Les bots russes ont-ils vraiment été réduits au silence par les frappes contre Yandex ?
Après plusieurs attaques contre les centres de données de Yandex, le trafic automatisé provenant d’un de ses réseaux s’est effondré. Mais ces « bots russes » ne sont pas nécessairement ceux auxquels vous pensez : les données ne prouvent pas encore une disparition des comptes de propagande..
Entre le 8 et le 11 octobre 2026, trois centres de données de Yandex, une entreprise russe majeure du numérique souvent comparée à Google, ont été frappés par des attaques en Ukraine. Le premier centre, situé à Sasovo, a été entièrement mis hors service le 8 octobre, forçant Yandex à arrêter son site. Le 9 octobre, un deuxième centre à Kalouga a été partiellement endommagé, suivi d’un troisième à Vladimir, entièrement arrêté le 11 octobre. Ces attaques ont provoqué des perturbations majeures dans l’infrastructure numérique de Yandex, un acteur clé du web russe.
Cloudflare Radar, un outil de surveillance du trafic internet, a observé une chute brutale du trafic automatisé provenant du réseau AS13238 de Yandex après les attaques. Ce trafic, mesuré en requêtes web automatisées, a chuté par paliers jusqu’à devenir quasi nul le 11 octobre, avant de reprendre faiblement. Chez Numerama, une baisse des requêtes provenant d’adresses IP russes a également été constatée à partir de cette date. Cependant, cette baisse ne concerne pas nécessairement les comptes de propagande, mais plutôt les robots d’exploration de Yandex, comme YandexBot, qui indexent les sites web pour les moteurs de recherche.
Le terme bot désigne deux réalités distinctes : d’une part, des programmes automatisés comme YandexBot, qui parcourent le web pour indexer des pages (comme Googlebot pour Google), et d’autre part, des faux comptes utilisés pour diffuser de la propagande ou des fausses informations. Les données de Cloudflare ne mesurent que le trafic des robots d’exploration de Yandex, et non l’activité des comptes de propagande. Le collectif Antibot4Navalny, qui traque les bots russes et ukrainiens, confirme que la baisse observée correspond très probablement à l’arrêt de ces robots d’exploration, et non à une disparition des comptes de propagande.
Plusieurs observateurs ont associé la baisse du trafic automatisé à une diminution de l’activité de comptes pro-Trump aux États-Unis, pro-AfD en Allemagne, et de désinformation en France. Par exemple, l’historien David Colon a noté qu’un faux récit visant la campagne présidentielle française, publié le 9 octobre, n’a obtenu que quelques dizaines de milliers d’impressions, contre des millions pour un contenu similaire le 24 septembre. Cependant, ces observations manquent de méthodologie publique et ne permettent pas d’attribuer avec certitude cette baisse aux frappes contre Yandex. En Allemagne, l’eurodéputé Tomáš Zdechovský a évoqué une chute de 56 % de l’activité en ligne autour de l’AfD, mais sans préciser la source des données ni la méthodologie utilisée.
Les graphiques et chiffres partagés par des personnalités ou médias, comme ceux évoquant une baisse de 56 % pour l’AfD ou une réduction de l’activité pro-Trump, reposent sur des interprétations non vérifiées. Par exemple, le site allemand Rohtext souligne l’absence de méthode de collecte claire pour ces données. De même, le chiffre de 56 % reste à confirmer, et on ignore si cette baisse est directement liée aux frappes contre Yandex. En France, David Colon a observé une baisse des impressions pour un faux récit, mais sans préciser si les relais concernés dépendaient des centres de données touchés. Les données actuelles ne permettent donc pas de mesurer l’ampleur réelle de l’impact sur les réseaux de propagande.
Les données de Cloudflare confirment une baisse significative du trafic automatisé provenant du réseau AS13238 de Yandex après les attaques. Cette baisse reflète très probablement l’arrêt des robots d’exploration de Yandex, comme YandexBot, et non une disparition des comptes de propagande. Aucun élément ne permet d’affirmer que les frappes ont directement réduit l’activité des réseaux de désinformation ou des faux comptes. Les observations faites en Europe et aux États-Unis restent des hypothèses non étayées par des preuves tangibles. Ainsi, si les attaques ont perturbé une partie de l’infrastructure numérique russe, leur impact sur la propagande en ligne reste à confirmer.

