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Géopolitique

Sous la pression de la rue, Zelensky limoge le commandant en chef de son armée

Courrier International · mis à jour il y a 15 j

Le président ukrainien a annoncé mardi la nomination du populaire commandant des forces interarmées Mykhaïlo Drapaty pour succéder à Oleksandr Syrsky à la tête de l’armée. Cette décision devrait apaiser les manifestants mobilisés après le limogeage du ministre de la Défense Mykhaïlo Fedorov, estime la presse internationale..

Zelensky remplace Syrsky

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé le 21 juillet 2024 le limogeage du commandant en chef de l’armée ukrainienne, Oleksandr Syrsky, après seulement quelques jours de spéculations. Ce dernier a été remplacé par Mykhaïlo Drapaty, un général de 43 ans connu pour son style de commandement décentralisé, favorisant une prise de décision plus rapide et une autonomie accrue des commandants sur le terrain. Cette décision intervient dans un contexte de tensions croissantes au sein de la hiérarchie militaire ukrainienne, marquée par des désaccords profonds entre les partisans d’une modernisation de l’armée et ceux attachés aux méthodes traditionnelles. Zelensky n’a pas précisé les raisons de ce remaniement, mais des sources proches de la présidence avaient indiqué quelques jours plus tôt que cette mesure pourrait être prise si les manifestations de rue ne s’apaisaient pas. Cette décision illustre la pression exercée par la population et les soldats sur le pouvoir en place.

Crise ministérielle en Ukraine

Le limogeage de Oleksandr Syrsky s’inscrit dans une crise plus large au sein du gouvernement ukrainien. Le 14 juillet 2024, soit une semaine avant cette décision, Mykhaïlo Fedorov, ministre de la Défense, avait été évincé après seulement six mois en fonction. Fedorov, connu pour ses idées réformatrices et son attachement aux nouvelles technologies, accusait Syrsky de l’avoir poussé vers la sortie et d’avoir bloqué ses tentatives de réforme de l’armée. Les manifestants, qui ont défilé dans les rues pour protester contre ce renvoi, considéraient Fedorov comme un symbole de modernisation. Zelensky a proposé à Fedorov un poste à responsabilité dans le secteur technologique de l’État, mais ce dernier aurait déjà refusé des offres similaires par le passé, préférant retrouver son ancien poste.

Profil de Drapaty

Mykhaïlo Drapaty, le nouveau commandant en chef, est perçu comme l’un des militaires les plus respectés d’Ukraine. À 43 ans, il incarne une approche différente de celle de Syrsky : il défend une autonomie accrue des commandants subordonnés, une prise de décision décentralisée et une responsabilisation renforcée des soldats sur le terrain. Cette vision contraste avec le style centralisé de Syrsky, critiqué par une partie des manifestants et des soldats pour son manque de flexibilité. Drapaty avait publiquement soutenu Fedorov, ce qui a contribué à sa popularité auprès des manifestants et des anciens combattants. Son arrivée est donc perçue comme une réponse aux revendications de la rue, mais elle soulève aussi des questions sur la cohérence de la stratégie militaire ukrainienne.

Manifestations et enjeux démocratiques

Les manifestations qui ont secoué l’Ukraine depuis le départ de Fedorov reflètent un clivage plus large au sein de la société ukrainienne. Pour de nombreux manifestants, le renvoi de Fedorov représentait une victoire de la vieille garde militaire, opposée à sa vision d’une armée modernisée et intégrant davantage de technologies. Ces mouvements de protestation sont perçus comme un pilier de la démocratie en Ukraine, en opposition à la dérive autoritaire observée en Russie après la chute de l’Union soviétique. Cependant, certains responsables politiques et analystes craignent que ces concessions ne déstabilisent l’effort de guerre. Le député Oleksandr Fediyenko a ainsi mis en garde contre une « voie menant à l’effondrement du pays », estimant que ces changements pourraient diviser la population et offrir des prétextes à l’ennemi.

Ce que ça pourrait changer

La décision de Zelensky a suscité des réactions contrastées. Si elle est saluée par les manifestants et une partie de l’armée, elle inquiète aussi certains observateurs quant à ses conséquences sur la cohésion de l’effort de guerre. **The Wall Street Journal** souligne que céder aux pressions de la rue pourrait affaiblir la crédibilité du leadership ukrainien face à l’ennemi. Par ailleurs, l’avenir de **Mykhaïlo Fedorov** reste incertain : bien que Zelensky lui ait proposé un poste dans le secteur technologique, Fedorov n’a pas encore accepté cette offre. Certains médias, comme **Die Zeit**, rapportent qu’il pourrait refuser, préférant retrouver son ancien poste de ministre de la Défense. Cette situation illustre les tensions persistantes au sein du gouvernement ukrainien, alors que le pays reste en guerre.

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