« Vous êtes russes maintenant » : des Ukrainiens formés pour devenir soldats
Un dossier suivi par le Canada, qui milite pour le retour des milliers d'enfants déplacés en Russie..
Dès 2020, dans les territoires ukrainiens occupés par la Russie, des programmes de formation militaire ont été introduits dès l’école primaire. Ces classes spéciales, appelées cadets, concernaient des élèves de sixième année, soit environ 11-12 ans. Les jeunes y apprenaient des techniques militaires comme le chargement et le rechargement d’armes, la marche au pas ou les soins d’urgence. L’objectif était de les préparer à devenir des soldats, selon le témoignage de Matvii Chos, un jeune Ukrainien de 19 ans ayant grandi en Crimée sous occupation russe. Ces programmes s’inscrivaient dans une stratégie plus large de militarisation des enfants, visant à les transformer en combattants potentiels contre leurs compatriotes ukrainiens. Cette initiative illustre une politique délibérée de la Russie pour intégrer ces territoires et leurs populations.
En Russie, la conscription militaire est obligatoire pour les hommes dès l’âge de 18 ans. Une fois majeurs, les jeunes Ukrainiens risquaient d’être enrôlés de force dans l’armée russe, surtout s’ils résidaient dans des territoires occupés comme la Crimée. Matvii Chos a expliqué que cette menace l’a poussé à fuir : Si vous êtes un homme et que vous avez 18 ans, ils vous enrôlent presque immédiatement. Pour éviter ce sort, il s’est inscrit dans une université de Moscou, mais a finalement dû quitter la Russie avec l’aide d’une organisation ukrainienne à but non lucratif. Ce système de conscription illustre une politique de contrôle démographique et militaire dans les zones occupées.
Au-delà de la formation militaire, la Russie a mis en place des mesures pour effacer l’identité ukrainienne des jeunes. Matvii Chos a évoqué l’endoctrinement subi dès l’école, incluant l’interdiction progressive de la langue ukrainienne et la promotion d’une identité russe. Cette stratégie vise à remplacer les repères culturels et linguistiques ukrainiens par ceux de la Russie. Elle s’inscrit dans une politique plus large de russification des territoires occupés, où l’usage du ukrainien est découragé, voire interdit dans certains contextes. Ce processus s’accompagne d’une militarisation précoce, créant une génération de jeunes perçus comme des soldats potentiels pour le compte de Moscou.
Depuis le début de la guerre en Ukraine, des milliers de jeunes Ukrainiens ont été déportés de force en Russie. Lors d’une conférence internationale à Toronto le 29 septembre, 50 pays ont exprimé leur préoccupation face à ces transferts et appelé à leur retour immédiat, sûr et inconditionnel. Ces déportations concernent des enfants issus de territoires occupés, souvent séparés de leurs familles. Le Canada, comme d’autres nations, suit attentivement ce dossier et participe aux efforts pour organiser leur rapatriement. Ces actions s’inscrivent dans le cadre des violations du droit international par la Russie, notamment la Convention relative aux droits de l’enfant de l’ONU.
La communauté internationale, réunie lors de la conférence *Voies vers la paix* à Toronto, a condamné les pratiques de militarisation et de déportation des enfants ukrainiens. Les 50 pays participants ont souligné l’urgence de mettre fin à ces violations et de garantir le retour des jeunes en Ukraine. Cette mobilisation reflète une prise de conscience des enjeux humanitaires et géopolitiques liés à la guerre en Ukraine. Les pays signataires ont appelé à des actions concrètes pour protéger les droits des enfants et préserver leur identité ukrainienne. Cette réaction illustre l’importance accordée à la question des droits humains dans le conflit.

