La nouvelle entente de Churchill Falls prévoit 40 % d’électricité en plus au Québec
Radio-Canada a obtenu des détails du nouvel accord qui décuple la capacité de production des deux provinces..
Le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador ont conclu une nouvelle entente concernant la centrale hydroélectrique de Churchill Falls, située à la frontière des deux provinces. Cet accord, qualifié de gagnant-gagnant, prévoit une augmentation significative de la quantité d’électricité fournie à chaque province. Pour le Québec, la quantité passe de 7 200 à 10 000 mégawatts (MW), soit une hausse de près de 40 %. Terre-Neuve-et-Labrador, quant à elle, recevra entre 2 350 et 3 000 MW, contre 1 900 MW initialement prévus, ce qui représente une augmentation de 25 à 60 %. À titre de comparaison, la centrale hydroélectrique de la Romaine, sur la Côte-Nord, produit environ 1 500 MW. Cette entente s’inscrit dans le cadre du Plan 2035 d’Hydro-Québec, qui vise à décarboner la production d’électricité et à doubler la capacité de production d’ici 2050.
Pour atteindre ces objectifs, les deux provinces ont convenu de moderniser et d’agrandir les infrastructures existantes. D’une part, la centrale de Churchill Falls verra sa capacité de production augmentée grâce à la rehaussement des turbines. D’autre part, un nouveau projet de centrale hydroélectrique, nommé Gull Island, sera développé. Cette centrale sera encore plus puissante que les installations actuelles. De plus, l’entente inclut désormais un volet éolien, une première par rapport à l’accord de principe de 2024. Cette diversification des sources d’énergie s’inscrit dans la stratégie d’Hydro-Québec, qui mise sur l’éolien pour atteindre ses objectifs de production renouvelable. Le prix de vente de l’électricité reste stable, sans augmentation significative.
L’entente a été négociée directement par Hydro-Québec, la société d’État québécoise responsable de la production et de la distribution d’électricité, et non par le gouvernement du Québec. Cette situation a suscité des inquiétudes parmi les partis d’opposition, qui craignent que l’accord ait été conclu de manière précipitée, juste avant les élections québécoises. Le gouvernement fédéral a joué un rôle facilitateur en offrant un soutien économique à Terre-Neuve-et-Labrador, notamment sous forme de crédits d’impôt pour la production d’électricité. Tony Wakeham, premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador depuis 2025, a obtenu ces gains sans avoir à renégocier le prix de l’électricité, ce qui lui permet de vendre davantage d’électricité au Québec et d’en tirer des profits.
Un défi majeur subsiste : obtenir l’aval des Innus du Labrador, dont le territoire abrite la centrale de Churchill Falls et le site du projet Gull Island. Hydro-Québec a déjà signé un protocole d’entente avec la Première Nation innue de Sheshatshiu, mais une élection doit avoir lieu prochainement au sein du conseil de bande, suivie d’un référendum. Le résultat de ce vote sera déterminant pour la société d’État. Certains Innus se sont opposés au développement hydroélectrique de leur territoire, ce qui pourrait retarder ou compromettre la réalisation des projets. La centrale de Churchill Falls a une histoire complexe : en 1969, une entente avait été signée pour permettre à Hydro-Québec d’acheter de l’électricité à très bas prix, soit 0,2 cent le kilowattheure, jusqu’en 2041.
L’entente de principe de 2024 prévoyait une hausse progressive des tarifs de l’électricité, passant de 0,2 cent à 2 cents le kilowattheure en 2025, puis à 7 cents de 2041 à 2075. La nouvelle entente garantit des approvisionnements sécurisés jusqu’en 2077, sans préciser les tarifs exacts pour cette période. Cette stabilité à long terme est un élément clé pour Hydro-Québec, qui cherche à sécuriser ses approvisionnements en électricité pour répondre à la demande croissante du Québec. L’ajout de 10 000 MW représente une augmentation de 27 % de la capacité de production totale actuelle de la province, ce qui est un pas important vers la réalisation des ambitions du Plan 2035.

