John, fils de John
Il y a l’anglais et il y a le gaélique. Il y a aussi le contraste entre la vie d’un jeune homme étudiant en ville et celle d’un fils d’éleveur de moutons, qui revient sur l’île d’Harris, en Écosse.
L'article présente un extrait du premier chapitre du prochain roman de Douglas Stuart, auteur reconnu pour son précédent ouvrage Shuggie Bain. Intitulé John, fils de John, ce texte inédit sera publié aux Éditions Globe. L'extrait met en scène Cal, un jeune étudiant écossais, et son père John Macleod, éleveur de moutons sur l'île d'Harris en Écosse. Le roman explore les contrastes entre la vie urbaine et rurale, ainsi que les tensions liées à l'identité culturelle, notamment entre l'anglais et le gaélique (langue celtique parlée en Écosse). L'histoire est marquée par des thèmes comme la culpabilité, les liens familiaux et la quête d'équilibre entre tradition et modernité.
Cal et son père communiquent chaque jeudi à 18 heures précises, ainsi que deux fois le dimanche, en suivant un rituel bien établi. En raison des coûts élevés des appels longue distance depuis la ville vers les îles, ils ont mis au point un système de signal : Cal appelle la maison, laisse sonner trois fois, puis raccroche. Son père le rappelle immédiatement, ce qui oblige Cal à arriver en avance et à faire semblant de parler à quelqu'un pour s'assurer que la cabine téléphonique est libre. Ce rituel reflète la relation distanciée mais structurante entre les deux hommes, où chaque appel devient une forme de culte pour étalonner leur esprit, selon les croyances de John Macleod.
Lors de leurs appels, John Macleod lit un psaume en gaélique, et Cal est censé le reprendre en utilisant la même langue, avec toute la ferveur attendue. Cependant, Cal se sent mal à l'aise, notamment en raison des regards des passants ou de la présence d'hommes séduisants dans le parc des Meadows, où se trouve la cabine téléphonique. Pour éviter ces distractions, il ferme souvent les yeux ou tourne le dos au sentier. Paradoxalement, il chante mieux lorsqu'il manipule des cartes laissées près du téléphone par des prostituées ou des masseuses, un détail qui souligne son malaise et sa recherche de concentration dans un environnement urbain qui lui est étranger.
Le parc des Meadows, situé à Édimbourg, est le lieu de prédilection de Cal pour passer ses appels. Ce parc, avec ses pentes verdoyantes, offre un cadre à la fois intime et public, où il peut se cacher des regards tout en restant accessible. Les rugbymen qui s'étirent dans l'herbe grasse, leurs shorts blancs translucides sous la bruine, deviennent un élément presque comique de la scène, contrastant avec la solennité des psaumes. Ce cadre urbain, loin de l'île d'Harris et de la vie rurale de son père, symbolise le décalage entre les deux mondes que Cal tente de concilier, tout en soulignant son isolement et sa quête d'appartenance.
L'île d'Harris, située dans l'archipel des Hébrides extérieures en Écosse, est le lieu de vie de John Macleod, éleveur de moutons. Cette région, connue pour son climat humide et ses paysages sauvages, incarne la tradition écossaise et la culture gaélique. Le contraste entre cette île reculée et la ville d'Édimbourg, où étudie Cal, est au cœur du roman. Harris représente pour Cal à la fois un ancrage familial et une source de culpabilité, notamment en raison de son départ pour les études. La relation père-fils, marquée par des silences et des rituels, illustre les tensions entre modernité et tradition, ainsi que les difficultés à maintenir un lien malgré la distance géographique et culturelle.

