La Stratégie de sécurité alimentaire face à l’avenir incertain du milieu agricole
La superficie agricole totale au pays a diminué de plus de deux millions d’hectares depuis 2001..
Entre 2016 et 2021, le Canada a perdu plus de 2 millions d’hectares de terres agricoles, soit une baisse de 3,2 % de sa superficie totale. Depuis 2001, ce sont 5 millions d’hectares qui ont disparu, une superficie équivalente à celle de la Nouvelle-Écosse. Cette réduction s’explique principalement par l’étalement urbain, un phénomène où les zones agricoles sont converties en zones résidentielles, commerciales ou industrielles. Par exemple, en Ontario, 319 acres (129 hectares) de terres agricoles disparaissent chaque jour. À ce rythme, dans 100 ans, il ne resterait plus de terres agricoles dans cette province. Tyler McCann, directeur général de l’Institut canadien des politiques agroalimentaires (ICPA), souligne que cette tendance rend le milieu agricole de plus en plus précaire et menace la sécurité alimentaire du pays.
Pour contrer cette perte, le gouvernement de Mark Carney a mis en place une Stratégie nationale de sécurité alimentaire. L’objectif est de stimuler la production alimentaire en protégeant les terres agricoles et en soutenant les agriculteurs. Parmi les mesures annoncées, Ottawa prévoit de doubler le plafond des prêts garantis pour les agriculteurs et d’élargir le champ d’application de la Loi sur les prêts agricoles canadiens. Un Fonds de financement des projets agroalimentaires d’un milliard de dollars sera également créé. Cependant, cette stratégie se heurte à la réalité des agriculteurs, comme Charles Stevens, propriétaire d’une ferme fruitière en Ontario, qui a refusé une offre de 16 millions de dollars pour vendre ses terres à un promoteur immobilier.
La relève agricole est un enjeu majeur : le Canada compte moins de 23 000 jeunes agriculteurs, et l’âge moyen des producteurs est de 56 ans. Les prix des terres agricoles ont fortement augmenté, passant de 3 947 $ à 5 643 $ l’acre (soit environ 250 000 $ par hectare) depuis 2021, une hausse de 43 %. Cette flambée des prix rend l’accès à la propriété agricole difficile pour les jeunes. Charles Stevens, dont la fille Courtney a choisi une autre voie professionnelle, a dû embaucher Ian Parker comme directeur général pour gérer sa ferme fruitière. Stevens explique que, même pour une ferme familiale, le prix du marché actuel rend l’achat inaccessible pour la plupart des jeunes, sauf à hériter d’un terrain à un prix bien inférieur à sa valeur réelle.
Pour protéger les terres agricoles, des initiatives comme l’*Ontario Farmland Trust* permettent aux propriétaires de limiter l’usage de leurs terres à des fins agricoles pour une durée de 999 ans. Charles Stevens a ainsi évité que sa ferme fruitière de 66 hectares ne soit transformée en zone urbaine. Cependant, les défis persistent : les agriculteurs doivent trouver des solutions pour assurer la transmission de leurs exploitations et attirer de nouveaux talents. La *Stratégie nationale de sécurité alimentaire* vise à répondre à ces enjeux en soutenant financièrement les projets agroalimentaires, mais son efficacité dépendra de sa capacité à concilier protection des terres, viabilité économique et attractivité pour la relève.

