Nicéphore Niépce : sur les pas de l'inventeur français de la photographie
Le bicentenaire de la photographie sera marqué par le retour en France pour la première fois du plus ancien cliché au monde : "Le Point de vue du Gras" de Nicéphore Niépce. Un événement célébré à la Maison et au Musée qui portent son nom, à Saint-Loup-de-Varennes et Chalon-sur-Saône, en Bourgogne..
En 2026-2027, la France célèbre le bicentenaire de l’invention de la photographie, marquée par le retour exceptionnel du plus ancien cliché connu, Le Point de vue du Gras, réalisé par Nicéphore Niépce en 1827. Cet événement est souligné par des expositions et des ouvertures de lieux dédiés en Bourgogne, notamment à Saint-Loup-de-Varennes, où Niépce a mené ses expériences, et à Chalon-sur-Saône, sa ville natale. Les Journées européennes du patrimoine en 2026 servent de coup d’envoi à une année de commémorations jusqu’en septembre 2027. Dominique de Font-Réaulx, présidente du comité scientifique du bicentenaire, souligne l’importance de célébrer ce paradigme de représentation du réel, c’est-à-dire une nouvelle façon de capturer et de fixer une image de la réalité.
Le Point de vue du Gras est une plaque d’étain de 16 sur 20 cm, considérée comme la première photographie réussie de l’histoire. Réalisée en 1827, elle représente un paysage vu depuis la fenêtre du domaine du Gras, la maison de campagne de Niépce. Cette image, conservée depuis les années 1960 à l’université du Texas à Austin, n’a jamais été exposée en France depuis 1827. Elle sera exceptionnellement prêtée pour l’exposition L’empreinte d’Hélios au musée Nicéphore Niépce de Chalon-sur-Saône, de fin avril à fin juin 2027. La plaque est difficile à déchiffrer, car elle nécessite une lumière incidente très faible pour révéler l’image, qui est presque abstraite. Elle est souvent présentée sous une version retouchée, plus lisible, mais moins fidèle à l’original.
L’appareil utilisé par Niépce pour réaliser Le Point de vue du Gras est une camera obscura modifiée, une boîte en bois percée d’un trou muni d’une lentille, conçue pour projeter une image sur un support photosensible. Cet appareil, surnommé la chambre de la découverte, est conservé au musée Nicéphore Niépce de Chalon-sur-Saône. Il s’agit d’une reconstitution fidèle de l’outil original, réalisée avec l’aide de scientifiques du CNRS et de restaurateurs. La chambre était placée à une fenêtre du domaine du Gras, où Niépce a mené ses expériences. Aujourd’hui, le paysage visible depuis cette fenêtre a radicalement changé : les bâtiments photographiés en 1827 ont été détruits en 1860, ne laissant que des traces dans la maison et des arbres.
Niépce a réussi à fixer une image sur un support pour la première fois en utilisant une combinaison de bitume de Judée et d’essence de lavande. Le bitume de Judée est une substance naturelle photosensible qui, une fois exposée à la lumière, durcit. En étalant ce mélange sur une plaque de métal (zinc, cuivre ou étain) et en la chauffant, Niépce a pu créer une image durable. Cependant, le temps d’exposition nécessaire était extrêmement long, de plusieurs jours, et ne pouvait être réalisé qu’en été. Ce procédé, appelé héliographie (littéralement écriture par la lumière), a permis de capturer Le Point de vue du Gras en 1827. Niépce a également travaillé sur des supports variés, comme la pierre ou le verre, avant d’aboutir à cette solution.
Dans les années 1830, Niépce a collaboré avec Louis Daguerre, un autre inventeur français, dans le grenier de sa maison à Saint-Loup-de-Varennes. Ensemble, ils ont perfectionné le physautotype, un procédé permettant de fixer des images sur des plaques métalliques. Bien que Daguerre soit souvent crédité comme l’inventeur officiel de la photographie en 1839 (grâce au daguerréotype), il a lui-même reconnu que Niépce était le premier à avoir réussi à fixer une image. Niépce est mort en 1833, six ans avant la reconnaissance officielle de la photographie. Leur collaboration illustre l’importance des échanges scientifiques de l’époque pour faire avancer les innovations.
Niépce ne se contentait pas d’inventer la photographie : il envisageait aussi sa diffusion. Il a développé un procédé de photogravure, permettant de reproduire des images par action de la lumière et de les imprimer. Ce système, qu’il appelait des copies de gravures, visait à multiplier les images et à les rendre accessibles à un public plus large. Selon Sylvain Besson, directeur des collections du musée Nicéphore Niépce, cette double invention — capturer et diffuser le réel — est au cœur de la photographie moderne. Aujourd’hui, avec les smartphones, cette vision est devenue une réalité quotidienne : capturer une image et la partager instantanément avec des millions de personnes.
Bien que Niépce soit aujourd’hui reconnu comme l’inventeur de la photographie, il n’a pas bénéficié de la même reconnaissance que Daguerre de son vivant. Daguerre a été officiellement couronné en 1839 par l’Académie des sciences pour son invention, le daguerréotype. Cependant, Daguerre a lui-même admis que Niépce était le premier à avoir réussi à fixer une image. *Le Point de vue du Gras* a été redécouvert en 1952 dans une malle, après avoir été oublié par les collectionneurs. Son retour en France en 2027, après près de 200 ans d’absence, est donc un événement historique et symbolique, mettant en lumière le rôle pionnier de Niépce dans l’histoire de la photographie.

