Le Japon donne le feu vert à une ligne de train à sustentation magnétique
Après des années de négociations, la compagnie ferroviaire JR Tokai a reçu l’approbation de la préfecture de Shizuoka pour un projet titanesque de 60 milliards d’euros. L’ouverture de la ligne reliant Tokyo et Osaka donnerait naissance à une mégalopole de 66 millions d’habitants, souligne la presse locale..
Le Japon a donné son accord pour la construction d'une ligne de train à sustentation magnétique, une technologie innovante où le train lévite au-dessus des rails grâce à des forces magnétiques, éliminant ainsi le frottement et permettant des vitesses très élevées. Ce type de train, appelé maglev (contraction de magnetic levitation), peut atteindre une vitesse de pointe de 500 km/h, contre environ 320 km/h pour les trains à grande vitesse classiques comme le Shinkansen. L'objectif est de relier Tokyo à Nagoya, une distance de 370 kilomètres, en seulement 40 minutes. Le projet est porté par la compagnie ferroviaire JR Tokai, qui gère les réseaux de l'est du Japon. Cependant, cette technologie impose des contraintes techniques : les trains maglev ne peuvent pas prendre de virages serrés, ce qui nécessite de creuser des tunnels sur 90 % du trajet, une particularité qui a suscité des inquiétudes environnementales.
Le projet de ligne maglev entre Tokyo et Nagoya, initialement prévu pour 2027, a été retardé en raison de l'opposition de la préfecture de Shizuoka, située sur le trajet. Les autorités locales craignaient que les travaux de tunnel ne perturbent les nappes phréatiques locales, une ressource essentielle pour l'agriculture et l'approvisionnement en eau. Après dix ans de négociations, un accord a finalement été trouvé le 7 juillet, permettant de lever cet obstacle politique. JR Tokai a accepté de prendre des mesures pour protéger l'environnement et a promis des compensations financières illimitées en cas de tarissement des nappes phréatiques. Yasutomo Suzuki, gouverneur de Shizuoka, a déclaré que toutes les questions avaient été résolues et que l'accord était prêt à être signé. Niwa Shunsuke, président de JR Tokai, a quant à lui exprimé son intention de finaliser le projet rapidement.
Le projet maglev représente un investissement colossal de 11 000 milliards de yens, soit environ 60 milliards d'euros, un budget déjà doublé par rapport aux estimations initiales de 5 500 milliards de yens. Malgré ce coût, les milieux économiques japonais y voient une opportunité majeure. JR Tokai prévoit d'étendre la ligne jusqu'à Osaka, réduisant ainsi le trajet entre Tokyo et cette ville de deux heures vingt à seulement une heure et quelques minutes. Cette amélioration des liaisons pourrait favoriser les échanges économiques, stimuler l'innovation et renforcer la productivité en facilitant les déplacements professionnels. Le quotidien économique Nihon Keizai Shimbun évoque même la création d'une « mégalopole » regroupant 66 millions d'habitants avec un produit intérieur brut (PIB) estimé à 330 000 milliards de yens (1 784 milliards d'euros).
Malgré l'enthousiasme des milieux économiques, des incertitudes pèsent sur la rentabilité du projet. Le *Mainichi Shimbun* estime que la mise en service de la ligne Tokyo-Nagoya ne pourrait intervenir qu'en 2036 au plus tôt, avec un délai supplémentaire d'au moins dix ans pour l'extension jusqu'à Osaka. Ces retards, combinés à la hausse des prix et à l'inflation, remettent en question la viabilité financière du projet, dont le budget a déjà été revu à la hausse. Un cadre de JR Tokai a d'ailleurs reconnu que l'inflation était la principale préoccupation pour la compagnie. Par ailleurs, bien que le train *maglev* soit présenté comme une solution de secours en cas de catastrophe naturelle affectant la ligne existante de *Shinkansen*, son utilité dépendra de sa capacité à être opérationnel en temps voulu.

