En manque de piscines, la Seine-Saint-Denis ouvre ses rivières
[Rivières : le grand plouf 2/5] Neuilly-sur-Marne a ouvert le premier espace de baignade en rivière de la Seine-Saint-Denis. Ce projet s'inscrit dans l'héritage des Jeux olympiques, qui devaient multiplier les points d'eau dans un département qui en manque.
La Seine-Saint-Denis, un département français situé en Île-de-France, fait face à une pénurie de piscines publiques. Ce problème est particulièrement marqué dans les zones densément peuplées, où la demande pour des infrastructures de baignade est élevée. Les piscines existantes sont souvent saturées, avec des temps d’attente importants pour accéder aux bassins. Cette situation s’explique par un manque d’investissements publics dans la construction de nouvelles piscines ces dernières années. Le département compte actuellement 14 piscines municipales pour près de 1,6 million d’habitants, un ratio bien inférieur à la moyenne nationale. Les élus locaux soulignent que ce déficit limite l’accès à la baignade pour de nombreux habitants, notamment les enfants et les familles modestes, qui ne peuvent pas se payer des piscines privées.
Face à ce manque d’infrastructures, la Seine-Saint-Denis a décidé d’ouvrir certaines de ses rivières à la baignade. Cette initiative, inédite en France, vise à offrir une alternative aux piscines pour les habitants. Les rivières concernées sont la Marne et la Seine, deux cours d’eau majeurs traversant le département. Les autorités locales ont identifié des zones spécifiques où la baignade pourrait être autorisée, sous réserve de conditions strictes de sécurité et de qualité de l’eau. Cette mesure s’inscrit dans une démarche plus large de reconquête des espaces naturels urbains, visant à améliorer le bien-être des habitants et à renforcer le lien avec l’environnement. Les premières expérimentations sont prévues pour l’été 2024.
L’ouverture des rivières à la baignade ne sera pas sans contraintes. Les autorités locales imposeront des règles strictes pour garantir la sécurité des baigneurs. Ces conditions incluent des analyses régulières de la qualité de l’eau, avec des seuils de pollution strictement contrôlés. Par exemple, la présence de bactéries comme Escherichia coli (un indicateur de contamination fécale) devra rester en dessous de 1 000 UFC (unités formant colonie) pour 100 millilitres d’eau. Des zones de baignade seront délimitées et surveillées en permanence par des sauveteurs. Les horaires d’ouverture seront limités, et l’accès sera interdit en cas de crue ou de pollution avérée. Ces mesures visent à éviter les risques sanitaires, comme les infections cutanées ou les troubles digestifs.
Cette initiative est portée par la mairie de Seine-Saint-Denis, en collaboration avec des associations environnementales et des scientifiques. Parmi les acteurs clés, on trouve le département de Seine-Saint-Denis, qui finance une partie des aménagements, ainsi que des experts en hydrologie et en santé publique, chargés de valider les zones de baignade. Les élus locaux, comme le président du département, mettent en avant les bénéfices sociaux et écologiques de cette mesure. Cependant, certains riverains et associations de protection de l’environnement expriment des réserves, craignant une dégradation des écosystèmes locaux ou une augmentation de la fréquentation touristique non maîtrisée. Le débat porte aussi sur le coût de cette opération, estimé à plusieurs millions d’euros pour les aménagements et les contrôles.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte plus large de reconquête des espaces naturels en milieu urbain. Elle s’ajoute à d’autres projets similaires en France, comme l’ouverture de certaines portions de la Seine à Paris pour les Jeux Olympiques de 2024. En Seine-Saint-Denis, l’objectif est de tester cette solution sur une période de trois ans avant de décider de son extension. Si l’expérience est concluante, d’autres départements pourraient adopter une approche similaire. Cependant, les défis restent nombreux, notamment en matière de financement, de gestion des risques et d’acceptation par la population. Les premiers retours d’expérience sont attendus dès l’été 2024, avec une évaluation complète prévue en 2027.

