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Environnement

L'augmentation de la poussière en Europe pourrait menacer la santé publique

Reporterre · mis à jour il y a 22 j

Les concentrations de poussières n'ont de cesse d'augmenter. D'après une étude, publiée le 15 juillet dans la revue scientifique Nature, ce phénomène a été identifié entre 2012 et 2021 dans une grande partie de l'Europe.

Origine de la poussière

L’augmentation de la poussière en Europe provient principalement de deux sources : les sols arides et les activités humaines. Les sols arides, comme ceux des régions désertiques du Sahara ou d’Afrique du Nord, libèrent naturellement des particules fines sous l’effet du vent. Ces particules, appelées poussières minérales, peuvent parcourir des milliers de kilomètres avant de se déposer en Europe. Les activités humaines, notamment l’agriculture intensive, la construction et l’industrie, aggravent ce phénomène en dégradant les sols et en augmentant leur érodabilité. Selon une étude citée par l’article, les concentrations de poussière en Europe ont augmenté de 55 % depuis 1960, avec des pics observés en Espagne, en Grèce et dans les Balkans. Ces particules, souvent invisibles à l’œil nu, mesurent généralement moins de 10 micromètres (µm) de diamètre, ce qui les rend respirables et potentiellement dangereuses pour la santé.

Impacts sur la santé

Les particules fines de poussière, une fois inhalées, pénètrent profondément dans les voies respiratoires et peuvent atteindre les alvéoles pulmonaires. Ces particules, classées comme PM10 (particules de diamètre inférieur à 10 µm) ou PM2,5 (inférieur à 2,5 µm), sont associées à plusieurs problèmes de santé publique. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), une exposition prolongée à ces particules augmente le risque de maladies cardiovasculaires, d’asthme, de bronchites chroniques et même de décès prématurés. En Europe, une étude estime que la pollution par les particules fines cause environ 400 000 décès prématurés par an. Les régions les plus touchées sont celles où les concentrations de poussière dépassent régulièrement les seuils recommandés par l’OMS, soit 15 µg/m³ en moyenne annuelle pour les PM2,5. Les enfants, les personnes âgées et celles souffrant de maladies respiratoires sont particulièrement vulnérables.

Rôle du changement climatique

Le changement climatique aggrave la problématique de la poussière en Europe en modifiant les régimes de vent et en accentuant les épisodes de sécheresse. Les scientifiques observent une augmentation des vents violents dans les régions désertiques, ce qui favorise la mise en suspension des particules fines. Parallèlement, les sécheresses prolongées réduisent la couverture végétale des sols, les rendant plus vulnérables à l’érosion éolienne. Une étude publiée dans la revue Nature Climate Change indique que les épisodes de poussière saharienne en Europe pourraient devenir 2 à 3 fois plus fréquents d’ici 2100 si les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas réduites. Ces événements, appelés épandages sahariens, sont déjà responsables de pics de pollution dans le sud de l’Europe, comme en 2020 où des concentrations de PM10 ont dépassé 100 µg/m³ dans certaines villes espagnoles.

Mesures de surveillance et alertes

Face à l’augmentation des concentrations de poussière, plusieurs pays européens renforcent leurs systèmes de surveillance et de prévention. En France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) publie régulièrement des bulletins d’alerte en cas de dépassement des seuils de particules fines. Des capteurs répartis dans les grandes villes mesurent en temps réel les concentrations de PM10 et PM2,5, et des applications mobiles informent la population des risques encourus. En Espagne, les autorités locales déclenchent des mesures d’urgence lors des épisodes de poussière saharienne, comme la restriction des activités industrielles polluantes ou la distribution de masques aux populations vulnérables. Cependant, ces dispositifs restent inégaux selon les pays, et certains experts soulignent la nécessité d’une coordination européenne pour harmoniser les seuils d’alerte et les réponses sanitaires.

Ce que ça pourrait changer

Pour limiter l’impact de la poussière sur la santé publique, plusieurs pistes sont envisagées. La première consiste à réduire les émissions de particules fines d’origine humaine, notamment en améliorant les normes industrielles et en favorisant les énergies renouvelables. La seconde vise à restaurer les sols dégradés pour limiter leur érodabilité, par exemple en plantant des haies ou en adoptant des pratiques agricoles durables. Enfin, des chercheurs explorent la possibilité de modifier localement les régimes de vent pour disperser les nuages de poussière, bien que cette solution reste expérimentale. À plus long terme, la lutte contre le changement climatique est considérée comme essentielle pour atténuer les épisodes de poussière. L’Union européenne a déjà mis en place des directives pour réduire la pollution atmosphérique, comme la directive *Qualité de l’air ambiant* qui fixe des objectifs contraignants pour les États membres d’ici 2030.

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