Saint-Denis : pourquoi on bloque Paul Eluard ?
Depuis le 25 septembre, les élèves du lycée Paul Eluard se rassemblent devant leur établissement afin de dénoncer le manque de profs remplacés, les horaires à rallonge, l'extrême vétusté et l'insalubrité de leur lycée, et de partager leur sentiment d'être négligés par les pouvoirs publics..
Depuis le 25 septembre 2026, les élèves du lycée Paul Eluard à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) organisent un blocus, c’est-à-dire un rassemblement de protestation devant leur établissement. Ils dénoncent des conditions de travail et d’études jugées insupportables : présence de cafards et de rats, préfabriqués sans climatisation ni chauffage, coupures d’électricité répétées, et manque chronique de professeurs remplacés. Malgré leurs multiples demandes auprès de la direction, du rectorat (l’administration académique) et des Conseillers Principaux d’Éducation (CPE), aucune amélioration n’a été constatée. Les lycéens expriment un sentiment d’abandon et d’injustice, estimant que leur établissement est négligé par les pouvoirs publics. Pour eux, ces conditions rendent impossible la réussite scolaire et hypothèquent leur avenir professionnel.
Au-delà des problèmes matériels, les lycéens de Paul Eluard expriment une profonde angoisse quant à leur avenir. Ils craignent que les conditions de leur lycée ne les désavantagent durablement sur le plan scolaire et professionnel. Cette inquiétude s’accompagne d’une colère envers ce qu’ils perçoivent comme un mépris des institutions parisiennes à leur égard. Les jeunes interrogés soulignent une forme de discrimination territoriale : selon eux, les habitants de la banlieue parisienne, comme ceux de Saint-Denis, sont souvent stigmatisés et considérés comme des racailles (terme péjoratif désignant des personnes violentes ou marginales), alors qu’ils aspirent simplement à être écoutés et à bénéficier des mêmes droits que les autres. Cette frustration est renforcée par le sentiment que leur travail scolaire ne sera pas récompensé à sa juste valeur dans la société.
Les affrontements entre les lycéens et les forces de l’ordre se sont intensifiés depuis le début du blocus. Plusieurs élèves rapportent avoir été exposés à des gaz lacrymogènes (un gaz irritant utilisé par la police pour disperser les rassemblements) et dénoncent des violences policières. Ces dernières incluent, selon eux, des tabassages et des blessures graves, comme des bras cassés. Les jeunes critiquent également le maintien de l’ordre (terme désignant les méthodes utilisées par la police pour contrôler les manifestations), qu’ils jugent brutal et disproportionné. Ils estiment que les policiers, armés jusqu’au cou (expression désignant une forte dotation en équipements de protection et d’intervention), les traitent avec un racisme et un classisme (discrimination basée sur l’origine sociale) systématiques.
Le blocus a permis à certains lycéens de se politiser et de revendiquer des droits fondamentaux. Yasmina, 17 ans, issue d’un milieu populaire et née en Algérie, explique que cette mobilisation lui a donné l’espoir de changer les choses. Elle dénonce la répression des rassemblements par la préfecture (l’administration locale) et critique les médias, qu’elle accuse de diffuser des fake news (fausses informations) sur les événements. Pour elle, la violence peut être légitime dans la protestation, à condition qu’elle ne vise pas des personnes. Elle cite comme exemples les feux de poubelles ou les mortiers (projectiles artisanaux), qui ont contribué à médiatiser leur combat. Les lycéens veulent ainsi redistribuer le droit de parole (la possibilité de s’exprimer publiquement) et refuser de se contenter de miettes (une expression désignant des solutions insuffisantes).
Le blocus du lycée Paul Eluard s’inscrit dans un contexte plus large de tensions sociales et raciales en France. Les élèves dénoncent une forme de relégation scolaire (l’idée que les établissements des quartiers populaires sont délibérément laissés à l’abandon) en Seine-Saint-Denis, un département souvent stigmatisé. Fadila, une lycéenne en terminale, évoque également des tensions autour du port du voile et du bandana (un accessoire de tête) dans son lycée. Elle raconte avoir été plusieurs fois interdite de porter un bandana de trois centimètres, alors qu’elle affirme qu’il n’a aucune signification religieuse. Ces restrictions, selon elle, illustrent une volonté de contrôle accru sur les corps des jeunes filles issues de l’immigration, perçues comme des symboles de l’altérité.
Les parents des lycéens de Paul Eluard se sont mobilisés pour soutenir leurs enfants lors du blocus. Une mère d’élève s’est rendue sur place pour s’assurer de leur sécurité, exprimant un sentiment de *culpabilité* (une honte ou un regret) de faire naître ses enfants dans un environnement où ils sont *délaissés* (abandonnés à leur sort). Les familles partagent la colère des jeunes et reconnaissent leur combat comme légitime. Elles voient dans cette mobilisation une opportunité pour leurs enfants de *prendre le dessus* (de gagner en influence ou en visibilité) et de ne plus avoir peur de la police. Ce soutien familial renforce la crédibilité de la protestation et montre une solidarité intergénérationnelle dans la lutte pour l’égalité des chances.

