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Droit

Soudan : le soutien extérieur alimente la guerre, les civils paient le prix

ONU : Droits humains · mis à jour il y a 17 j

Combattants recrutés à l'étranger, drones de combat, armes sophistiquées et réseaux logistiques transnationaux : le soutien venu de l’étranger renforce les capacités des belligérants au Soudan et élargit le champ de bataille, au détriment des civils..

Soutien extérieur au conflit

Un rapport publié par la Mission internationale indépendante d’établissement des faits pour le Soudan, dépendant de l’ONU, révèle que des pays étrangers alimentent directement le conflit en fournissant aux deux camps belligérants des ressources militaires et logistiques. Cette mission, dirigée par Mohamad Chande Othman, a identifié des réseaux transnationaux actifs dans plusieurs États, notamment la Colombie et les Émirats arabes unis, qui recrutent des combattants étrangers, forment des soldats, fournissent des armes, des munitions, des technologies militaires et un soutien logistique. Les Forces de soutien rapide (FSR) et les Forces armées soudanaises (FAS) utilisent ces ressources pour mener des opérations de plus en plus sophistiquées, souvent loin des zones de combat traditionnelles. Pourtant, ce soutien n’a pas protégé les civils : au contraire, il a aggravé les violences contre eux, comme le confirment les attaques ciblant des habitations, hôpitaux, écoles et marchés.

Combattants étrangers en action

Parmi les ressources humaines importées, jusqu’à 2 000 anciens militaires colombiens auraient été recrutés comme mercenaires pour combattre aux côtés des FSR au Darfour et au Kordofan, deux régions du Soudan. Leur rôle inclut le pilotage de drones de combat, l’utilisation d’artillerie et d’armes avancées. Ces mercenaires transitent par des pays voisins comme le Tchad, le sud-est de la Libye ou Bosaso en Somalie, où des entreprises privées et des intermédiaires logistiques organisent leur acheminement. Mona Rishmawi, membre de la Mission, précise que ces réseaux transnationaux fournissent aux FSR non seulement des combattants, mais aussi des formations, des armes et une logistique essentielle. Ces renforts ont joué un rôle clé lors d’opérations majeures, comme la prise d’El-Fasher, où des crimes internationaux, dont des actes pouvant constituer un génocide, ont été documentés.

Drones et frappes meurtrières

L’afflux d’équipements militaires a également permis aux deux camps d’utiliser des drones pour des frappes précises et dévastatrices. Par exemple, à Kalogi (Kordofan du Sud), des attaques attribuées aux FSR ont tué 114 personnes, dont environ 60 enfants. À Ad-Da’ein (Darfour oriental), des frappes des FAS ont fait au moins 70 morts et détruit un hôpital. À El-Obeid (Kordofan du Nord), des drones des FSR ont endommagé des infrastructures vitales en juillet et août 2026, coupant l’électricité et l’approvisionnement en carburant, ce qui a aggravé les pénuries d’eau, de soins et de transports. Ces attaques sont considérées comme des violations graves du droit international humanitaire et pourraient constituer des crimes de guerre, selon la Mission.

Responsabilités étendues

La Mission insiste sur le fait que la responsabilité des crimes ne se limite pas aux combattants sur le terrain. Elle appelle les États à enquêter sur les réseaux de mercenaires et d’approvisionnement opérant depuis ou à travers leur territoire, et à prévenir les violations des droits humains. Joy Ngozi Ezeilo, membre de la Mission, souligne que toute la chaîne d’approvisionnement doit être examinée, y compris ceux qui financent, fournissent ou facilitent ces crimes. Les États sont également exhortés à suspendre les transferts d’armes lorsqu’il existe un risque qu’ils alimentent des violations graves. La Mission demande au Conseil de sécurité de l’ONU d’étendre l’embargo sur les armes à l’ensemble du Soudan, et non seulement au Darfour, pour tenter de protéger les civils.

Ce que ça pourrait changer

Mohamad Chande Othman, président de la Mission, avertit que les mises en garde doivent désormais se traduire par des actions concrètes. Protéger les civils au Soudan exige de cibler non seulement les groupes armés qui mènent la guerre, mais aussi les individus, entreprises et réseaux qui leur permettent de poursuivre le conflit. La Mission rappelle que le soutien extérieur a directement contribué à l’intensification des violences et à la souffrance des populations civiles. Sans une intervention coordonnée des États pour couper ces approvisionnements, les violations des droits humains et les crimes de guerre risquent de se poursuivre, aggravant une crise humanitaire déjà catastrophique.

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