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Philosophie

À quoi rêvent les empires ?

AOC Media · mis à jour 1 oct.

Des frappes sur Téhéran racontées comme une opération technique, des milliardaires qui promettent Mars et la victoire sur la mort : la puissance ne cherche plus à séduire, elle fixe ce qui aura cours comme réel. Le récit est devenu une infrastructure, adossée à des câbles, des détroits et des data centers.

Nouveaux critères de puissance

L’article souligne que la puissance des empires ne se mesure plus uniquement par des indicateurs traditionnels comme la superficie d’un territoire ou la taille d’un arsenal militaire. Elle intègre désormais une dimension narrative, où la capacité à imposer un récit du monde devient centrale. Ce soft power (pouvoir doux, c’est-à-dire l’influence culturelle et idéologique plutôt que la coercition militaire) a évolué en un pouvoir de la narration : il ne se contente plus de séduire, mais fixe ce qui sera considéré comme réel. Par exemple, une opération militaire comme les 900 frappes en 12 heures sur l’Iran en février 2026, présentée comme une mesure de non-prolifération, illustre cette logique où la puissance impose une interprétation des événements sans chercher à obtenir l’adhésion du public.

Récit comme infrastructure

Le récit n’est plus un simple outil de communication, mais une infrastructure au même titre qu’un port ou un réseau électrique. Il structure les croyances, les peurs et les décisions politiques. Les auteurs comparent cette infrastructure narrative à des éléments physiques comme des câbles sous-marins, des détroits ou des data centers (centres de données), qui permettent de diffuser et de contrôler l’information à l’échelle mondiale. Par exemple, les milliardaires évoquant en 2026 la colonisation de Mars ou la victoire sur la mort ne cherchent pas à convaincre, mais à imposer une vision du futur où ces projets deviennent inévitables. Leur pouvoir réside dans leur capacité à définir ce qui est pensable et réalisable, sans avoir besoin de légitimité.

Empire dématérialisé

Les auteurs décrivent un nouvel type d’empire, qualifié de dématérialisé, qui ne cherche plus à conquérir de la légitimité par la persuasion, mais à la déclarer obsolète. Cet empire se caractérise par sa capacité à organiser sa propre sortie du cadre commun, en promouvant des projets comme la colonisation spatiale ou l’immortalité technologique. Par exemple, SpaceX, une entreprise privée, annonce en 2026 son ambition de construire des villes sur d’autres planètes, comme le révèle son prospectus d’introduction en bourse. Ces projets, bien que présentés comme innovants, reposent sur des infrastructures physiques massives (lancements de fusées, data centers) tout en se présentant comme une rupture avec les limites terrestres. Leur pouvoir vient de leur capacité à redéfinir les frontières du possible.

Europe face aux empires

Face à ces empires qui se veulent éternels, l’Europe est invitée à opposer une finitude assumée, c’est-à-dire une reconnaissance de ses limites géographiques et politiques. Les auteurs suggèrent que l’Europe pourrait tirer parti de ce qui la définit : une géographie indivisible (sans frontières internes majeures) et une histoire marquée par la diversité. Contrairement aux empires qui cherchent à s’étendre indéfiniment, l’Europe pourrait proposer une alternative en assumant ses contraintes comme des forces. Par exemple, son modèle de coopération entre États, plutôt que de domination, pourrait représenter une réponse à la logique impérialiste actuelle. Cette approche s’appuie sur une vision où la puissance ne se mesure pas à l’aune de l’expansion, mais de la résilience et de l’adaptation.

Ce que ça pourrait changer

L’article souligne que les empires contemporains remettent en cause des concepts traditionnels comme la démocratie, présentée comme un *logiciel périmé* (un système obsolète) par certains milliardaires en 2026. Cette critique s’inscrit dans une logique où la puissance ne cherche plus à obtenir le consentement des populations, mais à imposer des choix sans débat. Par exemple, l’assassinat du Guide suprême iranien Ali Khamenei en février 2026, décrit comme une opération technique, illustre cette tendance où les décisions sont prises sans consultation ni légitimation démocratique. Les auteurs suggèrent que cette remise en cause des institutions traditionnelles s’accompagne d’une volonté de redéfinir les règles du jeu politique, en dehors des cadres habituels.

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