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Généraliste

Pour les Mohawks de Kahnawà:ke, la reconquête du territoire commence ici

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 22 j

La communauté s’agrandit d’une première parcelle, prélude à des revendications territoriales bien plus vastes..

Une carte comme symbole

Dans le bureau du grand chef Cody Diabo, une carte murale illustre la revendication territoriale des Mohawks de Kahnawà:ke. Elle montre en vert le territoire actuel de la communauté, une petite réserve de moins de 9 700 hectares, entourée par les villes, routes et terres agricoles de la Rive-Sud de Montréal. Les zones en rouge représentent les terres que les Mohawks estiment leur avoir été prises depuis 1680, date de la création de la seigneurie du Sault-Saint-Louis, un territoire bien plus vaste de 24 000 acres (environ 9 700 hectares). Cody Diabo souligne que chaque nouvelle construction ou infrastructure accélère la perte de ces terres, rendant leur restitution plus complexe. La carte n’est pas qu’un document : elle symbolise une dépossession historique et une lutte actuelle pour la reconnaissance des droits territoriaux.

Première restitution de terrain

Une avancée concrète se profile à 15 kilomètres de Kahnawà:ke, où 162 acres (66 hectares) doivent être restitués à la communauté mohawk. Ce terrain, situé près des municipalités de Saint-Rémi et Saint-Isidore, abritait autrefois une installation fédérale de communications radar. Le gouvernement canadien s’est engagé à transférer ce site à Kahnawà:ke, sous réserve de son assainissement, avec un financement fédéral de 1,2 million de dollars pour les travaux. Cody Diabo insiste sur le fait que cette restitution n’est pas une faveur, mais une reconnaissance d’un droit ancestral. Le terme rematriation est utilisé pour souligner que la terre n’a jamais appartenu à d’autres et que Kahnawà:ke ne fait que la reprendre. Ce terrain ne fait pas partie des 24 000 acres revendiqués, mais il marque une étape importante dans un dossier ouvert depuis plus de 20 ans.

Histoire d’une spoliation

La revendication territoriale des Mohawks de Kahnawà:ke plonge ses racines dans la seigneurie du Sault-Saint-Louis, concédée en 1680 par le régime français aux Iroquois du Sault, comme les autorités coloniales nommaient alors les Mohawks. Ce territoire, bien plus vaste que la réserve actuelle, a été progressivement réduit au fil des siècles, malgré les protestations répétées de la communauté. Les cessions de terres se sont poursuivies sous les régimes britannique puis canadien, notamment avec la construction de la voie maritime du Saint-Laurent et l’expansion urbaine. Les négociations avec Ottawa ont commencé dans les années 1990 et se sont formalisées au début des années 2000. En 2022, le ministère fédéral des Relations Couronne-Autochtones a pris possession du site de 162 acres, anciennement utilisé par la Défense nationale puis par des services fédéraux.

Un projet agricole ambitieux

Les 162 acres restitués ne seront pas urbanisés, malgré les besoins en logements de Kahnawà:ke. La communauté privilégie plutôt un projet agricole destiné à renforcer son autonomie alimentaire pour les 100 prochaines années. Les terres, aujourd’hui couvertes d’herbes et de fleurs sauvages, pourraient accueillir des cultures traditionnelles comme le maïs, les haricots et les courges, suivant la méthode des Trois Sœurs, une technique de compagnonnage autochtone où chaque plante soutient les autres. Ce projet inclurait également des serres, un petit élevage, un point de vente communautaire et éventuellement des installations solaires. L’objectif n’est pas la rentabilité, mais la production d’aliments sains et la transmission des savoirs traditionnels. Les semences utilisées seraient des variétés locales, protégées des croisements avec les cultures voisines.

Assainissement et défis logistiques

Avant de pouvoir utiliser le terrain de 162 acres, Kahnawà:ke doit assainir le site, qui contient de l’amiante, de la peinture au plomb et une possible fuite de mazout. Le financement fédéral de 1,2 million de dollars couvrira la démolition et le nettoyage, mais le Conseil mohawk se réserve le droit de réclamer un complément si les coûts dépassent cette enveloppe. Cody Diabo critique la lenteur des procédures fédérales et plaide pour une gestion autonome des travaux par les communautés autochtones, soulignant que le Canada n’hésite pas à exproprier rapidement lorsqu’il le souhaite. Cette expérience pourrait servir de précédent pour d’autres Premières Nations, qui attendent depuis des décennies des restitutions similaires.

Résistance et symboles de rejet

Quelques jours après l’annonce du financement fédéral, un bateau rempli de déchets a été abandonné sur le site, forçant Kahnawà:ke à renforcer la sécurité avec des blocs de béton. Tehosterihens Deer, conseiller en relations publiques, évoque la possibilité que ce geste soit un message ou simplement une tentative d’éviter les frais d’élimination des déchets. Les autorités mohawk ont identifié le responsable et collaborent avec la police pour faire la lumière sur cet incident. Cody Diabo souligne que la communauté souhaite maintenir de bonnes relations avec les municipalités voisines, malgré certaines réticences locales. Le projet de restitution reste globalement bien accueilli, même si des tensions persistent dans la population environnante.

Ce que ça pourrait changer

Kahnawà:ke ne cherche pas à expulser les résidents actuels des terres revendiquées, mais à récupérer progressivement des parcelles au gré de leur disponibilité. La communauté souhaite être informée en priorité lorsque le gouvernement fédéral se départit d’un terrain excédentaire dans la région, afin d’évaluer si elle souhaite en faire la restitution. L’objectif est de créer un territoire cohérent, relié à la réserve actuelle, plutôt qu’un ensemble d’enclaves isolées. Cody Diabo insiste sur le caractère générationnel de ce processus, excluant toute solution radicale ou forcée. Cette approche vise à reconstruire un lien territorial et culturel avec les terres ancestrales, tout en évitant les conflits inutiles.

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