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Société

La Russie bombarde les stations-service ukrainiennes, mais cette stratégie n'est pas la bonne

Slate FR · mis à jour il y a 4 j

Si les attaques sur les raffineries russes ont fortement perturbé l'approvisionnement de carburant dans le pays, en Ukraine, le coût des représailles reste limité..

Cibles des frappes russes

Depuis avril 2026, la Russie multiplie les attaques contre les stations-service ukrainiennes, principalement dans les zones proches de la ligne de front. Ces frappes utilisent désormais des drones de type Shahed, des engins télécommandés souvent employés pour des missions de destruction à moindre coût. Entre avril et juillet 2026, 246 stations-service ukrainiennes ont été visées, dont 114 en juillet seul, causant des victimes parmi les civils. Par exemple, deux stations de Kharkiv, deuxième ville du pays, ont été touchées le 24 août 2026. Ces attaques s’inscrivent en réponse aux frappes ukrainiennes sur les raffineries russes, qui ont provoqué des pénuries de carburant en Russie. Cependant, les stations-service ukrainiennes ne représentent qu’une infime partie des infrastructures énergétiques du pays.

Impact limité en Ukraine

Malgré l’intensité des attaques, seulement 4 % des stations-service ukrainiennes ont été endommagées ou détruites. Cela s’explique par la structure de son approvisionnement en carburant, très différente de celle de la Russie. L’Ukraine ne dépend pas de grandes raffineries centralisées, mais importe la majorité de son essence par la route, à l’aide de camions-citernes. Les éléments les plus vulnérables des stations, comme les cuves de stockage souterraines, sont souvent épargnés. Selon Oleksandr Sirenko, analyste au think-tank ukrainien Nafto Rynok (« Marché du pétrole »), les infrastructures critiques sont protégées, limitant l’impact des bombardements. L’inflation des prix du carburant en Ukraine est davantage liée à d’autres facteurs, comme les tensions entre les États-Unis et l’Iran.

Pénuries en Russie

En Russie, la situation est bien plus critique : seulement 28 % des stations-service fonctionnent normalement. Cette différence s’explique par la dépendance de la Russie à de vastes raffineries et dépôts de carburant, des infrastructures centralisées et vulnérables aux attaques. Les frappes ukrainiennes sur ces sites ont provoqué des pénuries massives, obligeant les autorités russes à rationner le carburant. Les drones Shahed, bien que coûteux (plus chers qu’une station-service), sont utilisés pour cibler ces infrastructures stratégiques. Oleksandr Sirenko souligne que ces attaques deviennent de plus en plus coûteuses pour Moscou, sans pour autant paralyser l’économie ukrainienne.

Stratégie coûteuse et inefficace

Les frappes russes sur les stations-service ukrainiennes soulèvent une question stratégique : leur efficacité est remise en cause. D’une part, le coût des drones Shahed dépasse souvent la valeur des infrastructures ciblées. Par exemple, une station-service a été touchée à cinq reprises par ces drones, dont le prix unitaire est bien supérieur à celui d’une station. D’autre part, l’Ukraine s’adapte en diversifiant ses sources d’approvisionnement. Certaines zones, comme la route entre Kharkiv et Dnipro, ont vu toutes leurs stations-service détruites, poussant les autorités locales à stocker du carburant en petits dépôts mobiles ou à le distribuer directement depuis des camions-citernes en mouvement constant pour éviter les attaques.

Ce que ça pourrait changer

Face à la destruction de ses infrastructures, l’Ukraine innove pour maintenir l’accès au carburant. Dans les régions les plus touchées, des réserves locales sont constituées, avec de petites quantités stockées dans des lieux discrets. Une autre solution consiste à distribuer directement le carburant depuis des camions-citernes, qui changent régulièrement de lieu pour échapper aux frappes. Ces méthodes permettent de limiter l’impact des attaques sur la vie quotidienne, même si certaines zones restent privées d’essence. Ces adaptations illustrent la résilience du pays face à une guerre prolongée, où les infrastructures énergétiques deviennent un enjeu majeur.

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