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Géopolitique

Le salaire de la peur : les équipages des pétroliers payés à prix d’or pour franchir Ormuz

Courrier International · mis à jour il y a 15 h

En septembre, les exportations de pétrole en provenance du golfe Arabo-Persique semblaient reprendre. Mais depuis, l’Iran a décidé d’intensifier ses attaques contre les navires se hasardant à travers le détroit d’Ormuz.

Contexte géopolitique

Depuis février 2026, la région du golfe Arabo-Persique est le théâtre d’un conflit armé entre l’Iran et plusieurs pays, dont les États-Unis. Le détroit d’Ormuz, une voie maritime stratégique reliant le golfe Persique à la mer d’Oman, est particulièrement concerné. Ce passage, large de seulement 40 kilomètres à son point le plus étroit, est une artère majeure pour le transport du pétrole mondial, avec environ 20 % du pétrole brut échangé transitant par cette route. Depuis septembre 2026, l’Iran intensifie ses attaques contre les navires commerciaux, notamment des pétroliers, pour tenter de perturber les exportations de pétrole et faire pression sur ses adversaires. Ces attaques prennent la forme de missiles ou de mines sous-marines, comme en témoigne l’incident du pétrolier El Gaia en septembre 2026, revendiqué par Téhéran mais contesté par Washington.

Risques pour les équipages

Les équipages des pétroliers traversant le détroit d’Ormuz sont exposés à des dangers constants depuis le début du conflit. Entre février et octobre 2026, au moins 24 marins ont été tués lors d’attaques ciblant les navires. Les pétroliers, souvent battant pavillon panaméen ou d’autres pavillons de complaisance, deviennent des cibles privilégiées en raison de leur importance économique. Les attaques, quasi quotidiennes, incluent des tirs de missiles, des collisions suspectes avec des mines, ou des abordages. Les marins, souvent originaires de pays en développement comme l’Inde ou les Philippines, se retrouvent dans une situation de vulnérabilité accrue, avec peu de moyens de protection ou d’évacuation en cas de danger immédiat.

Salaire de la peur

Pour compenser les risques encourus, les armateurs proposent des rémunérations exceptionnelles aux équipages des pétroliers. Selon le Financial Times, un capitaine peut gagner jusqu’à 100 000 dollars par mois pour traverser le détroit d’Ormuz, auxquels s’ajoute une prime de 50 000 dollars par traversée. Les marins ordinaires, dont le salaire habituel oscille entre 1 500 et 3 000 dollars par mois, voient leur rémunération multipliée par quatre à six lors de ces missions. Ces primes, qualifiées de salaire de la peur, visent à attirer des équipages malgré les dangers. Les armateurs, soucieux de maintenir le flux de pétrole, n’hésitent pas à doubler les salaires même dans des zones à risque comme le sud de la mer Rouge ou le golfe d’Oman, avant même le passage d’Ormuz.

Enjeux économiques

Le détroit d’Ormuz est un point de passage incontournable pour le transport du pétrole. En 2026, malgré les tensions, les exportations de pétrole en provenance du golfe Arabo-Persique semblaient reprendre, mais les attaques iraniennes menacent cette reprise. Les armateurs, sous pression pour acheminer le brut, doivent trouver un équilibre entre sécurité et rentabilité. Les primes versées aux équipages représentent un coût supplémentaire, mais elles sont jugées nécessaires pour éviter une paralysie du trafic maritime. Les États-Unis et leurs alliés surveillent la situation de près, car une fermeture prolongée du détroit aurait des répercussions mondiales sur les prix de l’énergie et l’approvisionnement des pays dépendants du pétrole du Moyen-Orient.

Ce que ça pourrait changer

Les armateurs, souvent des compagnies maritimes basées en Europe ou en Asie, jouent un rôle clé dans cette dynamique. Pour maintenir leurs activités, ils recrutent des équipages prêts à prendre des risques, parfois qualifiés de *mercenaires de la mer* en raison des salaires exceptionnels proposés. Ces marins, souvent expérimentés, acceptent ces missions malgré les dangers, car les primes leur offrent une opportunité financière rare. Cependant, les témoignages recueillis par le *Financial Times* révèlent une tension constante : les armateurs insistent pour que les équipages restent à bord, même en cas de danger, afin d’éviter l’immobilisation des navires et les pertes financières associées.

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