Repas à un euro : quels autres leviers pour améliorer l’alimentation des étudiants ?
L’ESSENTIEL Depuis mai 2026, tous les étudiants peuvent bénéficier du repas à un euro dans les restaurants universitaires. Au-delà de cette mesure répondant à une urgence sociale, quelles solutions permettraient d’améliorer durablement leur alimentation ? Une recherche participative menée à Lyon apporte des éléments de réponse.
En France, la précarité alimentaire touche de manière croissante les étudiants. Selon une étude Ipsos/BVA menée en 2026, près de 65 % des étudiants précaires sautent au moins un repas par semaine en raison de difficultés financières. Une enquête de l’Observatoire national de la vie étudiante (ONVE) réalisée en 2023 révèle que seulement 52 % des étudiants estiment disposer de suffisamment d’aliments pour se nourrir, tandis que 13 % déclarent ne pas avoir assez à manger. Par ailleurs, 22 % des étudiants sautent souvent des repas, principalement pour des raisons financières, par manque d’organisation ou pour gagner du temps. Enfin, 9 % ont déjà bénéficié d’une aide alimentaire. Ces chiffres illustrent l’ampleur du problème et son impact sur la santé et le bien-être des étudiants.
Depuis le 4 mai 2026, tous les étudiants en France peuvent bénéficier d’un repas à un euro dans les restaurants universitaires, une mesure initialement réservée aux étudiants boursiers. Cette initiative vise à améliorer leur pouvoir d’achat dans un contexte de précarité croissante. Elle s’inscrit dans une réponse d’urgence sociale pour lutter contre l’insécurité alimentaire, définie comme la difficulté à accéder régulièrement à une alimentation suffisante, de qualité et adaptée aux besoins, principalement pour des raisons financières. Cependant, cette mesure ne suffit pas à résoudre durablement les problèmes d’alimentation des étudiants, ce qui soulève la question des solutions complémentaires à mettre en place.
L’insécurité alimentaire des étudiants est devenue un enjeu de santé publique. Elle désigne les difficultés rencontrées par les étudiants pour accéder régulièrement à une alimentation suffisante, équilibrée et adaptée à leurs besoins, principalement en raison de contraintes financières. Ce problème ne peut être résolu uniquement par les universités, car il dépasse leur champ d’action. Une recherche participative menée à Lyon a permis d’identifier des leviers d’action pour améliorer durablement l’alimentation des étudiants, en agissant sur trois aspects : l’accessibilité financière, l’accessibilité physique et l’accessibilité cognitive.
Pour améliorer l’alimentation des étudiants, une étude lyonnaise a identifié trois leviers complémentaires : l’accessibilité financière, qui consiste à rendre les aliments abordables ; l’accessibilité physique, qui vise à faciliter l’accès à des lieux où se procurer ces aliments ; et l’accessibilité cognitive, qui implique de fournir aux étudiants les informations et connaissances nécessaires pour faire des choix alimentaires éclairés. Ces trois aspects sont essentiels pour réduire le décalage entre les intentions des étudiants en matière de nutrition et leurs comportements réels. Une enquête de terrain a révélé que les étudiants perçoivent souvent l’offre alimentaire différemment de la réalité, ce qui renforce la nécessité d’agir sur ces trois dimensions.
À Lyon, une recherche participative a été menée pour co-construire des solutions avec les étudiants et les acteurs locaux. Cette démarche, basée sur les principes du design thinking, a permis de concevoir des dispositifs adaptés aux réalités des étudiants. L’objectif était de favoriser une alimentation saine et durable, en tenant compte des contraintes financières, temporelles et organisationnelles des étudiants. Les solutions proposées devaient être viables à long terme et répondre aux besoins spécifiques de ce public. Cette approche collaborative a permis de mieux cerner les attentes et les freins des étudiants en matière d’alimentation.
Deux dispositifs ont été expérimentés dans le cadre de cette recherche participative. Le premier est un soutien financier sous forme d’un budget mensuel de 50 euros par étudiant, distribué en monnaie locale (la Gonette), à dépenser dans le réseau alimentaire local. Ce dispositif vise à réduire les freins économiques et à développer l’autonomie des étudiants. Le second dispositif repose sur des actions de sensibilisation et d’accompagnement, en partenariat avec une association de producteurs biologiques locaux (Agribio). Il comprend des conférences-débats, des visites de ferme, des interventions de producteurs locaux et des ateliers de cuisine, afin de renforcer les connaissances des étudiants et de créer un lien direct avec les producteurs.
Une expérimentation menée sur six mois a permis d’évaluer l’impact des deux dispositifs sur les habitudes alimentaires des étudiants. Les résultats montrent qu’un soutien financier combiné à des actions de sensibilisation est un levier efficace pour améliorer les comportements alimentaires à moyen terme. Les étudiants ont davantage adhéré aux activités de sensibilisation lorsqu’elles étaient associées à une aide financière. En revanche, un dispositif reposant uniquement sur des actions de sensibilisation, sans aide financière, a suscité peu d’adhésion. L’organisation de ces activités en dehors des campus et en fin de journée a également pu constituer un frein à la participation, soulignant l’importance d’adapter les dispositifs aux contraintes des étudiants.
À une période charnière de leur vie où ils construisent leurs habitudes alimentaires et gagnent en autonomie, de nombreux étudiants renoncent à une alimentation équilibrée en raison de contraintes financières. Cette situation peut avoir des conséquences sur leur santé, leur bien-être et leur réussite universitaire. Les résultats de l’étude soulignent la nécessité de concevoir des dispositifs qui combinent un accompagnement concret, comme une aide financière, et des actions éducatives, afin de favoriser des changements durables. Ces dispositifs doivent être adaptés aux réalités et aux contraintes des étudiants pour être efficaces.

