Moins de sucre en prévision ? La betterave française souffre de l'été caniculaire
Vu l'été sec et caniculaire, les cultivateurs de betterave sucrière s'attendent à une récolte amaigrie. Première région productrice, les Hauts-de-France accusent le coup.
L’été 2022 a été marqué par des températures exceptionnellement élevées en France, avec des vagues de chaleur prolongées et des épisodes de sécheresse intense. Ces conditions climatiques ont directement affecté les cultures de betteraves sucrières, qui sont très sensibles à la chaleur et au manque d’eau. Les betteraves ont besoin d’un apport régulier en eau pour se développer correctement et atteindre un taux de sucre optimal. En 2022, les rendements ont chuté de 20 % par rapport à la moyenne des cinq années précédentes, selon les données de l’ITB (Institut Technique de la Betterave), un organisme spécialisé dans l’accompagnement des producteurs. Cette baisse s’explique par un stress hydrique sévère, c’est-à-dire un manque d’eau suffisant pour les plantes, et par des températures dépassant parfois 40 °C, ce qui perturbe leur métabolisme.
La production française de betteraves sucrières a reculé de 15 % en 2022 par rapport à l’année précédente, passant de 35 millions de tonnes à environ 30 millions de tonnes. Cette diminution a des répercussions directes sur l’industrie sucrière, car la betterave est la principale matière première pour la production de sucre en France. L’AIBS (Association des Industries de la Betterave et du Sucre) a alerté sur les risques de pénurie de sucre pour les industriels et les consommateurs. Les prix du sucre ont augmenté de 30 % sur les marchés européens, une hausse qui reflète à la fois la baisse des récoltes et la spéculation liée aux craintes de pénurie. Les agriculteurs, déjà touchés par la hausse des coûts de production (carburant, engrais), voient leurs marges se réduire.
Plusieurs acteurs jouent un rôle central dans cette crise. Les betteraviers, c’est-à-dire les agriculteurs qui cultivent la betterave, sont en première ligne face aux aléas climatiques. Ils sont soutenus par des coopératives agricoles, comme Tereos ou Saint-Louis Sucre, qui achètent leur récolte et la transforment en sucre. Ces coopératives, qui représentent 90 % de la production française, ont dû s’adapter en réduisant leurs volumes de sucre disponibles. Le gouvernement français, via le ministère de l’Agriculture, a mis en place des mesures d’urgence, comme des aides financières pour les agriculteurs touchés, mais ces dispositifs restent limités face à l’ampleur des dégâts. L’Union européenne a également été sollicitée pour ajuster les quotas de production et éviter une crise d’approvisionnement.
La baisse de la production de betteraves a des effets en cascade sur l’économie française. Le secteur sucrier, qui emploie directement ou indirectement environ 45 000 personnes, est menacé par cette situation. Les industriels, comme les fabricants de sodas ou de confiseries, pourraient devoir importer du sucre à un coût plus élevé, ce qui pèserait sur leurs marges. Les consommateurs pourraient aussi subir une hausse des prix des produits sucrés, comme les bonbons ou les biscuits. Par ailleurs, la France, premier producteur de sucre de betterave en Europe, voit son influence sur les marchés internationaux diminuer. Les exportations de sucre français ont reculé de 10 % en 2022, une tendance qui pourrait se poursuivre si les conditions climatiques ne s’améliorent pas.
Face à l’aggravation des épisodes de sécheresse et de canicule, liés au changement climatique, les acteurs du secteur réfléchissent à des solutions pour s’adapter. L’**ITB** propose de développer des variétés de betteraves plus résistantes à la chaleur et au manque d’eau, mais ces innovations demandent plusieurs années de recherche. Les agriculteurs pourraient aussi se tourner vers des techniques culturales moins gourmandes en eau, comme l’irrigation raisonnée ou l’agroécologie. Cependant, ces changements nécessitent des investissements importants et un accompagnement technique. À plus long terme, la France pourrait diversifier ses sources de sucre, par exemple en développant la production de sucre de canne ou en augmentant les importations, mais ces options soulèvent des questions sur la souveraineté alimentaire et l’impact environnemental.

