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Environnement

30 fois plus d'incendies en 20 ans : la France est entrée dans l'ère du feu

Reporterre · mis à jour il y a 13 j

Les incendies en France explosent depuis 2010 : il y a 30 fois plus de feux, et 10 fois plus de terres brûlées en même pas un an. Reporterre a calculé, et mis en graphiques, cet embrasement qui ne cesse de progresser.

Explosion des incendies

En France, le nombre d'incendies de forêt a été multiplié par 30 entre 2000 et 2020. Cette augmentation spectaculaire touche particulièrement les régions méditerranéennes, comme la Corse, la Provence-Alpes-Côte d'Azur et l'Occitanie, où les feux sont les plus fréquents. Les scientifiques attribuent cette hausse à plusieurs facteurs, dont le réchauffement climatique, qui favorise des étés plus chauds et secs. Les données montrent que la surface brûlée annuellement est passée de 1 000 hectares en moyenne dans les années 1980 à plus de 15 000 hectares ces dernières années. Les incendies ne concernent plus seulement les zones rurales, mais aussi des territoires périurbains, mettant en danger des habitations et des infrastructures.

Causes multiples

Les causes des incendies en France sont variées et souvent liées aux activités humaines. Parmi les principales, on trouve les départs de feu accidentels (barbecues, mégots de cigarette, travaux agricoles), les incendies volontaires (pyromanie ou actes malveillants) et les effets du changement climatique, qui assèche la végétation et augmente les risques de propagation. Les experts soulignent aussi le rôle de l'urbanisation croissante, qui empiète sur les zones naturelles et réduit les espaces de régulation écologique. En 2022, par exemple, 90 % des départs de feu étaient d'origine humaine, selon les données du ministère de la Transition écologique.

Régions les plus touchées

Les régions méditerranéennes concentrent la majorité des incendies en France, avec des pics d'activité en été. La Corse est particulièrement vulnérable, avec des feux qui ravagent en moyenne 3 000 hectares par an. La Provence-Alpes-Côte d'Azur et l'Occitanie suivent, avec des surfaces brûlées dépassant parfois 5 000 hectares annuellement. Ces territoires, marqués par un climat méditerranéen (étés chauds et secs, vents violents comme le Mistral ou la Tramontane), sont propices à la propagation rapide des incendies. Les données montrent que ces régions représentent 80 % des surfaces brûlées en France.

Impact sur les écosystèmes

Les incendies ont des conséquences graves sur les écosystèmes méditerranéens, déjà fragilisés par les activités humaines. Les feux détruisent la végétation méditerranéenne, composée d'espèces comme le chêne-liège, le pin d'Alep ou le maquis, qui mettent des décennies à se régénérer. Ils perturbent aussi la faune locale, en détruisant les habitats d'espèces protégées comme le lézard ocellé ou le gypaète barbu. Les sols, une fois brûlés, deviennent plus vulnérables à l'érosion, ce qui peut entraîner des glissements de terrain. Les experts estiment que certaines zones mettront plus de 50 ans à retrouver leur état initial.

Risques pour les populations

Les incendies représentent une menace croissante pour les populations, notamment dans les zones périurbaines où l'urbanisation empiète sur les espaces naturels. En 2021, plus de 1 500 habitations ont été évacuées en France à cause des feux, et 50 000 personnes ont été directement exposées aux risques. Les régions les plus touchées, comme la Corse ou le Var, voient leurs communes classées en zone à risque incendie (ZRI), où des mesures de prévention strictes sont appliquées. Les pompiers, déjà sollicités pour d'autres missions, doivent mobiliser des moyens importants pour lutter contre ces feux, parfois sur plusieurs jours.

Moyens de lutte actuels

Pour faire face à cette augmentation des incendies, la France a renforcé ses moyens de lutte ces dernières années. Le dispositif de lutte contre les incendies de forêt (DFCI) mobilise des milliers de pompiers, des avions bombardiers d'eau et des équipes spécialisées. En 2022, plus de 10 000 pompiers ont été déployés pour combattre les feux, avec un coût estimé à 200 millions d'euros par an pour l'État. Les autorités misent aussi sur la prévention, avec des campagnes de sensibilisation pour limiter les départs de feu accidentels et des travaux de débroussaillage obligatoires autour des habitations. Cependant, ces moyens restent insuffisants face à l'ampleur des incendies.

Ce que ça pourrait changer

Face à cette nouvelle ère du feu, les experts et les autorités appellent à une adaptation des politiques publiques. Le **plan national de gestion des incendies** (PNGI), lancé en 2023, vise à mieux coordonner les actions entre l'État, les collectivités locales et les acteurs privés. Il inclut des mesures comme le reboisement avec des espèces résistantes au feu, la création de *coupures de combustible* (zones débroussaillées pour limiter la propagation) et le renforcement des moyens aériens. Cependant, ces solutions nécessitent des investissements importants et une coordination à long terme, alors que les incendies deviennent de plus en plus intenses et fréquents.

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