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Géopolitique

Au Nigeria, la pauvreté nourrit l’engouement pour les “mariages de masse”

Courrier International · mis à jour il y a 23 j

Du 7 au 9 août, quelque 1 500 couples ont participé à un mariage collectif organisé et subventionné par l’administration centrale de l’État de Kano, dans le nord du Nigeria. Ces événements sont présentés comme un moyen de soutenir les familles à faibles revenus et une façon de lutter contre la radicalisation dans un pays en proie à une insurrection djihadiste..

Mariages collectifs au Nigeria

Dans l’État de Kano, au nord du Nigeria, une administration locale a organisé un mariage collectif réunissant 1 500 couples du 7 au 9 août 2026. Cet événement, financé par l’État, s’inscrit dans une tradition lancée en 2012 pour soutenir les familles à faibles revenus. Les participants, souvent des veufs, des divorcés ou des célibataires, n’ont pas les moyens de payer un mariage traditionnel. La cérémonie a eu lieu dans la mosquée centrale de Kano, avec des tenues spécifiques : les femmes portaient un hidjab rouge et les hommes un costume traditionnel appelé baban riga blanc avec un bonnet rouge. Kano, État le plus peuplé du Nigeria et majoritairement musulman, applique en parallèle de la loi étatique la charia, une loi islamique, via des institutions comme la police islamique Hisbah.

Contexte économique et social

Le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique avec plus de 200 millions d’habitants, fait face à une crise économique marquée par un chômage élevé, une inflation galopante et une hausse des prix des denrées alimentaires. Dans cet État du nord, où la pauvreté est particulièrement répandue, les mariages traditionnels peuvent coûter jusqu’à 640 euros par couple, une somme inaccessible pour de nombreux jeunes. Pour y remédier, l’État de Kano a déboursé 1,5 milliard de nairas (960 000 euros) pour organiser cet événement. Chaque couple a reçu environ 1 million de nairas (640 euros) pour couvrir les frais de dot, de mobilier, d’examens médicaux et de préparation au mariage. Une partie de cette somme est aussi destinée à aider les femmes à créer une petite entreprise, favorisant ainsi leur autonomie financière.

Objectifs politiques et critiques

Le gouverneur de l’État de Kano, Abba Kabir Yusuf, présente ce programme comme une « intervention sociale audacieuse » visant à redonner espoir aux familles et à lutter contre la radicalisation des jeunes. En effet, le nord du Nigeria est touché par l’insurrection du groupe djihadiste Boko Haram, responsable d’attentats, d’enlèvements et d’assassinats. Le gouverneur espère que ces mariages collectifs, en offrant une stabilité familiale, réduiront le recrutement par les groupes armés. Cependant, des critiques émergent : certains estiment que cet argent public pourrait être mieux utilisé pour résoudre des problèmes structurels comme le chômage ou la crise alimentaire. En 2013, le magazine Time avait déjà souligné que cette stratégie était aussi une tactique antiterroriste, inspirée de programmes similaires en Arabie saoudite. Son efficacité reste cependant débattue.

Sélection et enjeux locaux

Pour participer à ce mariage collectif, 10 000 candidats se sont inscrits pour seulement 3 000 places disponibles, illustrant l’engouement pour cette initiative. La sélection est effectuée par la Hisbah, la police islamique de Kano, qui vérifie notamment que les couples ne cherchent pas uniquement à profiter des avantages financiers. En effet, chaque couple reçoit une dot, du mobilier et une aide pour démarrer une activité économique. Le montant total dépensé par l’État s’élève à 960 000 euros, soit 640 euros par couple. Certains participants, comme Samini Tijani Isa, déclarent que sans cette aide, ils n’auraient pas pu se marier avant plusieurs années. Cependant, des voix s’interrogent sur la durabilité de cette solution face à l’ampleur des défis socio-économiques du Nigeria.

Ce que ça pourrait changer

Les mariages collectifs à Kano existent depuis 2012 et sont organisés régulièrement par l’administration locale. L’édition de 2026 s’inscrit dans la continuité de cette politique, avec un budget de 960 000 euros. Le gouverneur Yusuf en a fait une promesse de campagne lors des élections générales de 2023, mettant en avant l’amélioration des conditions de vie. Cependant, l’efficacité de cette mesure pour lutter contre la radicalisation ou la pauvreté reste incertaine. Des exemples similaires, comme le *Care Rehabilitation Center* en Arabie saoudite, ont tenté de financer des mariages pour réinsérer d’anciens djihadistes, mais les résultats sont mitigés. Dans un contexte où le Nigeria doit faire face à des crises multiples, cette initiative soulève des questions sur l’allocation des ressources publiques.

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