Belgique : l’extrême droite privée de direct 5/5 : Craquera, craquera pas ? Le cordon médiatique compte ses ennemis
Quand on parle du cordon sanitaire médiatique avec des Belges francophones, le même constat revient : il serait de plus en plus fragile. À ce sujet, le Mouvement réformateur, aujourd’hui premier parti francophone de Belgique, est au cœur du débat..
En Belgique francophone, le cordon sanitaire médiatique désigne une règle non écrite qui empêche les médias de donner la parole à l’extrême droite, considérée comme une menace pour la démocratie. Ce principe, autrefois respecté par tous les partis, est aujourd’hui remis en question. Le Mouvement réformateur (MR), premier parti francophone du pays, est au cœur du débat. Son président, Georges-Louis Bouchez, a récemment déclaré qu’il n’y avait « aucune raison de traiter l’extrême droite comme un danger absolu », proposant même d’étendre ce cordon à l’extrême gauche. Cette position, isolée politiquement, illustre la fragilité croissante de ce dispositif en Belgique. Le cordon sanitaire repose sur l’idée que certaines idées, comme celles de l’extrême droite, ne doivent pas être normalisées dans le débat public, car elles pourraient menacer les valeurs démocratiques.
Depuis son élection à la tête du MR en 2019, Georges-Louis Bouchez a opéré un virage marqué vers une droite plus radicale, suscitant des critiques. Ses prises de position, comme celle de décembre 2024 où il a comparé l’islamophobie à une phobie envers les araignées, ou encore son soutien à des mesures comme le refoulement aux frontières, sont souvent perçues comme des provocations. Bouchez a également exprimé son souhait de supprimer la RTBF, l’audiovisuel public belge francophone, ce qui a été interprété comme une attaque contre un média indépendant. Ces déclarations et actions alimentent les craintes d’un affaiblissement du cordon sanitaire en Belgique. Ophélie Fontana, présidente de la Société des journalistes de la RTBF, s’interroge : « Le cordon sanitaire va-t-il craquer ? »
La fenêtre d’Overton est un concept qui désigne l’éventail des idées considérées comme acceptables par l’opinion publique à un moment donné. En Belgique, cette fenêtre semble s’élargir, permettant à des discours autrefois marginaux de gagner en visibilité. Le MR, sous la direction de Bouchez, est accusé d’ouvrir cette fenêtre en normalisant des thèmes comme l’immigration ou l’islam, autrefois réservés à l’extrême droite. Cette évolution est perçue comme dangereuse par certains, car elle pourrait banaliser des idées radicales. Martine Simonis, secrétaire générale de l’Association des Journalistes professionnels (AJP), souligne que certains médias privés, mais pas publics, commencent à proposer des débats avec l’extrême droite, ce qui était impensable il y a quelques années.
Face à cette situation, les journalistes belges s’organisent pour défendre le cordon sanitaire. L’AJP a lancé un « atelier de résistance » lors de sa « Summer School » en 2026, réunissant des professionnels pour échanger sur les pressions subies et les stratégies à adopter. Martine Simonis, secrétaire générale de l’AJP, exprime son inquiétude : « Certains journalistes, hors médias publics, veulent débattre avec l’extrême droite. » Cet atelier vise à renforcer la cohésion du secteur et à rappeler l’importance de ne pas légitimer des discours jugés dangereux. L’AJP représente les journalistes professionnels en Belgique francophone et joue un rôle clé dans la défense de l’éthique médiatique.
Un autre phénomène inquiétant en Belgique est l’influence des médias français liés au groupe Bolloré, un conglomérat français contrôlé par Vincent Bolloré. En 2024, un nouveau webmedia belge, 21News, a été créé par un élu du MR. Ce média, dont la ligne éditoriale rappelle celle des médias Bolloré en France, compte dans son conseil d’administration des cadres dirigeants du groupe Bolloré, ainsi que Louis Sarkozy, fils de l’ancien président français. Cette proximité avec l’écosystème médiatique français, connu pour ses positions controversées, soulève des questions sur l’indépendance de la presse en Belgique. Le groupe Bolloré est souvent critiqué pour son influence sur les médias et sa tendance à promouvoir des discours conservateurs ou populistes.

