NapseflowNapseflow
Recherche

D’État-tampon à État-charnière : comment la Mongolie réinvente sa diplomatie

The Conversation France · mis à jour 23 sept.

L’ESSENTIEL La Mongolie cherche à transformer son enclavement entre la Russie et la Chine en atout diplomatique, en s’appuyant notamment sur les enjeux environnementaux et le pastoralisme pour diversifier ses partenariats. La récente COP17 à Oulan-Bator a servi cette stratégie en donnant à la Mongolie une visibilité internationale et en lui permettant de mobiliser des partenaires, comme la France, le Japon ou la Corée du Sud, sans s’éloigner pour autant de Pékin ni de Moscou.

La Mongolie enclavée

La Mongolie est un pays d’Asie centrale enclavé, c’est-à-dire sans accès à la mer, situé entre deux géants : la Russie au nord et la Chine au sud. Avec seulement 3,5 millions d’habitants, elle partage ses frontières uniquement avec ces deux pays. Cette situation géographique limite ses échanges commerciaux et expose son économie à des dépendances fortes envers ses voisins, notamment la Chine, qui absorbe environ 90 % de ses exportations. Historiquement, cette position a valu à la Mongolie le surnom d’État-tampon, un terme désignant un pays situé entre deux puissances et souvent utilisé comme zone tampon en cas de tensions. Aujourd’hui, Oulan-Bator cherche à transformer cette vulnérabilité en atout diplomatique pour devenir un État-charnière, c’est-à-dire un pays qui facilite les relations ou les échanges entre ses deux voisins.

La COP17 comme vitrine

En août 2026, la Mongolie a accueilli la COP17, une conférence des Nations unies sur la lutte contre la désertification, à Oulan-Bator. Cet événement a rassemblé environ 25 000 participants, ce qui en fait le plus grand rassemblement international organisé par le pays depuis 2016. La Mongolie a utilisé cette conférence pour mettre en avant ses enjeux environnementaux, notamment la dégradation de ses terres, qui touche 77 % de son territoire. Environ 70 % de la population mongole vit de l’élevage extensif, une activité menacée par la désertification et les dzud, des hivers extrêmes pouvant décimer des cheptels. La COP17 a permis à la Mongolie de gagner en visibilité internationale et de promouvoir des initiatives comme la campagne présidentielle « Un milliard d’arbres », visant à restaurer les sols dégradés. Cependant, les négociations sur un protocole international contraignant contre la désertification ont échoué, reportant la décision à 2028.

Le pastoralisme comme levier

La Mongolie mise sur son pastoralisme, c’est-à-dire l’élevage extensif de troupeaux sur de vastes étendues de pâturages, pour renforcer sa diplomatie. Ce secteur fait vivre près de deux milliards de personnes dans le monde et représente un enjeu culturel et économique majeur pour le pays. En 2026, la Mongolie a obtenu que l’ONU déclare l’Année internationale des parcours et des pasteurs, une reconnaissance qui lui permet de positionner son expertise en gestion des terres au cœur des débats mondiaux. Lors de la COP17, un portefeuille de 1,3 milliard de dollars a été annoncé pour financer la restauration des terres et la résilience à la sécheresse dans 23 pays. Parmi ces fonds, 1,2 milliard est dédié à la Rangelands Flagship Initiative, un projet regroupant 45 initiatives de restauration des pâturages. Cependant, seulement 216,4 millions de dollars sont déjà confirmés et en cours de mise en œuvre, le reste dépendant de financements non encore engagés.

La doctrine du troisième voisin

Depuis les années 1990, la Mongolie applique une stratégie diplomatique appelée la doctrine du troisième voisin. Cette approche consiste à diversifier ses partenariats en s’appuyant sur des pays extérieurs à sa région, comme les États-Unis, le Japon, la Corée du Sud, l’Inde ou l’Union européenne, pour réduire sa dépendance envers la Russie et la Chine. Traditionnellement, cette doctrine visait à équilibrer les relations diplomatiques et sécuritaires. En 2026, elle évolue vers une forme d’interdépendance fonctionnelle, incluant des coopérations climatiques, énergétiques et technologiques. Par exemple, la Mongolie collabore avec la France pour des projets éoliens et miniers, avec le Japon pour des transferts de crédits carbone, et avec la Corée du Sud pour des programmes de reboisement. Cette stratégie permet à la Mongolie de diversifier ses partenaires sans provoquer de tensions avec ses deux voisins.

Énergie : entre Russie et Chine

La Mongolie dépend à 95 % de la Russie pour ses importations de carburant, une situation qui la rend vulnérable. Pour réduire cette dépendance, Oulan-Bator cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement, notamment vers la Chine. Le projet Power of Siberia 2 vise à acheminer jusqu’à 50 milliards de mètres cubes de gaz sibérien vers la Chine via le territoire mongol. Cependant, ce projet reste bloqué en raison de désaccords sur le prix du gaz, que Pékin souhaite négocier à environ 50 dollars pour mille mètres cubes, un tarif bien inférieur au seuil de rentabilité estimé à 125 dollars. Les recettes potentielles pour la Mongolie, estimées à près de 1 milliard de dollars par an grâce aux droits de transit, restent hypothétiques et dépendent de la finalisation du projet. Ce dernier soulève également des questions de sécurité nationale, car il ajouterait une nouvelle infrastructure stratégique traversant le pays, déjà sillonné par une liaison ferroviaire partagée avec la Russie.

Partenariats technologiques et miniers

La Mongolie collabore avec plusieurs pays pour développer des projets technologiques et miniers, réduisant ainsi sa dépendance envers ses voisins. En 2018, le groupe français Engie a inauguré un parc éolien de 55 mégawatts dans le désert de Gobi, l’un des rares investissements occidentaux durables dans le pays. En 2026, le groupe Orano a signé un accord d’investissement de 1,6 milliard de dollars pour exploiter le gisement d’uranium de Zuuvch-Ovoo, l’un des plus importants au monde. Le Japon et la Corée du Sud se concentrent sur des coopérations climatiques et technologiques : en juillet 2026, le Japon a réalisé le premier transfert international de crédits carbone mongols, tandis que la Corée du Sud mène un programme de reboisement depuis 2006. Ces partenariats s’ajoutent à l’exploitation des ressources minières, comme le cuivre, les terres rares et le lithium, qui représentent près de 90 % des exportations mongoles.

Dialogue régional et connectivité

La Mongolie cherche à jouer un rôle de pont entre l’Asie du Nord-Est et l’Asie centrale, deux régions auxquelles elle appartient géographiquement sans être pleinement intégrée. En avril 2026, le président Khürelsükh s’est rendu au Kazakhstan pour un sommet environnemental, où les deux pays ont renforcé leur coopération sur la restauration des pâturages et la lutte contre la désertification. La Mongolie organise également chaque année l’Ulaanbaatar Dialogue on Northeast Asian Security, une initiative diplomatique lancée en 2013 pour promouvoir la paix et la coopération régionale. Lors de l’édition 2026, des discussions ont porté sur la création d’un « corridor électrique vert », un projet visant à connecter les réseaux électriques de l’Asie du Nord-Est et de l’Asie centrale. Ces efforts visent à positionner la Mongolie comme un espace de dialogue et de connectivité entre deux ensembles régionaux.

Ce que ça pourrait changer

La Mongolie utilise une stratégie appelée *green hedging* (ou couverture verte), qui consiste à mobiliser la coopération environnementale pour diversifier ses partenariats sans remettre en cause ses relations avec la Russie et la Chine. Cette approche permet de réduire les risques géopolitiques tout en développant des projets concrets, comme la restauration des terres ou les énergies renouvelables. Par exemple, la COP17 et les initiatives liées au pastoralisme ont permis à la Mongolie de gagner en visibilité internationale sans provoquer de méfiance de la part de ses voisins. Contrairement à des exercices militaires conjoints avec les États-Unis, qui pourraient être perçus comme une provocation, la coopération climatique est perçue comme moins menaçante. Cette méthode permet à la Mongolie de diversifier ses financements et ses réseaux internationaux à moindre coût politique.

Sujets complémentaires

Ce contenu a été généré par intelligence artificielle à partir de l'article source. Il peut contenir des erreurs ou imprécisions.