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Fusion froide : quand la compétition et la pression médiatique virent à la bavure scientifique

The Conversation France · mis à jour 6 août

La fusion froide, une révolution qui n'aura pas eu lieu. Logan Vosssur/Unsplash , CC BY L’ESSENTIEL La fusion est la réaction qui a lieu à l’intérieur du soleil et qui fournit une quantité d’énergie immense.

Fusion nucléaire classique

La fusion nucléaire est le processus qui alimente le soleil et les étoiles. Elle consiste à fusionner deux noyaux d’atomes légers, comme le deutérium (un isotope de l’hydrogène avec un proton et un neutron), pour former un noyau plus lourd, libérant une énergie colossale. Contrairement à la fission nucléaire, utilisée dans les centrales actuelles et qui casse des noyaux lourds comme l’uranium, la fusion ne produit pas de déchets radioactifs à longue durée de vie. Cependant, elle nécessite des températures extrêmes, de l’ordre de 100 millions de degrés Celsius, soit 10 000 fois la température de la surface du Soleil, pour vaincre la répulsion entre les noyaux chargés positivement. Le projet ITER, situé dans le sud de la France, est une collaboration internationale visant à maîtriser cette réaction dans un réacteur expérimental. L’enjeu est d’obtenir un gain énergétique net, typiquement un facteur 10, où l’énergie produite dépasse largement celle consommée pour initier la réaction.

Annonce de la fusion froide

En mars 1989, deux équipes de chercheurs américains, dirigées par Stanley Pons et Michael Fleischmann d’une part, et Steven Jones d’autre part, ont annoncé avoir observé une fusion nucléaire à température ambiante dans une simple éprouvette. Cette découverte, surnommée fusion froide, promettait une énergie illimitée et propre, sans nécessiter les températures extrêmes de la fusion classique. Les équipes utilisaient une cellule électrochimique contenant du palladium, un métal capable d’absorber de grandes quantités d’hydrogène ou de deutérium. Pons et Fleischmann ont mesuré une production de chaleur anormalement élevée, tandis que Jones a détecté des neutrons, signe d’une réaction nucléaire. Les deux groupes, initialement en compétition, ont tenté de collaborer mais ont finalement chacun soumis leurs résultats à des revues scientifiques, déclenchant une course médiatique.

Pression médiatique et précipitation

Sous la pression de la compétition et de l’urgence médiatique, Pons et Fleischmann ont soumis leur article à une revue scientifique plus tôt que prévu, le 11 mars 1989, et ont organisé une conférence de presse pour le 23 mars, devançant ainsi l’annonce officielle. Steven Jones, informé de cette démarche, a envoyé son article par fax à la revue Nature pour tenter de conserver la priorité. Cette précipitation a conduit la revue à publier l’article de Pons et Fleischmann en urgence, sans respecter pleinement les exigences de rigueur scientifique. Peu après, la revue a dû publier 19 corrections majeures, ou errata, révélant des erreurs expérimentales et des interprétations fragiles. Cet épisode illustre le conflit entre la temporalité des médias, qui exigent des annonces rapides, et celle de la science, qui nécessite vérification et reproductibilité.

Vérifications et échecs répétés

Après l’annonce initiale, d’autres laboratoires ont tenté de reproduire les résultats de la fusion froide. Cependant, les tentatives de confirmation ont rapidement échoué. Les scientifiques ont noté un paradoxe : si la fusion avait réellement eu lieu, les niveaux de neutrons émis auraient dû être mortels pour les expérimentateurs, alors qu’aucun effet radiologique dangereux n’a été observé. De plus, l’analyse des rayonnements gamma a révélé des artéfacts expérimentaux, c’est-à-dire des signaux erronés dus à des erreurs de mesure ou à des conditions mal contrôlées. Malgré les hypothèses avancées par certains défenseurs de la fusion froide, comme l’existence de mécanismes nucléaires inconnus, aucune preuve solide n’a pu être établie. Les publications présentant des résultats négatifs se sont accumulées, confirmant l’absence de reproductibilité.

Ce que ça pourrait changer

L’affaire de la fusion froide met en lumière les risques liés à la pression pour obtenir des résultats visibles et médiatiques, notamment dans un contexte où les financements et les récompenses dépendent de la notoriété. Ce phénomène, souvent résumé par l’expression *publish or perish* (« publier ou périr »), pousse certains chercheurs à annoncer des découvertes exceptionnelles sans validation rigoureuse. L’article souligne également une tendance inquiétante : la baisse de la publication de résultats négatifs, c’est-à-dire ceux qui contredisent une découverte précédente, en raison des difficultés à les faire publier et valoriser. Pourtant, la reproductibilité et la robustesse des résultats restent les piliers de la démarche scientifique. Seules les observations vérifiables et répétables s’inscrivent durablement dans le patrimoine scientifique, comme le montrent les deux analyses récentes publiées en 2019 et 2022, qui concluent à l’absence de fondement solide pour la fusion froide.

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