En Inde, ces femmes qui tuent leur fiancé pour éviter un mariage arrangé
Plusieurs affaires de meurtres de jeunes hommes, perpétrés ou commandités par leur fiancée, agitent la presse indienne ces dernières semaines. Il apparaît que les femmes impliquées avaient été forcées de consentir à ces unions.
Plusieurs affaires de meurtres de jeunes hommes par leur fiancée ou avec sa complicité ont récemment marqué la presse indienne. En juin 2026, Ketan Agarwal, 25 ans, diplômé d'une université américaine, a été assassiné par sa fiancée Siya Goyal, 20 ans, et son complice Chetan Chaudhary. Les trois jeunes gens avaient planifié le meurtre pendant des mois avant de précipiter Ketan Agarwal du haut d'une falaise près de Pune, dans le sud de l'Inde. Une autre affaire, survenue en mai 2025, concerne Raja Raghuvanshi, 29 ans, entrepreneur, dont le corps a été retrouvé dans une gorge au Meghalaya après sa disparition lors de son voyage de noces avec Sonam, 25 ans. Ces cas illustrent une tendance inhabituelle en Inde, où les femmes sont généralement victimes de violences conjugales plutôt que responsables de meurtres de leur partenaire.
Les deux affaires semblent liées à des mariages arrangés, une pratique encore très répandue en Inde malgré les changements sociétaux. Les fiancées impliquées dans ces meurtres avaient été contraintes d'accepter ces unions. Les médias indiens soulignent que ces cas sont exceptionnels car, dans la majorité des situations, ce sont les femmes qui subissent des violences de la part de leur mari ou de leur famille. Le terme mariage arrangé désigne une union organisée par les familles des futurs époux, souvent sans le consentement des intéressés, contrairement aux mariages dits libres où les partenaires choisissent eux-mêmes leur conjoint. Ces pratiques restent ancrées dans certaines régions d'Inde, malgré les lois protégeant les droits des femmes.
Les médias indiens ont réagi avec surprise à ces affaires, qualifiant ces meurtres de genre à part entière. Karanjeet Kaur, journaliste, a écrit dans The Print que l'Inde est habituée aux féminicides, mais que l'implication de femmes dans des meurtres de leur fiancé ou mari constitue un phénomène nouveau et choquant. Elle souligne que ces cas brisent les stéréotypes de genre selon lesquels les femmes sont systématiquement les victimes dans les violences conjugales. Les affaires ont également suscité des débats sur la persistance des mariages arrangés et leur impact sur la vie des jeunes femmes en Inde.
Ces affaires surviennent dans un contexte où les mariages arrangés résistent aux évolutions sociales en Inde. Malgré une modernisation croissante, notamment dans les grandes villes, cette pratique reste dominante dans de nombreuses régions, en particulier dans les zones rurales. Les familles y voient souvent un moyen de préserver les traditions, de renforcer les liens communautaires ou de garantir une stabilité économique. Cependant, ces unions forcées peuvent entraîner des conséquences dramatiques pour les femmes, comme des violences, des suicides ou, dans ces cas extrêmes, des meurtres. Les lois indiennes interdisent les mariages forcés, mais leur application reste limitée, notamment en raison des pressions sociales et familiales.
Les affaires de meurtres de fiancés par leur partenaire posent des défis juridiques et moraux en Inde. Les procureurs doivent déterminer si les femmes impliquées agissaient sous la contrainte ou par choix, ce qui influence la qualification des faits et les peines encourues. Par exemple, dans l'affaire de Ketan Agarwal, les enquêteurs tentent de comprendre si Siya Goyal a agi par peur de subir un mariage arrangé ou par calcul personnel. Ces cas soulèvent des questions sur l'autonomie des femmes dans une société où leur liberté de choix est souvent limitée par des normes familiales et sociales. Les tribunaux devront trancher entre la reconnaissance de leur désespoir et la condamnation d'un meurtre prémédité.

