Le défi colossal d’entretenir Montréal
Des travaux de 2,7 milliards de dollars par année sont nécessaires pour protéger ses infrastructures..
Montréal fait face à un défi majeur avec le vieillissement de ses infrastructures urbaines, notamment ses rues et ses réseaux souterrains. Selon un rapport de 2025, la métropole compte 4 053 kilomètres de rues et 9 379 kilomètres de canalisations (aqueducs et égouts) qui se dégradent depuis des décennies. Malgré des investissements de près de 700 millions de dollars en 2025 pour protéger ces actifs, leur état continue de se détériorer. Les experts soulignent que ces infrastructures, négligées pendant des années, nécessitent des sommes bien plus importantes pour être maintenues en bon état. Le déficit de maintien d’actifs, estimé à 11,6 milliards de dollars, risque d’augmenter si aucune action décisive n’est entreprise.
Pour protéger ses infrastructures sur les dix prochaines années, Montréal devrait investir 2,7 milliards de dollars par an, mais ne prévoit que 1,8 milliard, soit un sous-investissement annuel de 900 millions de dollars. La mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, a alerté sur l’urgence de la situation, affirmant que « attendre n’est plus une solution ». Les citoyens subissent déjà les conséquences : multiplication des nids-de-poule, inondations répétées, égouts saturés lors de pluies abondantes, et même des restrictions d’eau potable en été 2025 en raison de travaux d’urgence sur une conduite majeure. Ces problèmes illustrent l’ampleur du retard accumulé.
Le réseau routier de Montréal, qui inclut 3 150 kilomètres de trottoirs, 612 ponts et tunnels, 111 289 lampadaires et 2 415 feux de circulation, est particulièrement touché. Pour le maintenir en état satisfaisant, la Ville devrait y consacrer près d’un milliard de dollars par an pendant dix ans. En 2025, seulement 354 millions ont été investis, ce qui explique pourquoi l’état des rues locales et des artères est passé de « bon » à « satisfaisant ». Les trottoirs, ponts et autres éléments du réseau routier se détériorent progressivement, rendant les déplacements plus difficiles et dangereux.
Le système de traitement des eaux usées et le réseau d’égouts de Montréal nécessitent 373 millions de dollars d’investissement annuel pour être rétablis en état minimalement satisfaisant. Actuellement, leur état est jugé « mauvais » (cote D), ce qui aggrave les risques d’inondations et de refoulements. Le réseau d’eau potable, bien que encore en bonne condition, doit recevoir 321 millions de dollars par an pour éviter sa dégradation. Ces chiffres montrent que même les infrastructures essentielles à la santé publique et à la sécurité des citoyens sont menacées par le manque de financement.
Face à cette crise, la mairesse propose d’augmenter la part des investissements en infrastructures de 68 % à 75 %, même si ces dépenses sont moins « sexy » que l’inauguration de nouveaux projets. Alan Carter, professeur en génie de la construction, estime que Montréal doit investir davantage et adopter des innovations pour prolonger la durée de vie de ses infrastructures. Il suggère notamment d’utiliser des matériaux plus durables et de traiter les revêtements routiers avant l’apparition de fissures. L’Ordre des ingénieurs du Québec propose aussi la création d’un fonds de prévoyance, similaire à celui des copropriétés, pour anticiper les coûts d’entretien et éviter les surcoûts liés aux reports de travaux.
La mairesse de Montréal et celle de Longueuil, Catherine Fournier, ont interpellé les chefs politiques en campagne électorale pour réclamer un financement « prévisible et à la hauteur des besoins ». L’Ordre des ingénieurs du Québec appuie cette demande, soulignant que la prévisibilité des fonds est cruciale pour organiser les appels d’offres à temps. Un report d’un an d’un projet peut faire augmenter la facture de 5 %, selon l’organisme. Ces acteurs demandent une réponse politique forte pour éviter que la situation ne devienne ingérable, avec des infrastructures de plus en plus coûteuses à réparer.

