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Environnement

Comment choisir ses pâtes quand 80 % sont contaminées au cadmium ?

Reporterre · mis à jour il y a 2 j

80 % des pâtes testées contiennent du cadmium, révèle une enquête de 60 Millions de consommateurs. Alors, comment faire pour éviter de manger ce métal lourd et hautement toxique ? La réponse n'est pas simple.

Cadmium dans les pâtes

Une étude récente révèle que 80 % des pâtes disponibles en France contiendraient des traces de cadmium, un métal lourd toxique pour la santé. Le cadmium est un élément naturel présent dans les sols, mais son accumulation peut provenir de l'activité humaine, comme l'épandage d'engrais phosphatés ou la pollution industrielle. Ce métal se retrouve ensuite dans les plantes cultivées, dont le blé dur utilisé pour fabriquer les pâtes. Les autorités sanitaires fixent des limites maximales de cadmium dans les aliments pour limiter les risques d'exposition. Cependant, cette contamination généralisée interroge sur les pratiques agricoles et les seuils réglementaires actuels. Les pâtes ne sont pas les seuls aliments concernés, mais leur consommation régulière en fait un vecteur potentiel d'exposition pour une grande partie de la population.

Origines de la pollution

Le cadmium s'accumule dans les sols principalement à cause de l'agriculture intensive, notamment l'utilisation massive d'engrais phosphatés, souvent riches en cadmium. Les sols naturellement pauvres en ce métal peuvent aussi être contaminés par des activités industrielles ou minières à proximité. En France, les régions céréalières comme la Beauce ou le Bassin parisien sont particulièrement touchées en raison de la densité des cultures de blé dur. Les pluies et l'irrigation favorisent la migration du cadmium vers les racines des plantes, qui l'absorbent. Une fois dans la plante, le cadmium se concentre dans les parties comestibles, comme le grain de blé. Les sols français contiennent en moyenne 0,2 à 0,5 mg de cadmium par kilogramme, mais certaines zones dépassent largement ces valeurs.

Risques pour la santé

Le cadmium est classé comme cancérigène par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Une exposition prolongée, même à faible dose, peut endommager les reins, les os et le système reproducteur. Les effets incluent une fragilisation des os (risque accru d'ostéoporose) et des troubles rénaux. Les populations les plus vulnérables sont les enfants, les femmes enceintes et les personnes souffrant de carences nutritionnelles, car le cadmium perturbe l'absorption du calcium et du fer. En France, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation (ANSES) estime que l'exposition alimentaire moyenne dépasse parfois les seuils recommandés, notamment chez les gros consommateurs de céréales. Les symptômes d'une intoxication chronique sont souvent discrets au début, ce qui rend le problème difficile à détecter.

Réglementation actuelle

L'Union européenne a fixé des limites maximales pour le cadmium dans les denrées alimentaires. Pour les pâtes, le seuil est de 0,1 mg par kilogramme. Cependant, cette réglementation est critiquée par certains scientifiques et associations, car elle ne tient pas compte de l'exposition cumulée à d'autres sources de cadmium (eau, tabac, autres aliments). En France, l'ANSES a publié en 2021 des recommandations pour réduire l'exposition, comme diversifier les sources de céréales ou privilégier les cultures en sols moins contaminés. Pourtant, ces mesures restent volontaires pour les producteurs. Aucune obligation de contrôle systématique n'est imposée aux fabricants de pâtes, ce qui laisse une marge de manœuvre importante aux acteurs du secteur.

Solutions pour les consommateurs

Pour limiter son exposition au cadmium, un consommateur peut adopter plusieurs stratégies. D'abord, varier les sources de céréales en alternant pâtes, riz, quinoa ou sarrasin, car leur teneur en cadmium varie selon les sols et les méthodes de culture. Ensuite, privilégier les pâtes issues de l'agriculture biologique, où l'usage d'engrais phosphatés est interdit ou strictement encadré. Les labels comme Nature & Progrès ou Bio Cohérence garantissent des pratiques plus respectueuses des sols. Enfin, cuire les pâtes dans une grande quantité d'eau et les rincer à l'eau froide permet d'éliminer une partie du cadmium, qui migre dans l'eau de cuisson. Ces gestes simples réduisent significativement l'apport en cadmium sans changer radicalement ses habitudes alimentaires.

Ce que ça pourrait changer

Face à cette contamination généralisée, les pouvoirs publics sont appelés à renforcer les contrôles et à revoir les seuils réglementaires. En 2022, l'ANSES a recommandé de réduire les apports maximaux tolérés en cadmium, mais aucune décision contraignante n'a encore été prise. Certains pays, comme la Suède, ont déjà abaissé leurs seuils pour les céréales, poussant l'Union européenne à réévaluer ses normes. Par ailleurs, des programmes de dépollution des sols sont en cours dans certaines régions françaises, notamment dans le cadre du *Plan Écophyto*, qui vise à réduire l'usage des pesticides. Cependant, ces initiatives restent limitées et leur impact sur la contamination des pâtes n'est pas immédiat. Les associations de consommateurs et écologistes demandent une action plus ambitieuse, incluant des aides aux agriculteurs pour adopter des pratiques moins polluantes.

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