Violences contre les femmes âgées : un fléau largement ignoré
Violences physiques, agressions sexuelles, privation de soins, exploitation financière. Les femmes âgées subissent des abus que les dispositifs de protection peinent à reconnaître.
Le vieillissement ne protège pas les femmes des violences, mais peut les rendre plus difficiles à détecter et à combattre. Selon Reem Alsalem, rapporteuse spéciale de l’ONU sur la violence contre les femmes et les filles, les violences subies par les femmes âgées sont souvent invisibilisées en raison de la combinaison de deux phénomènes : l’âgisme (discrimination liée à l’âge) et le sexisme. Ces violences, qu’elles soient physiques, psychologiques, sexuelles ou économiques, sont tolérées ou perçues comme une conséquence normale du vieillissement. En 2025, 664 millions de femmes avaient 60 ans ou plus dans le monde, un chiffre qui devrait atteindre 1,13 milliard en 2050, soulignant l’urgence d’agir face à ce phénomène.
Les statistiques sur les violences faites aux femmes se concentrent principalement sur celles en âge de procréer, laissant dans l’ombre les femmes âgées. En 2022, moins de 10 % des données disponibles sur les violences conjugales permettaient d’évaluer leur prévalence chez les femmes de 50 ans et plus. Cette lacune empêche les États de mesurer l’ampleur du problème et d’adapter leurs politiques publiques. Les violences subies par ces femmes prennent des formes variées : privation de soins, confiscation de biens, contrôle des dépenses, ou encore abandon. Ces abus sont souvent commis par des proches dont elles dépendent pour leur quotidien, rendant le signalement encore plus complexe.
Les violences contre les femmes âgées ne se limitent pas au domicile. Les établissements de soins, les prisons et les structures d’hébergement peuvent aussi devenir des espaces de maltraitance. Les violences sexuelles, en particulier, restent largement méconnues, comme si l’âge suffisait à écarter tout risque d’agression. Les obstacles pour les victimes qui souhaitent porter plainte sont nombreux : difficultés de déplacement, dépendance financière, isolement, méconnaissance des dispositifs d’aide, ou exclusion numérique. Dans certains cas, dénoncer son agresseur peut entraîner une perte de soutien vital, comme l’accès aux soins ou à l’assistance quotidienne.
Toutes les femmes âgées ne sont pas exposées aux mêmes risques. Le rapport de l’ONU met en lumière la situation particulièrement préoccupante des veuves, des migrantes, des femmes apatrides, handicapées ou vivant en milieu rural. Les conflits armés et les crises humanitaires aggravent ces vulnérabilités en fragilisant les réseaux familiaux, les systèmes de santé et les mécanismes de protection. Une autre problématique soulevée concerne les décisions médicales en fin de vie. Les femmes pauvres, isolées ou dépendantes peuvent subir des pressions pour être perçues comme un fardeau par leur entourage, mettant en jeu leur autonomie et leur dignité.
Pour lutter contre ces violences, Reem Alsalem, *rapporteuse spéciale de l’ONU*, appelle les États à inscrire explicitement les violences contre les femmes âgées dans leurs législations. Elle recommande également d’améliorer la collecte des données, de rendre les dispositifs de plainte et de justice plus accessibles, et de former les professionnels (policiers, magistrats, soignants, travailleurs sociaux) pour mieux repérer et prendre en charge ces situations. Au-delà des mesures judiciaires, des solutions structurelles sont nécessaires : pensions suffisantes, logements stables, soins accessibles et services d’aide à la personne. Ces mesures peuvent réduire la dépendance qui favorise certains abus. Enfin, la parole des femmes âgées doit être mieux entendue avant même que la violence ne survienne.

