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Philosophie

Controverses sur l’antisémitisme et les racismes (2/2)

AOC Media · mis à jour il y a 4 j

Outre-Rhin, c’est au courant appelé Wissenssoziologie, inconnu en France, qu'est due la « thèse de la séparation » entre antisémitisme et racismes, thèse qui s’est imposée dans les sciences sociales allemandes mais est aujourd’hui contestée par une autre partie de la recherche – tout aussi mal connue. Ce second volet met au jour les enjeux épistémologiques de la controverse, qui soulèvent des questions théoriques mais aussi politiques et pragmatiques pour la lutte antiraciste.

Thèse allemande sur l'antisémitisme

En Allemagne, une approche appelée Wissenssoziologie (littéralement « sociologie du savoir »), peu connue en France, a donné naissance à la « thèse de la séparation » entre l’antisémitisme et les autres formes de racisme. Cette thèse, dominante dans les sciences sociales allemandes, considère que l’hostilité envers les Juifs constitue un phénomène distinct des autres racismes, avec des mécanismes et des évolutions propres. Elle s’est imposée après 1982, notamment grâce aux travaux du Zentrum für Antisemitismusforschung (ZfA) de Berlin, un institut pionnier dans l’étude de l’antisémitisme contemporain. Cette approche s’est autonomisée par rapport aux études historiques sur le nazisme ou aux réflexions philosophiques, en se concentrant sur l’antisémitisme comme objet sociologique à part entière. Elle a été portée par des chercheurs comme Werner Bergmann et Rainer Erb, qui ont publié en 1986 un texte devenu classique sur les transformations de l’antisémitisme après la Shoah.

Évolution post-1945

Après 1945, l’antisémitisme en Allemagne a connu des transformations majeures, notamment en raison de sa tabouisation dans l’espace public. Werner Bergmann et Rainer Erb ont analysé ce phénomène dans leur texte de 1986, en s’interrogeant sur les effets de cette « latence communicationnelle ». Dans un pays où la présence juive était quasi inexistante (ou très réduite), l’hostilité antijuive s’est exprimée de manière plus discrète, notamment dans la sphère privée. Les chercheurs ont montré que l’antisémitisme, bien que moins visible, persistait sous forme de préjugés de masse, tout en perdant son caractère d’idéologie politique dominante. Cette période a marqué un tournant dans l’étude de l’antisémitisme, qui est devenu un champ de recherche autonome, distinct des études sur le nazisme.

Institutionnalisation en RFA

L’institutionnalisation des études sur l’antisémitisme contemporain en Allemagne de l’Ouest (RFA) a débuté en 1982 avec la création du Zentrum für Antisemitismusforschung (ZfA) à Berlin. Sous la direction de chercheurs comme Herbert A. Strauss (1982-1990), Wolfgang Benz (1990-2011) et Stefanie Schüler-Springorum (depuis 2011), le ZfA a joué un rôle central dans la refonte des travaux sur l’hostilité antijuive. Cet institut a permis de structurer la recherche en autonomisant l’étude de l’antisémitisme contemporain, notamment en le distinguant des approches historiques ou psychanalytiques. Le ZfA a ainsi contribué à faire de l’antisémitisme un objet d’étude sociologique à part entière, avec des méthodes et des questionnements spécifiques.

Contestation de la thèse

La « thèse de la séparation » entre antisémitisme et autres racismes, bien que dominante en Allemagne, est aujourd’hui contestée par une partie de la recherche, également peu connue. Cette contestation soulève des enjeux épistémologiques, c’est-à-dire des débats sur la manière dont la connaissance est produite et validée. Certains chercheurs, comme Klaus Holz, Thomas Haury ou Jan Weyand, remettent en cause cette séparation en analysant l’antisémitisme comme une forme de racisme parmi d’autres, liée à des contextes historiques et politiques spécifiques. Leurs travaux, publiés notamment dans la collection Hamburger Edition, montrent que l’antisémitisme peut s’inscrire dans des dynamiques racistes plus larges, comme le nationalisme ou l’antisionisme. Ces débats ont des implications théoriques, mais aussi politiques et pragmatiques pour la lutte antiraciste.

Enjeux épistémologiques

Les controverses autour de l’antisémitisme et des racismes en Allemagne révèlent des enjeux épistémologiques profonds, c’est-à-dire des questions sur la façon dont la connaissance est construite et validée. Ces débats ne sont pas seulement théoriques : ils ont des conséquences pratiques pour la lutte antiraciste. Par exemple, la « thèse de la séparation » peut influencer les politiques publiques en matière de prévention des discriminations, en isolant l’antisémitisme des autres formes de racisme. À l’inverse, les approches qui lient antisémitisme et racismes soulignent l’importance d’une lutte globale contre toutes les formes de discrimination. Ces questions sont d’autant plus complexes qu’elles s’inscrivent dans un contexte allemand marqué par l’histoire du nazisme et la Shoah, où la mémoire de ces événements influence fortement les débats contemporains.

Ce que ça pourrait changer

Plusieurs acteurs et institutions jouent un rôle central dans ces débats. En Allemagne, le *Zentrum für Antisemitismusforschung* (ZfA) de Berlin est l’un des principaux centres de recherche sur l’antisémitisme contemporain, avec des directeurs comme Herbert A. Strauss, Wolfgang Benz ou Stefanie Schüler-Springorum. Parmi les chercheurs qui contestent la « thèse de la séparation », on trouve Klaus Holz, Thomas Haury et Jan Weyand, auteurs d’ouvrages comme *Nationaler Antisemitismus* (2001) ou *Antisemitismus von Links* (2002). En France, Salima Naït Ahmed et Bruno Quélennec, respectivement philosophe et historien des idées, ont également contribué à ces débats, notamment à travers une anthologie publiée en 2026. Ces travaux s’appuient sur des approches comme la *Wissenssoziologie* (sociologie du savoir) ou la théorie des systèmes de Niklas Luhmann, encore peu connues en France.

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