Les secondes intercalaires synchronisent nos horloges avec la rotation de la Terre depuis des décennies, mais elles pourraient disparaître
Les secondes intercalaires permettent de maintenir nos horloges en phase avec la rotation de la Terre, mais leur ajout perturbe certains systèmes informatiques. Agê Barros/Unsplash , CC BY L’ESSENTIEL Nos horloges atomiques sont plus régulières que la rotation de la Terre : depuis 1972, il a fallu leur ajouter 27 secondes pour suivre l’irrégularité de la rotation terrestre.
Depuis 1972, il a fallu ajouter 27 secondes intercalaires à nos horloges atomiques pour les synchroniser avec la rotation irrégulière de la Terre. Ces secondes supplémentaires compensent un décalage naturel entre deux façons de mesurer le temps : d’un côté, la rotation terrestre (qui définit le jour comme une rotation complète de la planète sur elle-même) et, de l’autre, les horloges atomiques (qui utilisent les oscillations d’atomes de césium pour mesurer le temps avec une précision extrême). Sans ces ajustements, le temps civil (UTC) et le temps astronomique (UT1) finiraient par diverger de plus d’une seconde, ce qui pourrait perturber des systèmes dépendant d’une synchronisation parfaite, comme les satellites ou les réseaux informatiques.
La mesure du temps a évolué sur des millénaires. Les Babyloniens, vers 2000 av. J.-C., ont divisé le jour en 24 heures égales, puis en 60 minutes et 60 secondes, un système pratique car 60 est divisible par de nombreux nombres. En 1657, Christiaan Huygens invente l’horloge à pendule, permettant de mesurer le temps à la seconde près. En 1967, la Conférence générale des poids et mesures (CGPM) définit officiellement la seconde comme la durée de 9 192 631 770 oscillations d’un atome de césium 133, marquant le passage aux horloges atomiques. Ces horloges sont si précises qu’elles révèlent les irrégularités de la rotation terrestre, comme son ralentissement progressif dû à l’attraction lunaire.
Les secondes intercalaires posent problème aux systèmes informatiques, car elles introduisent une discontinuité dans le temps. Par exemple, le 30 juin 2012, Reddit a subi une panne après l’ajout d’une seconde intercalaire, tout comme certains systèmes Linux et applications Java. Pour éviter ces bugs, des entreprises comme Google et Meta utilisent une technique appelée «lissage», qui répartit la seconde supplémentaire sur plusieurs heures. Cependant, cette solution reste complexe. Une alternative envisagée serait de supprimer purement et simplement les secondes intercalaires, ce qui permettrait d’éviter ces perturbations, mais au prix d’un décalage progressif entre le temps civil et la rotation terrestre.
Depuis 2015, la Terre tourne plus vite que prévu : en 2020, 28 jours ont duré moins de 86 400 secondes atomiques, et le 29 juin 2022, une journée a été la plus courte jamais enregistrée avec 1,59 milliseconde d’avance. Ce phénomène, encore mal compris, pourrait rendre nécessaire l’ajout d’une seconde intercalaire négative (une seconde retranchée), une première à grande échelle. Les systèmes informatiques ne sont pas conçus pour gérer un retour en arrière du temps, ce qui rend cette perspective particulièrement délicate. La CGPM doit donc trancher rapidement pour éviter des perturbations majeures.
En octobre 2026, la CGPM examinera un projet de réforme qui supprimerait les secondes intercalaires à partir du 20 mai 2027. Cette mesure permettrait à l’écart entre le temps civil (UTC) et le temps astronomique (UT1) de s’élargir jusqu’à 1 heure, avant qu’une correction ne soit nécessaire. Contrairement aux secondes intercalaires, cette correction serait appliquée ponctuellement, tous les siècles ou millénaires, sans perturber les systèmes informatiques. Les astronomes et les scientifiques devront toutefois tenir compte de ce décalage croissant pour leurs observations, notamment en navigation ou en géolocalisation.
Pour la plupart des gens, cette réforme passera inaperçue, car les appareils électroniques (smartphones, ordinateurs) n’affichent généralement pas les secondes. Seuls les métrologues, les astronomes et les spécialistes des sciences de la Terre seront directement concernés, car ils devront intégrer ce décalage dans leurs calculs. Par exemple, les systèmes de navigation par satellite ou les logiciels de cartographie devront ajuster leurs algorithmes pour tenir compte de l’écart entre l’UTC et l’UT1. Cette réforme ne remet pas en cause les années bissextiles, qui restent essentielles pour synchroniser le calendrier avec l’année solaire.

