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Droit

Solidarité des dettes et solidarité fiscale : un frein aux mariages et aux PACS. Par David Taté, Juriste.

Village Justice · mis à jour il y a 20 j

Le mariage et le pacte civil de solidarité reposent avant tout sur un choix personnel, souvent motivé par les sentiments et la volonté de construire une vie commune. Pourtant, cette décision produit des effets juridiques qui ne sont pas neutres pour les personnes qui s'engagent.

Solidarité des dettes

Le principe de la solidarité des dettes dans le mariage est encadré par l’article 220 du Code civil. Il signifie que chaque époux peut contracter seul des dettes pour les besoins du ménage ou l’éducation des enfants, et que l’autre époux est alors tenu de rembourser ces dettes, même s’il n’a pas participé à leur souscription. Par exemple, si un époux contracte un prêt pour acheter un réfrigérateur ou payer les frais de scolarité des enfants, l’autre époux est solidairement responsable du paiement. Cette règle s’applique quel que soit le régime matrimonial choisi, y compris en cas de séparation de biens, où chaque époux conserve la propriété de ses biens personnels. La solidarité ne concerne que les dépenses nécessaires à la vie du ménage, comme les courses alimentaires, les factures d’électricité ou les frais médicaux, et non les dépenses personnelles ou excessives.

Solidarité fiscale

Le mariage entraîne également une solidarité fiscale, prévue par l’article 1691 bis du Code général des impôts. Cela signifie que les époux sont responsables ensemble du paiement de certaines impôts, comme l’impôt sur le revenu lorsqu’ils font une déclaration commune, la taxe d’habitation sur les résidences secondaires s’ils vivent sous le même toit, ou encore la taxe d’aménagement et la taxe d’archéologie préventive. Un époux peut donc être contraint de payer une partie ou la totalité d’un impôt, même si celui-ci est lié uniquement aux revenus ou à la situation fiscale de l’autre époux. Par exemple, si un époux a des revenus élevés et que le couple fait une déclaration commune, l’autre époux peut être tenu de payer une partie de l’impôt dû, même s’il n’a pas contribué à ces revenus.

Solidarité et PACS

Le PACS (Pacte Civil de Solidarité) est également concerné par la solidarité financière. L’article 515-4 du Code civil prévoit que les partenaires sont responsables ensemble des dettes contractées par l’un d’eux pour les besoins de la vie courante, sauf si ces dépenses sont manifestement excessives. Par exemple, si un partenaire contracte un abonnement internet ou achète des meubles pour le logement commun, l’autre partenaire peut être tenu de rembourser ces dépenses. De plus, le PACS entraîne une solidarité fiscale similaire à celle du mariage : les partenaires sont responsables ensemble du paiement de l’impôt sur le revenu lorsqu’ils font une déclaration commune, ainsi que d’autres impôts comme la taxe d’habitation sur les résidences secondaires.

Risques financiers

Les principes de solidarité des dettes et de solidarité fiscale peuvent représenter un risque financier important pour l’un des membres du couple. En effet, une personne peut se retrouver responsable du remboursement de dettes ou du paiement d’impôts contractés ou dus par son conjoint ou partenaire, sans avoir participé à ces décisions. Ce risque peut dissuader certaines personnes de se marier ou de conclure un PACS, notamment si leur situation financière est fragile ou si elles craignent que leur partenaire ne contracte des dettes excessives. Par exemple, une personne avec un faible revenu pourrait hésiter à s’engager dans un mariage ou un PACS si elle craint que son partenaire ne contracte des dettes importantes pour des dépenses non essentielles.

Liberté du mariage

La liberté du mariage est un droit protégé par les textes internationaux et le droit constitutionnel français. Pourtant, les règles de solidarité des dettes et de solidarité fiscale peuvent limiter l’exercice effectif de cette liberté. Certaines personnes pourraient renoncer à se marier ou à conclure un PACS par crainte des conséquences financières, même si elles souhaitent s’engager dans une union durable. Ce phénomène pose la question de la proportionnalité de ces règles au regard de la liberté du mariage. En effet, si une partie de la population est dissuadée de se marier en raison de ces solidarités, cela pourrait être considéré comme une restriction indirecte à un droit fondamental, similaire à une discrimination.

Ce que ça pourrait changer

Les règles de solidarité des dettes et de solidarité fiscale dans le mariage et le PACS font l’objet de débats, notamment sur leur pertinence et leur équité. Certains estiment que ces solidarités protègent les tiers (comme les créanciers ou l’administration fiscale) et reflètent l’idée d’une communauté de vie et de responsabilité au sein du couple. D’autres soulignent que ces règles peuvent être source d’inégalités ou de risques financiers disproportionnés pour l’un des partenaires, en particulier dans les couples où les revenus ou les patrimoines sont très différents. La question se pose donc de savoir si ces solidarités sont encore adaptées à la réalité des couples contemporains, où les situations financières et les modes de vie peuvent varier considérablement.

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