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Géopolitique

La “Süddeutsche Zeitung”, journal allemand progressiste

Courrier International · mis à jour il y a 16 j

La mise en ligne par les États-Unis de millions de documents datant de la période nazie a poussé le quotidien de gauche bavarois à se pencher sur sa propre histoire. Dans un article très documenté, il rappelle que plusieurs de ses fondateurs et dirigeants avaient eux-mêmes des liens avec le national-socialisme..

Origines du journal

La Süddeutsche Zeitung (SZ) est un quotidien allemand fondé le 6 octobre 1945, peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale. À cette époque, l'Allemagne est sous occupation américaine, et les forces alliées souhaitent créer un média qui informe la population sur l'actualité de l'après-guerre tout en luttant contre les idées nazies. Le journal a donc une double mission : informer et participer à la dénazification de la société allemande. La dénazification désigne le processus mis en place par les Alliés pour éliminer l'idéologie nazie des institutions, de l'éducation et de la culture allemandes. Ce terme technique est central dans l'article, car il explique l'objectif initial du journal. La SZ est aujourd'hui considérée comme un média progressiste en Allemagne, mais son passé et celui de ses fondateurs sont aujourd'hui réexaminés.

Révélations sur August Schwingenstein

L'un des fondateurs de la Süddeutsche Zeitung, August Schwingenstein, a écrit sous pseudonyme des chroniques favorables au nazisme entre 1933 et 1944, selon les recherches de Knud von Harbou, chef adjoint du service Feuilleton du journal. Ces textes, publiés sous un autre nom, contrastent avec ses écrits de jeunesse où il critiquait le Parti national-socialiste (NSDAP). Le NSDAP, ou Parti national-socialiste des travailleurs allemands, était le parti politique dirigé par Adolf Hitler, au pouvoir en Allemagne de 1933 à 1945. Schwingenstein a donc évolué d'une position critique envers le régime nazi à une adhésion, du moins dans ses écrits publics. Cette découverte a été rendue possible grâce à la mise en ligne récente par les États-Unis de millions de documents datant de la période nazie, permettant une réévaluation de l'histoire du média.

Rôle de Franz Josef Schöningh

Un autre fondateur de la Süddeutsche Zeitung, Franz Josef Schöningh, a occupé un poste administratif en Pologne occupée pendant la Seconde Guerre mondiale. Plus précisément, il était administrateur adjoint des districts de Sambor et de Tarnopol, deux villes polonaises alors sous contrôle allemand. Selon Knud von Harbou, Schöningh a participé aux procédures organisationnelles visant à anéantir la population juive de ces territoires. Le terme administrateur adjoint désigne ici un haut fonctionnaire allemand chargé de gérer les territoires occupés, souvent impliqué dans la mise en œuvre des politiques nazies, y compris celles liées à la Shoah. Cette révélation montre que certains fondateurs du journal avaient des liens directs avec le régime nazi, bien que leur rôle exact dans les crimes de guerre reste à préciser.

Ce que ça pourrait changer

La *Süddeutsche Zeitung* a reconnu que sa mission initiale de dénazification n'a pas été pleinement atteinte, du moins dans un premier temps. Les révélations sur le passé de ses fondateurs, August Schwingenstein et Franz Josef Schöningh, illustrent les contradictions et les ambiguïtés de l'Allemagne de l'après-guerre. Ces découvertes ont été rendues possibles grâce à l'ouverture de millions de documents nazis par les États-Unis, offrant une nouvelle perspective sur l'histoire du journal. La SZ, aujourd'hui perçue comme un média progressiste, doit désormais intégrer cette partie de son histoire dans sa narration. Cette réévaluation s'inscrit dans un mouvement plus large de remise en question des héritages nazis dans les institutions allemandes, notamment dans les médias et la fonction publique.

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