.
Cette enquête a été réalisée par le Kyiv International Institute of Sociology (KIIS) entre le 9 et le 26 juin 2026 auprès de 1 801 Ukrainiens vivant dans les territoires contrôlés par le gouvernement. Les habitants des régions occupées par la Russie (comme le Donbass ou la Crimée) ne sont pas inclus. La méthode utilisée est le CATI (Computer-Assisted Telephone Interviewing), où des enquêteurs réalisent des entretiens téléphoniques via un logiciel informatique. Le taux de réponse a été inférieur à 7 %, en raison des difficultés liées à la guerre : faible acceptation des appels inconnus, risques sécuritaires et contexte de méfiance. Les entretiens n'étaient menés qu'en l'absence d'alerte aérienne et si le répondant se sentait en sécurité. Cette méthode, bien que limitée, reste la plus adaptée pour mesurer l'opinion publique dans un pays en guerre, où les méthodes traditionnelles (comme les sondages en face-à-face) sont impossibles.
Si la guerre frappe principalement l'Ukraine, ses conséquences s'étendent désormais à la Russie. Depuis 2026, des drones ukrainiens ciblent les infrastructures militaires et énergétiques russes, causant des incendies, des fumées toxiques et des perturbations dans des villes comme Moscou ou Saint-Pétersbourg. Ces attaques, bien que limitées, rendent tangibles pour la population russe les coûts de la guerre, jusqu'ici perçus comme lointains. Cette évolution marque un tournant : pour la première fois, les Russes ordinaires subissent directement les conséquences des décisions de leur gouvernement. Les responsables militaires ukrainiens évoquent même une « moisson » de drones bon marché et autonomes, capables de causer des dégâts significatifs à moindre coût. Cette stratégie vise à affaiblir la logistique russe, mais elle expose aussi les civils à de nouveaux risques.

