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Environnement

«Le projet le plus fou des grands aménagements inutiles» : dans le Pas-de-Calais, la lutte contre le canal Seine-Nord s’intensifie

Vert.eco · mis à jour il y a 24 j

Samedi, plusieurs milliers de personnes ont manifesté à Oisy-le-Verger (Pas-de-Calais) contre le projet de gigantesque canal qui doit relier la Seine aux ports d’Anvers (Belgique) et de Rotterdam (Pays-Bas) afin d’intensifier le transport fluvial de marchandises. Vert était sur place..

Manifestation massive

Plus de 3 500 personnes, selon les organisateurs, se sont rassemblées à Oisy-le-Verger dans le Pas-de-Calais pour protester contre le projet de canal Seine-Nord Europe. Cet événement, marqué par une forte chaleur (canicule), a regroupé des militant·es de divers horizons, dont des associations comme les Soulèvements de la Terre, Méga canal non merci, Extinction Rebellion et la Confédération paysanne. Les manifestant·es ont brandi des pancartes aux slogans percutants comme «Méga-canal, méga-scandale» ou «Personne peut nous méga-canaliser», reflétant leur opposition farouche à ce projet. La préfecture, quant à elle, évoque un chiffre plus modeste de 2 000 manifestant·es. Ce rassemblement s’inscrit dans une série de mobilisations contre le canal, après celles de mars et octobre 2025.

Canal Seine-Nord Europe

Le projet de canal Seine-Nord Europe est un chantier pharaonique visant à créer une voie navigable de 107 kilomètres de long et 57 mètres de large, reliant la Seine aux grands ports européens comme Anvers (Belgique) ou Rotterdam (Pays-Bas). Porté par la Société du canal Seine-Nord Europe et soutenu par la région Hauts-de-France ainsi que par la Commission européenne, ce projet doit permettre d’augmenter le transport fluvial de marchandises. Il implique la construction d’infrastructures majeures comme des écluses, des ponts et des plateformes logistiques. Une partie du tracé suivra le canal existant, mais une autre devra être creusée ex nihilo. Le coût initial de 5 milliards d’euros a été réévalué à 7,3 milliards, avec des estimations pouvant atteindre 10 milliards selon la Cour des comptes, qui souligne des problèmes de financement et des impacts environnementaux majeurs.

Enjeux écologiques

Le projet menace directement la biodiversité locale, avec 300 espèces protégées mises en danger par les travaux. Les associations contestataires dénoncent des compensations écologiques jugées illusoires, c’est-à-dire des mesures censées atténuer les dégâts environnementaux mais qui, selon elles, ne suffiront pas à préserver les écosystèmes. Les militant·es proposent une alternative : rénover et optimiser le réseau fluvial existant plutôt que de creuser un nouveau canal. Par exemple, le canal de la Sensée et le vieux canal nord pourraient être modernisés pour éviter des travaux colossaux et destructeurs. La question de l’eau est également centrale, car le projet prévoit de prélever 21 millions de mètres cubes d’eau, notamment dans l’Oise ou via une mégabassine 22 fois plus grande que celle de Sainte-Soline, déjà controversée.

Coût et financement

Le coût du projet a connu plusieurs réévaluations. Initialement estimé à 5 milliards d’euros, il a été porté à 7,3 milliards, avec des prévisions pouvant atteindre 10 milliards selon la Cour des comptes. Cette dernière a pointé du doigt des difficultés majeures de financement et des problèmes de maîtrise d’ouvrage, c’est-à-dire des difficultés rencontrées par la Société du canal pour gérer le chantier. Le financement est assuré en partie par la région Hauts-de-France et l’Union européenne. Pour les opposants, ces 10 milliards pourraient être mieux utilisés, par exemple pour développer la filière bio locale ou soutenir l’agriculture paysanne, comme le propose Vincent Chombart, membre de la Confédération paysanne, exproprié de 20 hectares pour le projet.

Alternatives proposées

Les opposants au canal Seine-Nord Europe avancent plusieurs alternatives pour réduire le transport routier de marchandises. Anne Stambach-Terrenoir, députée La France insoumise, suggère de développer le fret ferroviaire, c’est-à-dire le transport de marchandises par train, plutôt que de creuser un nouveau canal. Elle critique aussi le projet pour son impact sur les ressources en eau, alors que les sécheresses se multiplient. D’autres, comme les militant·es des Deux-Sèvres, soulignent la nécessité de repenser le partage de l’eau, notamment face aux projets de mégabassines qui alimenteraient le canal. Ces bassines, réservoirs géants destinés à l’irrigation, sont déjà au cœur de luttes locales en raison de leur impact environnemental.

Actions symboliques

Lors de la manifestation, une partie des militant·es a quitté le tracé autorisé pour se diriger vers un chantier d’écluse en cours de construction. Ils·elles ont coupé des clôtures et des barbelés, symbolisant leur volonté de désarmer le projet. Cette action s’est accompagnée de tensions avec les forces de l’ordre, qui ont utilisé des grenades lacrymogènes. Un incendie s’est déclaré dans un champ, attribué par les manifestant·es aux tirs de grenades. Malgré ces incidents, la journée s’est terminée de manière pacifique, avec des participant·es se baignant dans le canal de Sensée et scandant des slogans contre le projet. L’ambiance était familiale, marquée par des distributions d’eau et de crème solaire en raison de la canicule.

Ce que ça pourrait changer

Le président *Les Républicains* de la région *Hauts-de-France*, Xavier Bertrand, affirme que le chantier est *irréversible*, une position contestée par les collectifs opposés au projet. Ces derniers soulignent que seulement 1 % des travaux ont été réalisés à ce jour. La fin de journée a été marquée par des témoignages d’habitant·es impacté·es, comme Hélène, une péniche sur l’Oise, qui a dû quitter son logement en raison du projet. Son cas illustre les conséquences concrètes du canal sur les populations locales. Malgré le sentiment d’avoir agi trop tard, la mobilisation a redonné espoir à certains, comme elle, qui voit dans la présence massive de manifestant·es une chance de stopper le chantier.

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