Comment un blockbuster glorifiant l’invasion de Taïwan a réussi à se faire censurer en Chine
Alors qu’il devait sortir cette année, “La Bataille de Penghu”, un film chinois à 64 millions d’euros de budget qui retrace la conquête de Taïwan par l’empire des Qing au XVIIᵉ siècle, a été repoussé indéfiniment. En cause : des réalités historiques un peu trop complexes pour servir la propagande du président chinois Xi Jinping..
Le film chinois La Bataille de Penghu, produit avec un budget de 64 millions d’euros, devait sortir en 2026 pour célébrer le 80e anniversaire de la « rétrocession » de Taïwan à la Chine après la défaite du Japon en 1945. Ce blockbuster, réalisé sur ordre de la propagande chinoise, retrace la conquête de Taïwan par l’empire des Qing au XVIIe siècle, notamment la bataille de Penghu en 1681. L’amiral Shi Lang y est présenté comme un héros ayant permis une « réunification pacifique » de Taïwan à la Chine, une version simplifiée de l’histoire qui sert directement la rhétorique du président chinois Xi Jinping. Le film devait être un outil de soft power, mais sa sortie a été indéfiniment reportée par les autorités chinoises.
Le scénario du film s’appuie sur des faits réels, mais les présente de manière biaisée pour correspondre à la narrative officielle chinoise. Selon l’article du Renmin Ribao (le « Quotidien du peuple », journal officiel du Parti communiste chinois), la bataille de Penghu en 1681 aurait marqué la fin d’un conflit et la « réunification pacifique » de Taïwan à la Chine. Cependant, cette interprétation occulte des réalités historiques complexes : Taïwan était alors sous contrôle d’un royaume indépendant, et la conquête par les Qing fut en réalité une opération militaire violente. Le film utilise des slogans comme « L’unification de Taïwan est une force irrésistible », une phrase directement tirée des discours de Xi Jinping, ce qui montre son objectif propagandiste.
Malgré son budget colossal et son alignement sur la ligne politique du Parti, La Bataille de Penghu a été censuré en Chine. Les raisons de ce blocage restent floues, mais plusieurs hypothèses sont avancées. D’abord, le film pourrait avoir été jugé trop explicite dans sa glorification de la force militaire, alors que la Chine cherche à présenter une image de modération face à la question taïwanaise. Ensuite, les réalités historiques complexes (comme l’existence d’un État taïwanais indépendant avant 1683) pourraient avoir été jugées trop difficiles à contrôler dans un récit cinématographique. Enfin, le film pourrait entrer en contradiction avec les efforts diplomatiques récents de la Chine, qui tente de convaincre la communauté internationale de sa volonté de résoudre le conflit par des moyens pacifiques.
Ce blocage survient dans un contexte de tensions accrues entre la Chine et Taïwan. Depuis 2025, les exercices militaires autour de Taïwan se multiplient, et la question de l’unification est devenue un sujet central dans la politique intérieure chinoise. Le film devait initialement sortir pour marquer le 80e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale en Asie, un événement souvent instrumentalisé par Pékin pour revendiquer sa souveraineté sur Taïwan. Cependant, les autorités semblent avoir préféré éviter une sortie qui aurait pu être perçue comme une provocation, surtout après les exercices militaires menés en août 2026 sur les îles Penghu, rappelant l’histoire conflictuelle de la région.
Ce report illustre les limites de la propagande cinématographique en Chine, où les œuvres doivent respecter des lignes rouges strictes pour éviter la censure. *La Bataille de Penghu* devait être un outil de légitimation de la politique chinoise envers Taïwan, mais son échec montre que même les productions les plus coûteuses et les mieux alignées peuvent être bloquées si elles ne correspondent pas parfaitement aux attentes des censeurs. Cet épisode rappelle que, malgré les moyens colossaux déployés, la Chine peine parfois à contrôler totalement le récit historique, surtout lorsque celui-ci entre en conflit avec des réalités géopolitiques complexes.

