La ménopause : le dernier combat féministe ?
La ménopause marque la fin de la fertilité et une profonde transformation hormonale. Pourtant, ses effets physiques, psychiques et sociaux restent peu pensés.
La ménopause désigne la période de la vie d'une femme marquée par l'arrêt définitif des règles (menstruations), généralement entre 45 et 55 ans. Elle correspond à la fin de la fertilité, c'est-à-dire à l'incapacité biologique de concevoir un enfant. Cette transition s'accompagne d'une baisse progressive des hormones sexuelles, principalement les œstrogènes et la progestérone, produites par les ovaires. Ces changements hormonaux entraînent des modifications physiques, comme des bouffées de chaleur ou une sécheresse vaginale, mais aussi des effets psychiques et sociaux. Contrairement à une idée reçue, la ménopause n'est pas un événement ponctuel, mais un processus qui s'étend sur plusieurs années, souvent divisé en trois phases : la péri-ménopause (période de transition avant la ménopause), la ménopause elle-même (définie après 12 mois consécutifs sans règles) et la post-ménopause.
La ménopause est souvent réduite à sa dimension biologique, mais ses conséquences vont bien au-delà. Elle peut bouleverser le corps, comme en témoignent les bouffées de chaleur (sensation soudaine de chaleur intense), les troubles du sommeil ou les changements de poids. Sur le plan psychique, elle peut s'accompagner de symptômes comme l'anxiété, la dépression ou des difficultés de concentration, parfois confondus avec des signes de vieillissement. Socialement, elle peut modifier les relations avec les autres, notamment dans le cadre professionnel où les stéréotypes liés à l'âge ou au genre peuvent ressurgir. Pourtant, ces effets restent peu étudiés et mal pris en charge par la médecine. Par exemple, en France, seulement 20 % des femmes ménopausées bénéficient d'un suivi médical adapté, selon des estimations récentes. Ces lacunes s'expliquent en partie par un manque de formation des professionnels de santé sur cette période de la vie.
La ménopause a été peu abordée par le mouvement féministe, alors qu'elle touche des millions de femmes. Gloria Origgi, philosophe et chercheuse au CNRS, souligne que cette période est souvent perçue comme une fin, notamment de la fertilité, mais aussi de la jeunesse ou de la productivité. Pourtant, elle représente une transformation profonde de l'identité et de la perception de soi. Le féminisme, qui a longtemps lutté pour l'égalité des droits et la visibilité des femmes, a parfois négligé cette étape, la considérant comme un sujet tabou ou trop lié à la biologie. Gloria Origgi propose dans son livre Philosophie de la ménopause (éditions Flammarion) de repenser cette période non pas comme une simple fin, mais comme une nouvelle phase de la vie, riche en potentialités. Elle interroge ainsi la manière dont la société perçoit le vieillissement féminin et les stéréotypes qui l'accompagnent.
La ménopause soulève des enjeux médicaux et sociaux majeurs. D'un point de vue médical, elle est souvent mal prise en charge en raison d'un manque de connaissances et de sensibilisation. Par exemple, les traitements hormonaux substitutifs (THS), qui permettent de compenser la baisse des hormones, sont encore controversés et peu accessibles à toutes les femmes. En France, environ 15 % des femmes ménopausées y ont recours, un chiffre qui varie selon les régions et les milieux sociaux. Sur le plan social, la ménopause peut aussi être un facteur de discrimination, notamment au travail, où les symptômes peuvent être mal compris ou minimisés. Des études montrent que les femmes en période de ménopause sont plus susceptibles de subir des préjugés liés à leur âge ou à leur genre, ce qui peut affecter leur carrière ou leur estime de soi. Ces enjeux soulignent la nécessité d'une approche plus globale, intégrant santé, éducation et lutte contre les stéréotypes.
Gloria Origgi propose de repenser la ménopause non pas comme une fin, mais comme une métamorphose, une nouvelle étape de la vie. Elle invite à considérer cette période comme une opportunité de redéfinir son rapport à soi, aux autres et au monde. Plutôt que de se concentrer sur les pertes (fertilité, jeunesse), elle suggère de mettre en avant les gains potentiels, comme une plus grande liberté ou une meilleure connaissance de soi. Cette approche s'inscrit dans une réflexion plus large sur le vieillissement et la place des femmes dans la société. Elle rejoint des mouvements contemporains qui cherchent à déconstruire les normes liées à l'âge et au genre, en valorisant la diversité des expériences féminines. Pour Origgi, la ménopause peut ainsi devenir un sujet de débat public et un levier pour repenser les inégalités structurelles qui touchent les femmes tout au long de leur vie.

