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Culture

Coopératives agricoles : la course à l'agrandissement

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 5 j

Rapprochements et fusions restructurent le monde des coopératives agricoles, en créant de grands groupes pesant plusieurs milliards d’euros de chiffre d’affaires..

Coopératives, acteurs majeurs

Les coopératives agricoles sont des entreprises détenues et gérées collectivement par des agriculteurs. Elles jouent un rôle central dans le secteur agricole français : elles représentent 70 % de la production agricole nationale et une marque alimentaire sur trois. Leur chiffre d'affaires global s'élève à 116 milliards d'euros, soit 45 % du chiffre d'affaires total de l'agroalimentaire français. Ces structures emploient 200 000 salariés et concernent 3 agriculteurs sur 4 en France. Pourtant, elles restent peu connues du grand public, malgré leur poids économique considérable. Leur modèle repose sur la mutualisation des moyens et des ressources entre agriculteurs, avec pour objectif de renforcer leur pouvoir de négociation face aux industriels et aux distributeurs.

Fusions en hausse

Depuis plusieurs mois, les coopératives agricoles multiplient les fusions et rapprochements pour former des groupes plus grands et plus puissants. Par exemple, les coopératives Terres du Sud (Lot-et-Garonne) et Vivadour (Gers) ont fusionné pour créer un groupe de 9 000 agriculteurs adhérents et un chiffre d'affaires de 1 milliard d'euros. D'autres fusions majeures sont en cours, comme celle des groupes Euralis et Maïsadour, leaders français de la production de foie gras, ou encore celle des coopératives Agrial et Terrena. Ces deux dernières regroupent 30 000 agriculteurs adhérents et emploient près de 30 000 salariés. Ces mouvements s'inscrivent dans une tendance historique de restructuration du secteur, mais ils connaissent une accélération récente.

Marques connues, acteurs invisibles

Bien que les noms des coopératives soient méconnus du grand public, leurs marques le sont beaucoup plus. Par exemple, Agrial possède des marques comme Florette (salades), Grand Fermage (produits laitiers) ou Loïc Raison (cidres). De son côté, Terrena détient des enseignes comme Tipiak (plats cuisinés), Père Dodu (volailles) ou La Nouvelle Agriculture. Ces deux coopératives, en fusionnant, combineraient leurs portefeuilles de marques, renforçant ainsi leur présence sur le marché. Cette stratégie vise à mieux rivaliser avec les grands groupes industriels et à consolider leur position face à la grande distribution.

Arguments des coopératives

Les coopératives justifient ces fusions par plusieurs arguments économiques. D'abord, elles mettent en avant les économies d'échelle, qui permettent de réduire les coûts fixes comme les assurances ou les charges administratives. Dans un contexte de hausse des prix, ces économies peuvent représenter des sommes importantes. Ensuite, elles soulignent la nécessité d'atteindre une taille critique pour peser davantage dans les négociations avec les industriels et les distributeurs. Enfin, elles évoquent l'adaptation aux exigences de l'export, où des structures plus grandes sont mieux armées pour répondre aux standards internationaux. Ces arguments visent à renforcer la compétitivité des coopératives face aux défis économiques actuels.

Risques et critiques

Cependant, ces fusions suscitent des inquiétudes parmi les agriculteurs. Certains craignent que la course à l'agrandissement ne s'éloigne des principes coopératifs initiaux, où les décisions sont prises collectivement par les agriculteurs eux-mêmes. Ils redoutent que les intérêts financiers de l'outil coopératif ne priment sur ceux des agriculteurs adhérents. De plus, l'éloignement croissant entre les agriculteurs et les décisions pourrait rendre le statut coopératif, qui garantit une participation active des membres, purement théorique. Ces critiques reflètent une remise en question du modèle actuel, où la croissance rapide pourrait menacer l'essence même des coopératives : une gestion démocratique et collective.

Ce que ça pourrait changer

Cette vague de restructurations s'inscrit dans un contexte de crises multiples pour le secteur agricole : **hausse des prix**, **pressions des distributeurs**, **exigences environnementales** et **concurrence internationale**. Les coopératives, en se regroupant, cherchent à renforcer leur résilience face à ces défis. **Maryline Filippi**, chercheuse associée à l'INRAE AgroParisTech, souligne que ces mouvements s'inscrivent dans une tendance historique de l'évolution des coopératives. Cependant, la question reste ouverte : ces fusions permettront-elles vraiment de mieux protéger les agriculteurs, ou risquent-elles de les marginaliser au profit d'une logique purement économique ?

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